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Une héritière s'oppose à la vente de l'atoll Anuanurunga



Tahiti le 28 février 2021 – Astrid Drollet, l'une des coïndivisaires de l'atoll de Anuanurunga dont la mise en vente a été récemment annoncée par le groupe immobilier Thisse, affirme s'opposer "formellement" à la vente de l'atoll aujourd'hui toujours en indivision. "On nous a transmis ce patrimoine et notre mission, c'est de le garder en l'état et de le transmettre aux générations futures", affirme l'héritière qui assure aujourd'hui être soutenue dans sa démarche par d'autres membres de la famille.
 
L'annonce de la mise en vente de l'atoll de Anuanurunga, relayée début février par le site Geo.fr et plusieurs autres publications nationales, n'a pas fait réagir que sur les réseaux sociaux. L'une des ayants droit de la famille propriétaire de l'atoll situé au sud-est des Tuamotu, Astrid Drollet, s'est manifestée le 20 février dernier auprès de l'agence immobilière en charge de la vente pour dire son opposition à cette opération. Dans un courrier adressé au représentant du groupe Thisse, en charge de la promotion immobilière de la cession, celle-ci affirme qu'en tant "qu'héritière légale de sa mère Claire Terorotua décédée le 8 avril 2020" elle "s'oppose formellement à la vente de ce bien, du moins aux 5 266 mètres carrés correspondant à la quotité de (ses) droits sur l'atoll de Anuanurunga".
 
Contactée, Astrid Drollet explique que l'atoll de 7 km2 avec ses 101 hectares émergés est "un bien familial que nous avons hérité de notre arrière-grand-père Teriiehina a Tauraa". Elle affirme avoir contacté l'agence immobilière en mai 2020, après le décès de sa mère, pour lui signifier que le contrat d'exclusivité signé avec l'agence était désormais "automatiquement caduc". Aujourd'hui, Astrid Drollet affirme parler "uniquement en son nom" mais assure que d'autres membres de la famille se sont joints à sa démarche : "Je pensais être la seule et finalement cinq autres coïndivisaires se sont manifestés et m'ont dit : 'nous aussi on ne veut pas vendre'. Mais je ne vais pas parler en leur nom. Là, je parle en mon nom. Je sais ce que je veux et je ne veux pas que cet atoll soit vendu."
 
"Nous sommes les gardiens"
 
"Le notaire leur a dit de ne pas mettre l'atoll en vente à l'international, car la famille n'était pas d'accord sur les modalités du partage", poursuit Astrid Drollet. "Et le site de la DAF [Direction des affaires foncières, ndlr] le signale, un bien indivis ne peut être vendu si les coïndivisaires ne sont pas unanimes." Selon elle, le motif pécuniaire de la vente d'une partie des ayants droit ne tient pas face à la nécessité de protéger cette terre. "L'argument c'est, bien sûr, qu'ils ont besoin d'argent. Mais qui n'a pas besoin d'argent aujourd'hui ? Moi aussi j'en ai besoin, j'ai une maison à refaire, tout le monde a besoin d'argent. Ce n'est pas pour cela qu'on va vendre un atoll entier. Nous ne sommes pas les propriétaires, nous sommes les gardiens. On nous a transmis ce patrimoine et notre mission, c'est de le garder en l'état et de le transmettre aux générations futures." Astrid Drollet craint qu'avec le prix de vente évoqué il y a quelques années –1,6 milliard de Fcfp– seuls de riches investisseurs étrangers ne soient en mesure d'acheter cet atoll. Elle affirme que dans un tel cas de figure, elle s'installera à Anuanurunga sur le demi-hectare dont elle a hérité.
 
Notons que le Pays, propriétaire de l'atoll voisin de Anuanuraro, s'était manifesté il y a quelques jours lors de la publication des articles relatifs à la mise en vente, pour indiquer que "si la volonté des propriétaires privés de vendre ce bien était avérée", il "n’excluait pas l’hypothèse de son acquisition". Mais le gouvernement précisait bien à l'époque que "si tel devait être le cas, des discussions seraient engagées avec lesdits propriétaires".
 
"La loi est claire"
 
Astrid Drollet semble en tous cas décidée à ne rien lâcher. Elle affirme "se réserver le droit de déposer plainte" si l'atoll est maintenu à la vente. "J'ai proposé de gérer le patrimoine familial de cet ancêtre à la manière des Toohitu de Rapa, où les terres ne sont pas cadastrées et où l'on attribue un lopin de terre à tous ceux qui veulent s'installer et fonder un foyer. On peut très bien envisager de gérer l'indivision de manière intelligente avec un Toova'u, avec un représentant par souche pour gérer de manière communautaire les terres pour ne pas sortir de l'indivision, et garder les terres dans le giron familial pour que tout le monde puisse en profiter."
 
L'héritière affirme avoir adressé cette proposition au président de l'association des héritiers de Teriiehina a Tauraa, mais sans réponse jusqu'à aujourd'hui. "Si la gestion traditionnelle n'intéresse personne alors on applique la loi, il n'y a pas d'autre solution. La loi est claire, un bien indivis ne peut être vendu sans l'accord de tout le monde. C'est la loi et personne ne peut la contourner et je ne fais que revendiquer mon droit."
 

​Astrid Drollet, l'une des propriétaires en co-indivision de Anuanuranga : "On n'a pas le droit, moralement, de le vendre"

Pourquoi vous opposez-vous à la vente de cet atoll ?

"On a le privilège d'avoir dans son patrimoine un atoll aussi unique. On n'a pas le droit, moralement, de le vendre. Ce n'est pas permis. Et sur le plan juridique, cet atoll ne peut être vendu en l'état puisqu'il n'est pas sorti de l'indivision et qu'il faut avoir la majorité absolue des coïndivisaires. Donc Anuanurunga n'est pas à vendre."
 
Vous avez fait savoir votre opposition à l'agence immobilière ?

"Après le décès de ma mère en avril dernier, j'ai contacté l'agence en charge de la vente de l'atoll, pour lui dire qu'en tant qu'héritière de ma mère je m'oppose à la vente. (…) J'ai demandé à l'agence de retirer l'annonce de leur site et de leur société sous peine de poursuites."
 
Quel serait votre message ?

"Comme dirait Henri Hiro : 'si vous écoutez le ta'i punu de l'argent, au bout de très peu de temps il n'y aura plus rien'. Quand vous aurez mangé vos millions, qu'est ce qu'il vous restera ? Les voitures rouillent, pourrissent, alors qu'un atoll est là depuis 2 à 3 millions d'années et va nous survivre. Et il vaut mieux qu'il reste dans cet état-là, qu'on le laisse aux générations futures. Nous sommes les gardiens de ce faufaa tupuna que nos grands-parents et parents ont préservé. Nous ne sommes que des passeurs d'héritage ou de patrimoine, mais on n'a pas le droit de le vendre."
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 28 Février 2021 à 21:26 | Lu 11900 fois





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