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Apprentis tatoueurs bientôt maîtres du patutiki


Cette semaine les stagiaires assistent à des démonstrations de tatouage en situation réelle, réalisées par leur formateur Heretu Tetahiotupa.
Cette semaine les stagiaires assistent à des démonstrations de tatouage en situation réelle, réalisées par leur formateur Heretu Tetahiotupa.
Nuku Hiva, le 7 octobre 2021 - Voilà maintenant deux semaines que la toute première formation professionnelle d’artiste tatoueur du Pays a débuté à Nuku Hiva. Pendant dix mois, douze stagiaires marquisiens vont se familiariser avec l’art du patutiki, les images des matatiki et la transmission culturelle.
   
C’est en faisant le constat qu’aucune école de tatouage n’existait en Polynésie française que les membres de l’association Patutiki ont rêvé il y a plusieurs années de mettre en place une formation professionnalisante de niveau Bac +2.  Avec l’aide de la commune de Nuku Hiva, de la Codim, de l’école française du tatouage et du Sefi, ce qui n’était alors qu’un rêve est devenu réalité. Au fil de ces dix mois de formation, plusieurs professionnels de Tahiti et de métropole interviendront auprès des stagiaires, mais Heretu Tetahiotupa et Teiki Huukena, de l’association Patutiki seront les principaux formateurs.

“Il y a la volonté de professionnaliser la discipline, précise Teiki Huukena, mais surtout de faciliter son apprentissage car jusqu’à présent les tatoueurs se formaient plus ou moins seuls puis il fallait ensuite qu’ils s’exportent pour en apprendre plus et progresser. Ça a été mon cas et le chemin a parfois été périlleux et surtout très long. Avec cette formation, nous allons leur faire gagner un temps fou. Puis nous allons aussi remettre le tatouage marquisien, le patutiki à sa place, afin qu’il ne soit plus confondu avec le tatouage néo-zélandais ou le tatouage tahitien qui n’ont rien à voir.”

Ainsi, pour cette première édition, douze stagiaires de tous âges, uniquement originaires des Marquises (ce qui ne sera pas forcément le cas des prochaines sessions) ont été scrupuleusement sélectionnés pour intégrer la formation qui devrait faire d’eux des tatoueurs complets, à même de satisfaire tout type de clientèle.

Pour participer à cette formation, douze Marquisiens issus des six îles de l’archipel ont été sélectionnés notamment par leurs compétences artistiques.
Pour participer à cette formation, douze Marquisiens issus des six îles de l’archipel ont été sélectionnés notamment par leurs compétences artistiques.
Spécialisation dans le patutiki
 
“Il y a plusieurs aspects et compétences qui vont faire d’eux des bons tatoueurs, explique Heretu tetahiotupa. D’abord le tatouage est un art, il faut donc avoir des compétences artistiques. Pour les développer on a tout un pan de la formation axé sur le dessin, la composition ou encore les couleurs car c’est très important qu’ils acquièrent un bagage artistique solide. Après, il y a ce qui est propre au tatouage moderne c’est-à-dire les règles d’hygiène. Il y a ensuite l’aspect technique, la connaissance du matériel de tatouage, savoir régler sa machine, gérer la profondeur pour ne pas abîmer la peau afin de réaliser un travail propre et beau. Et enfin il y a la spécialisation que nous avons dans cette formation : le patutiki. Là il s’agit d’acquérir les compétences en matière d’utilisation des symboles, la signification de ces symboles, leur fonction et leur emplacement sur le corps.”

En attendant de recevoir leur formation en hygiène et salubrité, c’est sur de la peau synthétique que les stagiaires mettent en application leur apprentissage.
En attendant de recevoir leur formation en hygiène et salubrité, c’est sur de la peau synthétique que les stagiaires mettent en application leur apprentissage.
Techniques modernes et anciennes
 
Ainsi, jusqu'au mois de juillet 2022, les stagiaires approfondiront leurs connaissances des techniques modernes et anciennes du tatouage marquisien mais aussi du tatouage mondial. Par ailleurs, il s’agira aussi de leur donner les bases de la création et de la gestion d’entreprise. Un apprentissage complet que les futurs tatoueurs professionnels attendaient avec impatience :“Pour ma part, je tatouais déjà un peu en amateur, explique Tuki O’Connor, stagiaire originaire de Hiva Oa. J’avais aussi déjà quelques notions d’hygiène grâce à ma mère qui est auxiliaire de soins à la retraite. Mais j’avais hâte d’intégrer la formation pour pouvoir aller plus loin au niveau de mes connaissances sur le tatouage, les techniques et les origines et aussi pour avoir tous les éléments pour ouvrir mon propre salon sur mon île. Et je vois même plus loin… Pourquoi pas former d’autres jeunes tatoueurs en leur transmettant ma passion ?” Un souhait de transmission du savoir et des traditions qui colle parfaitement aux objectifs de l’association Patutiki. 
 
“Il faut partager le savoir, ne surtout pas être égoïstes”
 
Comme l'indique Teiki Huukena, “au-delà de savoir tatouer, ce que nous souhaitons c’est montrer aux stagiaires qu’il ne faut pas hésiter à transmettre à d’autres personnes la spécificité des images des matatiki. Il faut partager le savoir, ne surtout pas être égoïstes, car la pire des choses qui peut arriver à une culture c’est de mourir par égoïsme. C’est pourquoi nous allons, au cours de la formation, montrer aux stagiaires une méthodologie de recherche des symboles marquisiens dans des ouvrages de référence très anciens comme celui de Karl Van den Steinen, et nous ferons ensuite une recherche sur la langue marquisienne pour identifier les noms des symboles. Puis, nous les inciterons à questionner les anciens dans leurs îles respectives pour collecter des informations complémentaires. Il faut chercher, trouver et partager la culture.”

Rédigé par Marie Laure le Jeudi 7 Octobre 2021 à 16:37 | Lu 1054 fois