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Trop de monde dehors


Tahiti, le 2 septembre 2021 – Le haut-commissaire et le président du Pays ont annoncé jeudi la prorogation pour deux semaines du confinement, du couvre-feu, des interdictions de rassemblement ou encore de la fermeture des écoles. Des autorités qui ont insisté sur le "trop grand nombre de personnes" dehors en journée et circulant "sans motif légitime" malgré les restrictions sanitaires. Des contrôles plus stricts sont annoncés.
 
Sans surprise, le haut-commissaire Dominique Sorain et le président du Pays Édouard Fritch ont annoncé jeudi matin lors d'une nouvelle allocution commune la prorogation pour deux semaines de l'ensemble des mesures de confinement, couvre-feu et interdictions de rassemblement en vigueur depuis le début de la semaine dernière à Tahiti, Moorea et aux îles Sous-le-Vent. Une nécessité liée à la situation sanitaire toujours extrêmement grave en Polynésie française, avec jeudi encore des établissements de soins saturés avec 388 hospitalisations, dont 58 en réanimation. Depuis ces trois dernières semaines, le nombre de morts recensés chaque jour par les autorités sanitaires oscille dramatiquement entre 10 et 25.
 
Une once d'espoir cependant, le haut-commissaire a annoncé qu'il "semble depuis le début de la semaine que le nombre de contaminations augmente désormais moins vite". Mais le représentant de l'État veut se garder de "toute vision trop optimiste" et estime qu'il est "encore trop tôt pour en tirer des conclusions positives". Pour les prochaines semaines, seuls certains indicateurs précis permettront de jauger le niveau de progression de l'épidémie : le taux de positivité des tests, le nombre d’appels aux services d’urgence, le nombre de consultations Covid en médecine libérale, le nombre de personnes à domicile soignées avec l’oxygène, le nombre d’entrées à l’hôpital et, bien sûr du nombre de réanimations associé à la durée de séjour des patients…
 
Appel au civisme
 
Mais s'il ne fallait pas attendre d'annonces nouvelles sur les mesures de restrictions sanitaires jeudi, le haut-commissaire et le président du Pays ont tenu à mettre l'accent sur le "trop grand nombre de personnes" qui se déplacent encore en journée "sans motif légitime". Ces derniers jours, les critiques se sont faites entendre sur l'intérêt du confinement vu le très grand nombre de déplacements constaté sur les routes ou même parmi les piétons en centre-ville… "J’en appelle, et là solennellement, au civisme et à la vigilance en journée", a tonné le haut-commissaire. "Plusieurs tāvana m’en ont fait la remarque et j’ai demandé aux forces de police et de gendarmerie d’être davantage présentes sur les routes et de renforcer leurs contrôles."
 
Selon le haut-commissaire, plus de 21 000 contrôles et près de 900 verbalisations ont été réalisés depuis le début du confinement. Dont 367 pour défaut de justificatif de déplacement. "Avoir une attestation ne suffit pas", a réaffirmé Dominique Sorain. "Il faut avoir un besoin impérieux pour se déplacer, c’est-à-dire un besoin qui ne peut pas être reporté pour des raisons médicales, pour des raisons professionnelles ou pour des raisons familiales". Et le haut-commissaire d'insister sur l'interdiction d'aller "faire ses courses en famille". "Les magasins d’alimentation sont ouverts, les rayons alimentation des grandes surfaces sont ouverts, mais ce n’est pas pour aller faire une sortie familiale, c’est pour aller se ravitailler. En clair, on ne va pas à quatre en voiture chercher une baguette", a tonné le représentant de l'État.
 
Nul n'est censé ignorer la loi
 
Un appel au civisme suivi également d'un rappel de l'importance du respect des règles en vigueur, via l'exemple de ce qui constitue pour le haut-commissaire la cause "probable" de la propagation du variant Delta au fenua : "L'introduction par un voyageur non vacciné qui n’a pas respecté sa quarantaine obligatoire en se rendant dans sa famille dès son arrivée sur le territoire." Et enfin, un dernier appel à la responsabilisation sur la vaccination. "Si nous en sommes là, c’est parce que cette épouvantable quatrième vague est une épidémie de non vaccinés", a insisté le haut-commissaire, citant les propos du ministre des Outre-mer mardi à Mayotte.
 
Seule ombre au tableau, au terme d'une allocution particulièrement marquée par ces messages des autorités sur l'importance du respect des règles en vigueur, l'évocation de la cérémonie d'hommage au défunt directeur de cabinet du président cette semaine à la présidence. Les clichés diffusés par le service de communication du Pays montrant le passage du cortège devant près de 60 à 70 personnes, certes très espacés dans les 1 500 mètres carrés de la cour de la présidence, avaient suscité quelques réactions courroucées sur les réseaux sociaux en raison de l'interdiction des rassemblements en vigueur pour les cérémonies mortuaires.
 
Entorse assumée par le président du Pays. "J'ai des faiblesses comme ça. Je ne pouvais pas enterrer ce garçon sans que le gouvernement lui rende hommage", s'est expliqué Édouard Fritch, rappelant toutes les "précautions prises" pour limiter justement tout effet de rassemblement à cette occasion. "Si vous estimez que j'ai pêché, je regrette mon pêché. Devant vous, mais pas devant ce que j'ai fait", a néanmoins maintenu le président. Pas sûr qu'il s'agisse du meilleur message à faire passer dans la situation actuelle…
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Jeudi 2 Septembre 2021 à 11:58 | Lu 11417 fois