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L’Apair-Apurad examiné à la loupe


Tahiti, le 8 janvier 2026 – L’audit réalisé par la CPS concernant l’association Apair-Apurad révèle que les frais de missions, de déplacements et de réception ont augmenté en trois ans. Une dégradation de la trésorerie a été observée passant ainsi de 261 à 117 millions soit une perte de plus de 140 millions de francs. Des décisions ont été prises sans que le conseil d’administration ou le comité d’entreprise n’ait été consulté.
 
Le 18 mars dernier une grande partie des salariés de l’association Apair-Apurad ont entamé une grève qui a duré près de six semaines “ils ont peut-être battu un record concernant la longévité” avait alors annoncé le secrétaire général de la CSTP-FO, Patrick Galenon, à cette époque puisque le protocole d’accord avait été signé le 1er mai. Le personnel dénonçait notamment des faits de “maltraitance psychologique”, de “harcèlements et abus de pouvoir” ou encore de “souffrance au travail” et demandait qu’il soit mis un terme au favoritisme” et ladiscrimination” qui gangrénaient l’atmosphère au sein de la structure
 
Le 3 avril, les instances représentatives du personnel, lors d’une entrevue avec le président du Pays, Moetai Brotherson, lui remettaient un courrier faisant état de “dépenses superflues” et demandant qu’un audit comptable et financier soit diligenté.
 
Tahiti Infos s’est procuré ce document qui analyse la situation de 2022 à 2024 et englobe deux “gouvernances” de l’association : celle de Mareva Tourneux de mars 2022 à Juillet 2023, puis celle de Grégory Detrun de juillet 2023 jusqu’à la réalisation de l’audit. 
 
Il ressort de ce rapport que le chiffre d'affaires de l’association s'élève actuellement à 2,010 milliards de francs et le poste de dépense le plus important concerne les charges du personnel (1,115 milliard) pour une masse salariale de 156 personnes.
 
Les comptes de l’association allant de 2022 à 2024 ont été validés par le commissaire aux comptes sans qu’il y ait eu d’observation spécifique. L’audit révèle qu’entre 2023 et 2024 la trésorerie de l’Apair-Apurad à très fortement diminué passant de 261 à 117 millions soit une perte de plus de 140 millions de francs. Raisons pour lesquelles un sérieux suivi de la continuité d’exploitation de l’association était devenu nécessaire.
 
L’audit constate également un volume d’impayés qui augmente de 10% entre 2023 et 2024 et qui s’élèvent à plus 170 millions de francs, principalement aux dépens de la CPS. 

Augmentation des frais de missions, de déplacements et de réception

Les frais de mission, de déplacements et de réception sont en augmentation entre 2022 et 2024, passant ainsi à près de 34 millions de francs en 2022 puis à près de 37 millions en 2023 et à plus de 42 millions de francs en 2024. En l’espace de trois ans ces frais ont subi une augmentation de 8 millions de francs.
 
En revanche le poste “déplacement formation du personnel” accuse une baisse notable puisqu’en 2022 il était de 3 millions de francs pour passer à 800 000 francs en 2024 en forte diminution de plus de 2 millions de francs.  
 
Le travail d’analyse de ces postes budgétaires n’a pas été aisé car certaines lignes ont été rajoutées à l’instar de la location du salon à l’aéroport limitant une analyse et un décryptage homogène de la gestion de l’association sur la période d’observation.
 
Pour certaines décisions comme la location du parking de la CPS (360 000 francs par an) ou encore le “loyer bail d’habitation” (200 000 francs par mois), le cabinet d’audit souligne qu’il n’a pas “identifié d’approbation formelle de ces prises à bail par le conseil d’administration”.  

Une “bouteille” à 68 435 francs

Les dirigeants de l’association Apair-Apurad n’ont pas oublié de se faire plaisir. En effet lorsqu’on regarde de plus près le poste “Frais de réception”, on constate qu’un achat de trois “bouteilles” a coûté en tout 205 306 francs, affichant une moyenne à 68 435 francs l’unité. Une ligne budgétaire qui est d’ailleurs apparue sous la gouvernance Grégory Detrun et qui n’existait pas en 2023 du temps de Mareva Tourneux.
 
La ligne “Repas Paris” a également fait son apparition en 2024. Ainsi trois repas ont été payés pour un montant de 121 000 francs, soit un repas à plus de 40 000 francs. Il en est de même pour les frais dits de “logement” qui sont apparus en 2024 à hauteur de 574 500 francs pour trois dépenses.
 
On observe également que les frais de réception dédiés au “CA”, probablement au bénéfice des membres du conseil d’administration, affichent une augmentation de nombre de repas, passant de 13 repas en 2023 à 22 en 2024 avec des montants en hausse de plus de 80 000 francs. Le nombre de commandes de petits fours chez un pâtissier de la place a, lui aussi, doublé passant de près de 200 000 à 400 000 francs et de 15 à 34 commandes. Le prix des courses chez des commerçants de la place a été multiplié par cinq passant ainsi pour atteindre164 000 francs en 2024. Ajouté à tout cela la hausse des frais de restauration et leur fréquence, il est vivement conseillé à la gouvernance de réviser la prise en charges de ces frais qui sont pour certains inhabituellement élevés.   

Certaines dépenses sont approuvées par le bénéficiaire

L’approbation des frais de mission devrait être revue car certaines dépenses sont approuvées par le bénéficiaire même au travers de bon de commande, et cela fait peser un risque à l’association en cas de contrôle interne. 
 
Certaines dépenses ont même été faites au-delà de la limite autorisée par le CA et surtout sans son approbation préalable ce qui est contraire aux règles. Le cabinet d’audit juge également que certains frais ne sont pas assez justifiés ni décrits, alors que l’inscription comptable mériterait d’être plus précise et détaillée afin de juger de la pertinence de ces dépenses au regard des missions dévolues à l’Apair-Apurad.
 
Le cabinet d’audit a aussi relevé que certains frais tout comme les séminaires ou encore les frais de congrès pour des médecins hors association ont été pris en charge par cette dernière alors même qu’ils ne faisaient pas partie de l’objet social de l’association avant 2023.
 
Des achats et locations de matériel ont été effectués au bénéfice de certains prescripteurs ; mais le cabinet d’audit n’a pas eu les factures de ce matériel et pas plus d’explication relative à son intérêt économique pour l’association.
 
Rappelons que dans le courrier remis au président du Pays début avril 2025, il était question d’achat de parts sociales, dans une société civile immobilière dont le siège social est dans le VIe arrondissement de Paris, dénommé la “Maison de la pneumologie” pour un montant de près de 42 millions de francs. L’association Apair-Apurad se trouvant aujourd’hui deuxième plus grand associé de cette société civile immobilière en termes d’apport, avec 35.000 parts. Le cabinet d’audit rappelle d’ailleurs que cela ne fait pas partie de l’objet social de l’association.
 
Le cabinet relève aussi que la désignation de dirigeants est entachée d’irrégularités (…) alors qu’il ignore si les décisions prises par le CA sont valides puisqu’aucune liste des membres présents n’est versée, le plaçant ainsi dans l’incapacité de vérifier que le quorum était atteint.
 
La rémunération des membres du CA ainsi que la prise en charge par l’association d’une mutuelle mérite en outre d’être analysée, suggère l’audit, car il y a un possible risque fiscal puisque ces deux éléments remettent en cause le caractère non-lucratif de l’association dans un domaine concurrentiel.
 
Et pour couronner le tout, le 3 décembre dernier, un arrêté pris en conseil des ministres a approuvé l’attribution d’une subvention de fonctionnement “dans le cadre d’une demande spontanée” de l’association afin de financer son “projet de renouvellement des unités de traitement d'eau pour les centres de dialyse de Paea et Papara durant l'exercice 2025”. C’était Noël avant l’heure

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 8 Janvier 2026 à 20:14 | Lu 3389 fois