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Ukraine: bombardements à Tcherniguiv et Marioupol, le Kremlin douche les espoirs de "percée"


Ukrainian presidential press-service / AFP
Ukrainian presidential press-service / AFP
Kiev, Ukraine | AFP | mercredi 30/03/2022 - Les autorités ukrainiennes ont accusé mercredi la Russie d'avoir bombardé un centre de la Croix-Rouge à Marioupol et la ville de Tcherniguiv, tandis que le Kremlin a douché les espoirs de "percée" suite aux négociations de la veille.

Les forces russes ont "bombardé délibérément un bâtiment du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Marioupol", port stratégique du sud-est de l'Ukraine, a affirmé Lioudmyla Denissova, chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien. 

"Les avions et l’artillerie ennemis ont bombardé le bâtiment, marqué d’une croix rouge sur fond blanc, ce qui signifie la présence de blessés, de biens civils ou humanitaires", a-t-elle ajouté, disant ne pas disposer d'informations "concernant les victimes".

Dans le nord, la ville de Tcherniguiv a été "bombardée toute la nuit", a indiqué mercredi le gouverneur régional Viatcheslav Tchaous. Après Marioupol, Tcherniguiv, qui comptait 280.000 habitants avant la guerre, est la ville la plus durement frappée par les bombardements depuis le début de la guerre le 24 février.

Semblant revenir sur des annonces faites par Moscou à l'issue de discussions entre belligérants mardi à Istanbul, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov a déclaré mercredi ne pas pouvoir "faire état de quoi que ce soit de très prometteur ou d'une percée quelconque".

"Pour l'heure, nous ne pouvons pas parler des progrès et nous n'allons pas le faire", a-t-il insisté, en précisant qu'il n'y avait "pas d'avancées" non plus dans l'organisation d'une éventuelle rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.

Ces paroles tranchent avec celles, beaucoup plus positives, de responsables russes présents mardi à Istanbul. Le vice-ministre russe de la Défense Alexandre Fomine avait ainsi affirmé que Moscou allait "réduire radicalement (son) activité militaire en direction de Kiev et Tcherniguiv".

Ces promesses avaient d'emblée été accueillies avec scepticisme par Kiev et ses alliés occidentaux.

"Le soi-disant +retrait des troupes+, est probablement une rotation d'unités individuelles qui vise à tromper le commandement militaire des forces armées ukrainiennes", a réagi l'état-major ukrainien.

"Il faut être très prudent dans l'évaluation des avancées de la négociation", a renchéri mercredi la porte-parole de la diplomatie française, Anne-Claire Legendre, notant que Moscou pouvait "jouer le jeu de la négociation pour gagner du temps".

Même son de cloche du côté du porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, qui a jugé qu'il ne s'agissait que d'un "repositionnement" et non d'un "vrai retrait".

Autoroute stratégique 

A Kiev et dans ses alentours, les sirènes d'alerte ont été entendues à plusieurs reprises au cours de la nuit.

"Au cours des dernières 24 heures, les Russes ont bombardé à 30 reprises les quartiers habités et infrastructures civiles dans la région de Kiev", selon le gouverneur de la région Olaxandre Pavliouk sur Telegram, précisant que les zones du nord de Kiev ont été les plus touchées.

De fréquentes explosions pouvaient toujours être entendues mercredi matin en provenance de la ville d'Irpin, que les Ukrainiens ont affirmé lundi avoir "libérée" des forces russes, a constaté l'AFP.

"Depuis la soirée et pendant toute la nuit, de nombreuses alertes anti-aériennes ont eu lieu sur tout le territoire de l'Ukraine. Cependant, la nuit a été calme dans la plupart des régions", a indiqué la présidence.

L'armée ukrainienne a par ailleurs repris le contrôle d'une autoroute stratégique reliant Kharkiv à Tchougouïv, dans l'est de l'Ukraine, ont constaté mercredi des journalistes de l'AFP.

"Il y a des cadavres russes éparpillés partout", a affirmé à l'AFP un officier du renseignement ukrainien. "Les combats ont été très durs, rapprochés parfois de dix mètres. Ça a duré près de trois jours".

Selon lui, "les soldats russes étaient épuisés", surtout "des jeunes qui crevaient de faim: ils pillaient les maisons".

4 millions de réfugiés 

En cinq semaines de guerre, plus de 4 millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir leur pays, a annoncé le Haut commissariat aux réfugiés à Genève. L'Europe n'avait pas connu de tels flots de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale. 

Au total, plus de dix millions de personnes, soit plus d'un quart de la population, ont dû quitter leur foyer. Le conflit a fait 1.189 morts et 1.901 blessés parmi les civils, selon le HCR.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé fournir une aide alimentaire d'urgence à un million de personnes dans le pays.

A Marioupol, quelque 160.000 civils demeurent bloqués sous les bombes et confrontés à "une catastrophe humanitaire", vivant terrés dans des abris sans électricité et manquant de nourriture et d'eau, selon des témoignages recueillis par l'AFP auprès des personnes ayant pu fuir la ville.

Selon la mairie, les forces russes ont procédé à l’évacuation forcée vers la Russie d'une maternité, emmenant "plus de 70 personnes, des femmes et du personnel médical". 

Au total, plus de 20.000 habitants de Marioupol ont été évacués "contre leur gré" en Russie, selon la municipalité, qui affirme que les Russes leur ont confisqué leurs papiers et les ont redirigés "vers des villes russes éloignées".

Ces informations sont invérifiables de source indépendante, Marioupol étant assiégée depuis fin février avec des communications défaillantes.

Dans une initiative commune avec la Turquie et la Grèce, le président français Emmanuel Macron avait demandé à organiser rapidement une évacuation des habitants de la ville. Mais Vladimir Poutine a estimé qu'une telle opération nécessitait que "les combattants nationalistes ukrainiens cessent toute résistance et rendent les armes", selon un communiqué du Kremlin mardi soir. 

Dans le nord-est du pays, la ville de Trostyanets, qui compte en temps normal 20.000 habitants, a été reprise le week-end dernier par les forces ukrainiennes. 

Après un mois d'occupation, les Russes sont partis sans combattre ou presque, selon de multiples témoignages recueillis par l'AFP dans la ville en partie détruite.

"Les troupes russes sont arrivées en ville au deuxième jour de la guerre", se souvient Pavlo, un habitant. Une colonne s'est ensuite enfoncée sur des dizaines de kilomètres plus au sud-ouest, où elle a rencontré une furieuse résistance ukrainienne, dont témoignent des squelettes de chars carbonisés.

"De justesse" 

La situation autour des centrales nucléaires de l'Ukraine demeure une préoccupation. "Il est vital d'être sur le terrain pour fournir un soutien efficace en cette période extrêmement difficile", a écrit sur Twitter le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, en visite mercredi dans la centrale nucléaire de Konstantinovka.

Depuis le début de l'offensive militaire russe, M. Grossi ne cesse de mettre en garde contre les dangers de cette guerre, la première à se dérouler dans un pays doté d'un vaste parc nucléaire, ainsi que plusieurs dépôts de déchets nucléaires. 

"Nous avons déjà évité de justesse plusieurs incidents. Nous ne pouvons pas perdre plus de temps", avait déclaré mardi le chef de l'AIEA.

Selon la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk, "Les occupants russes ont créé un énorme dépôt de munitions dans la zone d’exclusion autour de Tchernobyl. Elles peuvent exploser à tout moment", provoquant une "catastrophe écologique colossale".

le Mercredi 30 Mars 2022 à 06:33 | Lu 305 fois