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​Le Civen reconnait les irradiations prénatales



Tahiti, le 6 août 2020 - Deux décisions favorables rendues en juin dernier par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires reconnaissent la possibilité d’une irradiation prénatale à deux quadragénaires polynésiennes victimes d’un cancer du sein.

Le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) vient de rendre deux décisions favorables à l’indemnisation de malades sur le fondement "d’une possible exposition in utero", c’est-à-dire alors que ces victimes des conséquences des essais nucléaires français dans le Pacifique étaient encore dans le ventre de leur mère.

L’une a toujours vécu à Rikitea, dans l’archipel des Gambier. Née en 1972, elle a développé un cancer du sein en 2017, à l’âge de 45 ans. L’autre, née à Papeete en 1975, n’a résidé qu’à Tahiti. Elle a développé un cancer en février 2017, âgée de 42 ans. Aucune de ces deux victimes du nucléaire n’a travaillé au centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). La première était un embryon lorsque l’essai aérien Phoebe a dérapé le 8 août 1971, en laissant filer une écharpe chargée de radioéléments vers les îles Gambier. L’autre, a également été contaminée durant sa gestation suite à une exposition prénatale aux effets des pluies qui ont charrié sur Tahiti les particules radioactives issues de l’essai Centaure, le 17 juillet 1974.

La reconnaissance de leur contamination prénatale par le Civen, l’autorité administrative indépendante chargée de traiter les demandes d’indemnisation sur le fondement de la loi Morin, est une première pour l’association 193. Et une source d’espoir comme l’a expliqué mercredi Auguste Uebe-Carlson, le président de cette association de défense des victimes du nucléaire. Pour lui, il ne s’agit de rien de moins qu’une "décision explosive".

D’autant que, selon cet activiste engagé pour une réparation des conséquences des effets nucléaires en Polynésie, de telles contaminations prénatales semblent s’être produites en nombre après 1966. "J’ai fait une petite enquête à Mangareva sur les enfants mort-nés de l’île. A partir de 1966 et pendant des années toutes les familles de Mangareva en ont eus. C’est répertorié dans des registres. Et je n’imagine pas que ce phénomène ait été localisé sur ce seul archipel."

Ce phénomène justifie pour Auguste Uebe-Carlson un nouvel appel aux malades atteints de l’un des 24 cancers reconnus comme potentiellement radio-induits, à se manifester auprès de la Carven. Cette Cellule d'accompagnement et de réparation des victimes des essais nucléaires s’occupe bénévolement, pour le compte de l’association 193, de la constitution des dossiers de demandes de réparation sous l’égide de la loi d’indemnisation Morin. Association 193 qui est probablement "la seule association qui n’a jamais reçu 1 Fcfp de subvention du Pays", a glissé incidemment le père Carlson, mercredi. Depuis 2017, la Carven a aidé à constituer 142 demandes d’indemnisation au Civen.

Cette reconnaissance par le comité d’indemnisation d’une irradiation in utero relance aussi, pour le père Auguste, le débat sur de possibles transmissions génétiques des mutations liées à l’exposition aux rayonnements ionisants et sur leurs conséquences transgénérationnelles dans la population.

>> Lire aussi : Nucléaire : 126 indemnisations accordées en 2019

>> Lire aussi : Les associations taclent la "mascarade" du Civen  

"C’est une révélation explosive"

Père Auguste, Président de l’association 193

A votre connaissance, est-ce la première fois que le Civen fait droit à une demande d’indemnisation Loi Morin en s’appuyant sur une possible exposition in utero ?
Pour nous, c’est la première fois. Nous avons 64 dossiers favorables depuis la création de la Carven (la Cellule d'accompagnement et de réparation des victimes liées aux essais nucléaires, ndlr) et ce sont les deux seuls cas. Peut-être qu’au centre médical de suivi ou a Mururoa e Tatau ils en ont déjà vus, je ne sais pas. Je n’en ai jamais entendu parler. En ce qui nous concerne, pour la première fois nous avons deux cas de personnes nées il y a une quarantaine d’années, qui viennent de développer leur maladie et dont le Civen dit qu’elles ont probablement été contaminées in utero. Pour nous, c’est une révélation explosive.
 
Le fait que le Civen reconnaisse l’existence d’un tel phénomène, n’est-ce pas la preuve en dépit de ce que vous affirmez que ce comité fonctionne correctement ?
Pour nous, au contraire, c’est la preuve que ça ne fonctionne pas. D’une part cette reconnaissance est une très bonne nouvelle pour les victimes du nucléaire. Mais le Civen est incapable d’argumenter de manière scientifique pour ses décisions. On ne sait pas s’il s’agit d’une transmission de la mère à l’enfant ou si l’embryon a été irradié pendant la grossesse. Le Civen ne précise pas. Il n’est pas capable de dire à quel type de contamination ces deux victimes ont été exposées.
 
L’existence de possibles contaminations in utero, telle que reconnue par le Civen, vous interpelle-t-elle dans le cadre du débat sur les effets transgénérationnels du nucléaire ?
En effet. Et il n’y a pas qu’à l’association 193. Moruroa e Tatou est également sur cette ligne. Un grand nombre de scientifiques estiment qu’il y a un lien de cause à effet entre des adultes touchés dans leur chair jusque dans leur ADN, et qui peuvent devenir parents avec le temps et transmettre génétiquement cela à leur descendance. On rappelle que le président Macron, au tout début de son mandat, avait répondu de manière très favorablement par rapport à la mise en place d’études pour avérer ce phénomène. Plusieurs années après, aucune étude n’a été mise en œuvre dans ce pays.


Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 6 Août 2020 à 11:10 | Lu 10728 fois






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