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Procès des emplois fictifs : Gaston Flosse à la barre


Procès des emplois fictifs : Gaston Flosse à la barre
Il aura fallu attendre jeudi après-midi pour entendre enfin le principal mis en cause dans l'affaires des emplois présumés "fictifs" de la Présidence. L'ancien président de la Polynésie, Gaston Flosse, a été appelé à la barre par la présidente du tribunal correctionnel, Marie-Claude Pena. Avec les égards dus à son âge (79 ans), elle lui propose un siège. Il refuse. Gaston Flosse est en pleine forme, et tient à le faire savoir. D'une voix assurée, il répond pendant près de deux heures aux questions, en homme politique fier de son action à la tête du pays, et fier du Service des Affaires Polynésiennes (SAP), dont il "regrette" la disparition.

"Ces agents étaient à la disponibilité de la population" explique le sénateur, pour justifier l'existence de ce service, qui coûtait 405 millions par an au pays. "Ils accueillaient la population, parfois allaient chercher les gens avec leur propre voiture pour les aider dans leurs démarches", explique Gaston Flosse. "Vous ne faites pas confiance à l'administration du pays pour rendre ce genre de services?" l'interroge l'avocat de la partie civile, Me Boussier. "Si, mais un agent administratif n'a pas la souplesse d'horaires nécessaire pour ce travail", répond Gaston Flosse, pour qui les "contrats cabinets" permettaient justement cette souplesse.

Mais un contrat cabinet n'est pas un contrat comme un autre, rappelle la Cour. Il lie la personne qui est recrutée au président du pays, qui les a tous signés de sa propre main. Il existe par définition un "lien personnel de confiance" avec le recruteur, puisque le contrat prend fin quand le politique cesse ses fonctions. Et c'est bien ce lien qui pose problème à la partie civile.

Pour Me Boussier, c'est presque un lien de féodalité qui liait ces titulaires de "contrats cabinet" à la personne de Gaston Flosse. "A partir du moment où vous venez quémander un emploi au président, et qu'il attache votre emploi à sa personne, le jour où il y a des élections, pour qui votez-vous?", s'interroge l'avocat, qui rappelle que "ces personnes ont elles-même une famille qui sera pareillement influencée, et qu'elles faisaient elles-même de la propagande pour le Tahoeraa Huiraatira!"

Sur ce point aussi, l'ancien président du pays se défend mordicus. Les fare MTR auraient été attribués aussi bien aux sympathisants du Tahoeraa que du Tavini. Il en veut pour preuve les "drapeaux bleus" sur ces fare, aussi nombreux que les "drapeaux orange". Il insiste aussi sur la différence entre les agents du SAP, qui aidaient les familles à constituer leurs dossiers, et les "parole-paroles" du gouvernement, qui informaient la population de la mise en place de la TVA, pour reprendre un exemple qu'il cite fréquemment . "Vous avez l'air d'insinuer que ces agents profitaient de leur emploi pour recruter au Tahoeraa. Je m'inscris totalement en faux contre ces accusations", affirme avec virulence le sénateur à la barre. "Je n'accuse personne", corrige la juge. "Je donne lecture des dépositions de certains agents du SAP qui ont affirmé le contraire", précise la magistrate.

Pourtant, pour Me Quinquis, il n'y a pas la moindre trace de propagandisme ou de clientélisme dans ce dossier. "C'est comme si on reprochait à Lionel Jospin les 35H parce qu'il a réussi à s'attirer les bonnes grâces de l'électorat. C'est un peu la même chose! Il n'est pas démontré du tout que ces agents du SAP aient tenté de favoriser un électorat politique donné" affirme l'avocat.

Le procès reprend mardi matin, avec le volet des "contrats cabinets" mis à la disposition des communes.

Rédigé par F K le Jeudi 21 Avril 2011 à 18:17 | Lu 2438 fois