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Vaccination : "Aller chercher les derniers"


Tahiti, le 5 septembre 2021 – Le rythme de la campagne de vaccination semble marquer le pas ces derniers jours, notamment chez les primo-vaccinés. Mais les autorités sanitaires ne s'inquiètent pas outre-mesure de la situation jugée “assez normale” vue la progression de la couverture vaccinale au fenua. “On va aller chercher les derniers maintenant”, affirment-elles.
 
En un mois, la campagne de vaccination au fenua a connu une accélération sans précédent. De 91 000 primo-vaccinés le 3 août dernier, on a dépassé aujourd'hui les 142 000 personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin en Polynésie. Un taux de primo-vaccinés qui atteint aujourd'hui 51% de la population totale et 61% de la population de 12 ans et plus, seule éligible à la vaccination. Pour les personnes ayant reçu un “schéma vaccinal complet” –comme le veut l'expression consacrée– ce taux atteint 41% et flirte avec les 50% de la population cible des 12 ans et plus… Problème, à mesure que la vaccination avance, le nombre de candidats est de plus en plus difficile à aller chercher.
 
Moins de “primo”, plus de “vaccinés”
 
Et cette tendance se vérifie depuis une semaine dans les chiffres diffusés quotidiennement par la plateforme Covid-19 du Pays. Samedi, le vaccinodrome de la présidence n'a atteint “que” 1 276 vaccinations. Un chiffre qui dépassait pourtant allègrement les 2 000 ces trois dernières semaines. Plus généralement, le nombre de primo-vaccinés a semblé marquer le pas toute la semaine dernière. Il est même passé sous de la barre des 1 000 par jour mercredi et jeudi, ce qui n'était plus arrivé depuis le 29 juillet dernier…
 
En revanche, et c'est assez logique, le nombre des personnes totalement vaccinées augmente ces derniers jours. Un effet mécanique des nombreux rappels de deuxième dose, en décalage de trois à quatre semaines par rapport au démarrage de l'augmentation de la vaccination enregistré début août.
 
Pas de quoi s'inquiéter
 
L'une des raisons évoquées par les autorités sanitaires pour expliquer ce relatif ralentissement de la vaccination, c'est la forte épidémie elle-même en cours en Polynésie française. En effet, entre le début de la seconde vague mi-juillet et l'arrêt de la diffusion par la plateforme Covid-19 des chiffres des nouveaux cas dépistés positifs le 24 août dernier, ce sont plus de 20 000 Polynésiens qui ont été testés positifs au Covid. Soit autant de personnes qui doivent attendre deux mois avant de pouvoir se faire vacciner, si tant est qu'ils ne l'étaient pas encore. Même chose pour les patients contaminés entre leur première et leur seconde dose, deux mois d'attente sont également nécessaires pour le rappel…
 
Pour autant, les autorités sanitaires du Pays restent sereines. D'une part, le ralentissement de la vaccination est jugé “assez normal”, puisqu'avec la progression de la vaccination le bassin de la population “vaccinable” se réduit lui-aussi. D'autre part, on mise encore sur l'effet incitatif de deux mesures : l'entrée en vigueur de la loi du Pays sur l'obligation vaccinale et la mise en place du fameux “pass sanitaire” annoncé pour octobre. En métropole, l'annonce de ce dernier dispositif avait dopé les vaccinations et permis une forte accélération de la campagne vaccinale.
 
Restent une proportion jugée “incompressible” de réfractaires à la vaccination. Des réfractaires “qui peuvent encore changer d'avis avec le travail de sensibilisation toujours mené dans les zones les moins vaccinées”, expliquent les autorités sanitaires. “Tous les jours, même si on n'a que 100 personnes dans les quartiers, on va aller chercher les derniers maintenant.” Ce week-end, en plus du vaccinodrome de la présidence, près d'un millier de personnes ont également été vaccinées grâce aux centres de vaccination éphémères et itinérants.
 

​La vaccination, si tardive que ça au fenua ?

Il y a quelques jours, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu intervenait sur le plateau de Mayotte la 1ère pour défendre l'intérêt de la vaccination face aux vagues épidémiques violentes que connaissent plusieurs territoires français ultra-marins. Le ministre regrettait surtout un certain retard dans la prise de conscience de l'importance de la vaccination, en citant l'exemple de la Polynésie française. “La Polynésie française comme les Antilles, c'est une épidémie de personnes non vaccinées”, martelait le ministre.
 
Et pourtant, le rythme de la vaccination au fenua n'a pas toujours été dicté par l'attentisme de la population devant la vaccination. Il a longtemps aussi été lié à l'état du stock de vaccins disponibles… Concrètement, les premières doses de vaccins sont arrivées le 7 janvier 2021 en Polynésie française, alors que l'accélération la plus marquée de la campagne de vaccination date de l'envolée de l'épidémie de Delta au tout début du mois d’août.
 
Pour expliquer cette prise de conscience tardive, les autorités sanitaires locales évoquent régulièrement la situation relativement “protégée” de la Polynésie par rapport à la métropole face au Covid. Avant la vague de Delta débutée mi-juillet, la Polynésie n'avait connu qu'une vague épidémique et un confinement. Quand la métropole en était déjà à quatre vagues et trois confinements de la population…
 
La vaccination freinée par le stock de vaccins
 
Mais du côté des autorités sanitaires locales, on rappelle néanmoins que pendant les quatre premiers mois de la campagne de vaccination au fenua –jusqu'à la visite du ministre Lecornu en mai dernier– la campagne de vaccination a été “freinée” par le manque de vaccins disponibles. Quelques “risques” ont même été pris sur la gestion des doses de vaccins Pfizer, puisque les autorités sanitaires locales ont même puisé dans les stocks réservés aux secondes doses pour procéder à de premières injections. “Pendant deux mois, on avait davantage de primo-vaccinés que de primo-vaccinables !”, glisse-t-on du côté des autorités sanitaires locales, “avec le risque que les rappels ne puissent être honorés si les vaccins n'arrivaient pas”.
 
Les premiers gros arrivages de vaccins sont tombés en mai, puis en juin. Et c'est effectivement pendant ces trois mois que les vaccins se sont entassés jusqu'à la “prise de conscience” liée à l'épidémie début août, laissant même craindre qu'un certain nombre de ces doses ne puissent se périmer…

Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 6 Septembre 2021 à 15:01 | Lu 5067 fois