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Yvonnick Raffin : "Notre économie doit se diversifier"



Tahiti, le 22 décembre 2020 – Après trois mois en fonction, le nouveau ministre des Finances, de l'Économie, en charge de l'Énergie, de la PSG et de la coordination de l'action gouvernementale, Yvonnick Raffin, a accordé une interview à Tahiti Infos dans laquelle il balaie les principaux sujets d'actualité pour son ministère. De la difficulté de bâtir un budget en cette période de crise incertaine, au projet de réforme en profondeur de la PSG, en passant par les objectifs ambitieux en matière d'énergies renouvelables…
 
Vous prônez l'adaptabilité pour votre premier budget. À quelles "incertitudes" peut-on s'attendre pour cette année ?
 
"Qui pouvait prédire une année 2020 telle que nous l’avons connue ? Personne. Personne ne pouvait anticiper le choc sanitaire et économique auquel sont confrontés tous les pays de la planète. Aujourd’hui, nous plaçons nos espoirs dans un vaccin qui devrait se traduire par la réouverture progressive des frontières. Vous le voyez, nous sommes dépendants du monde qui nous entoure. Face à ce constat, il y a deux attitudes possibles : soit sombrer dans le fatalisme et la morosité, soit se battre aux côtés de chaque Polynésien contre les conséquences économiques et sociales de ce virus. Aussi, face aux incertitudes, nous avons adopté la stratégie de la ligne de crête, qui consiste à avancer avec pragmatisme et lucidité, au-delà des clivages partisans, en mobilisant toutes les bonnes volontés. C'est le choix de la cohérence, du volontarisme et du réalisme. C’est tout l’esprit de ce budget caractérisé par une valeur phare : la responsabilité. L’adaptabilité se traduit également par l’engagement du gouvernement d’allouer les moyens en temps réel pour parer à l’urgence, telle sera ma ligne de conduite en 2021."
 
Vous avez resserré et réorienté le plan de relance sur trois ans. Sur quels axes principaux ?
 
"Ce plan de relance, qui s’inscrit dans la continuité des travaux de mon prédécesseur, porte sur la période 2021-2023, a été construit pour répondre à deux objectifs principaux : limiter les effets de la crise économique sur les entreprises et l’emploi, et traiter, quand le pire n’a pu être évité, les conséquences sociales de cette crise. Il propose ainsi des mesures de portée générale pour protéger l’économie et l’emploi, des mesures sectorielles spécifiques et des mesures pour la préservation de la cohésion sociale. À aujourd’hui, le gouvernement a ainsi proposé plus de 50 mesures, pour un budget total, sur les trois années, d’une cinquantaine de milliards Fcfp. Mais une large consultation des acteurs économiques est en cours et devrait permettre d’améliorer et d’enrichir davantage ce plan. Là aussi, nous avançons avec pragmatisme et réalisme. Il ne s’agit pas d’aligner des intentions mais bien de répondre, au plus près, aux préoccupations de tous les Polynésiens. C’est un plan agile qui sera amené à évoluer en fonction des circonstances et des besoins afin que l’intervention publique soit efficace et adaptée."
 
Vous avez également évoqué un plan décennal de transformation économique. Àquoi peut-on s'attendre ?
 
"Au-delà de cette situation extraordinaire liée au Covid-19, le monde est en perpétuelle évolution. La vie est comme l’eau et non comme la pierre. Internet, les technologies, le climat, la raréfaction des ressources, les changements sociétaux, tous ces facteurs impactent nos modes de production, d’échange et de consommation. Le mode de vie de nos grands-parents et de nos parents ne sera pas celui de nos enfants. Notre fenua connait toutes ces évolutions. Il doit donc se réinventer, repenser son modèle économique, changer de paradigmes, tout en conservant ses valeurs. Nous devons penser autrement notre pays et notre rapport au monde. Les Polynésiens ont toujours su s’adapter à leur environnement, j’ai foi en leurs capacités à relever les défis qui s’annoncent."
 
Faudra-t-il réorienter l'économie si le tourisme ne reprend pas dans les proportions attendues avant l'épidémie de Covid-19 ? En d'autres termes, l'économie polynésienne a-t-elle besoin d'être plus diversifiée ?
 
"Oui, notre économie doit se diversifier et ce constat est partagé par l’ensemble des Polynésiens. Mais on ne peut pas se contenter de simples formules incantatoires, il faut avancer des propositions concrètes. C’est ce que fait le gouvernement. Chaque ministre travaille sur cette orientation et ils communiqueront sur ces sujets en temps voulu. Prenez l’exemple de l’agriculture. Notre vice-président, Tearii Alpha, a élaboré un projet de schéma directeur ambitieux et l’exposera dans les prochaines semaines à l’assemblée. Il s’agit là d’une avancée concrète. Dans l’immédiat, la priorité du gouvernement est de sauvegarder les emplois et soutenir la consommation, l’appareil productif, au bénéfice de tous, salariés, entreprises et patentés."
 
Quelles seront les besoins pour le prochain prêt attendu de l'État ? S'agit-il principalement de besoins de financements pour la CPS ?
 
"Lors de mon déplacement à Paris avec le Président, nous avons eu l’occasion de nous en entretenir avec le Premier ministre et le Ministre des Outre-mer. Je me suis également rendu à Bercy, dans les services techniques, pour exposer notre calendrier, nos modalités de travail et l’état d’esprit dans lequel nous entendons conduire ce chantier. Ces discussions ont été productives et concrètes. L’État ne nous abandonnera pas car nous faisons partie de l’ensemble républicain. À présent, il nous incombe d’évaluer au plus juste nos besoins, qu’il s’agisse de ceux du Pays ou de la CPS, avant de formaliser notre demande. C’est ce à quoi nous nous employons avec mes services depuis mon retour de Paris afin d’être au rendez-vous dès janvier."
 

"Un projet de réforme de la PSG pour 2022"

Vous préconisez une réforme profonde de la protection sociale généralisée. À quelle échéance et selon quelle stratégie ? Faut-il s'attendre à une augmentation des cotisations malgré les craintes des syndicats de salariés sur le sujet ?
 
"Toutes les personnes sensibilisées à la problématique s’accordent pour affirmer que notre protection sociale généralisée est à bout de souffle. Le choc économique lié au Covid-19 nous a projetés quelques années en avant. Nous nous sommes retrouvés confrontés à une impasse. Les dépenses d’assurance maladie s’envolent, les réserves de la retraite s’épuisent, tandis que certains besoins sociaux sont mal couverts et que la dépendance n’est pas anticipée. Parallèlement, nous ne pouvons plus réagir par augmentations successives des cotisations. En 2020, le régime des salariés a dû répondre à l’urgence et recourir à l’emprunt pour garantir le versement des pensions, des aides sociales, des allocations et les remboursements liés aux dépenses de santé. Grâce à un prêt garanti par l’État, il n’y a pas eu de rupture des paiements. Toutefois, ce mode de fonctionnement n’est pas soutenable. C’est pourquoi nous avons le devoir de réformer de manière structurelle notre modèle, du périmètre des prestations aux modes de financement. Dans cet objectif, depuis maintenant deux mois, une 'task-force' a été constituée, un groupe de travail, pour poser le diagnostic et élaborer un projet de réforme basé sur une large consultation de toutes les parties prenantes. Avant toute chose, il nous faut poser les bonnes questions : Quelle protection voulons-nous pour les Polynésiens demain ? Le financement direct par les cotisations est-il aujourd’hui à lui seul suffisant et supportable ? La gestion par régime a-t-elle du sens aujourd’hui ? Pour mémoire, l’optique du cadrage budgétaire donné à la CPS et aux trois régimes pour 2021 est le gel des cotisations et un niveau de dépenses de santé équivalent à 2020. Selon les résultats de cette démarche, un projet de réforme pourrait être formalisé pour 2022."
 
La mise en place d'une caisse chômage fait-elle partie de vos projets, ne serait-ce que pour pérenniser des dispositifs comme le Diese ou le Deseti ?
 
"Ces sujets doivent être abordés collectivement, dans le calme et la sérénité, pour identifier le moyen le plus adapté pour surmonter les périodes de stress économique. Deux constats sont partagés : nos finances publiques ne peuvent pas, à elles seules, supporter la charge de la compensation de la perte de rémunération, et nous ne pouvons décemment pas priver les familles de revenus. C’est d’ailleurs l’esprit du Diese qui, sur ce raisonnement, met à contribution le Pays, l’employeur et l’employé. Ce dispositif étant nouveau, il va nous falloir l’évaluer pour en tirer toutes les leçons afin d’envisager la meilleure option pour l’avenir. Ce travail se fera en concertation étroite avec toutes les parties prenantes."
 
L'effort de solidarité par rapport aux inégalité sociales passera-t-il par l'instauration d'un impôt sur le revenu en Polynésie française ?
 
"En période de difficultés, les particuliers et les professionnels ont besoin de stabilité, notamment dans le champ fiscal. Pour ma part, je ne suis pas convaincu que procéder par mimétisme par rapport aux dispositions nationales soit opportun, notamment en raison du rendement potentiel. N’oublions pas que l’impôt sur le revenu dans l’Hexagone est le fruit de la première guerre mondiale et non d’un élan de générosité spontanée de toute une génération."
 
Quel est le contenu de la convention Santé-Solidarité récemment signée avec l'État pour les trois prochaines années ? Des contreparties de la Polynésie française sont-elles de nouveau attendues par l'État et lesquelles ?
 
"Depuis 2015, grâce à l’action du président Édouard Fritch, l’État a accepté de revenir au financement du régime de solidarité à hauteur de 1,4 milliard de Fcfp par an, c’est-à-dire environ 5% des dépenses de ce régime. C’est un début. Depuis, une mission conduite par des inspecteurs nationaux mandatés par l’État, en novembre 2018, a conclu à la nécessité de renforcer ce soutien, notamment son montant, et d’envisager la prise en charge par la solidarité nationale de nouvelles dépenses telles que celles liées à la dispersion spatiale de notre population, c’est-à-dire les évacuations sanitaires. En contrepartie, l’État attend principalement des assurances sur la soutenabilité financière de nos comptes sociaux. Lors de mon déplacement à Paris, j’ai pu m’en entretenir sereinement avec les autorités nationales. C’est, entre autres, sur cette base que nous allons négocier cette nouvelle convention santé-solidarité 2021-2023."
 

"Encourager les fermes solaires avec stockage"

Sur l'énergie, vous semblez particulièrement disposés à donner à la TEP son rôle central prévu par le plan de transition énergétique pour réformer le secteur ?
 
"Cette orientation s’inscrit dans la continuité des actions entreprises par le gouvernement depuis maintenant 5 ans. Depuis 2015, le plan de transition énergétique prévoit ce rôle central de la TEP notamment via le transfert de la responsabilité d’équilibre, c’est-à-dire que la TEP deviendra une sorte d’arbitre dans le paysage énergétique polynésien. Pour y parvenir, il nous faut garantir la neutralité de la TEP. C’est à cette condition que nous pourrons ouvrir à la concurrence ce secteur et favoriser ainsi le développement des énergies renouvelables et donc la préservation de notre environnement."
 
Le Pays s'est fixé un objectif de 75% d'énergies renouvelables en 2030. Est-ce toujours réaliste et réalisable ? Et comment y parvenir ?
 
"Je vous accorde qu’il s’agit d’un objectif ambitieux. Pour y parvenir, il nous faut encourager l’investissement dans les fermes solaires avec stockage. C’est pourquoi un appel à projets sera lancé dès le premier semestre 2021 pour doubler les capacités d’énergie photovoltaïque déjà installées."
 
On vous connaît davantage dans un profil de technicien à EDT ou à la CPS. Mais avez-vous des ambitions politiques et par exemple celles de briguer un mandat lors des prochaines élections territoriales ?
 
"Dans mes précédentes fonctions, j’ai toujours fait passer l’intérêt de mes missions avant mes propres ambitions. Ce qui nous préoccupe tous, aujourd’hui, ce sont les urgences auxquelles il faut apporter des réponses concrètes, et non le devenir des femmes et des hommes chargés de servir la population. Enfin, pour conclure, permettez-moi de profiter de l’occasion qui m’est donnée pour adresser à toutes et à tous de bonnes fêtes de Noël en famille."
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 22 Décembre 2020 à 19:52 | Lu 17857 fois





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