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Très peu de récifs préservés dans nos eaux (étude)



L'atoll de Matureivavao est inhabité. "Après une première plongée exceptionnelle, nous sommes un peu déçus", écrivaient alors les scientifiques dans leur carnet de bord. "La faune est peu abondante, même si requins, carangues et napoléons sont présents. Une partie de l’habitat est dégradé, peut être les séquelles d’un cyclone. Comme chaque jour, des stéréo-caméras appâtées sont déployées."
L'atoll de Matureivavao est inhabité. "Après une première plongée exceptionnelle, nous sommes un peu déçus", écrivaient alors les scientifiques dans leur carnet de bord. "La faune est peu abondante, même si requins, carangues et napoléons sont présents. Une partie de l’habitat est dégradé, peut être les séquelles d’un cyclone. Comme chaque jour, des stéréo-caméras appâtées sont déployées."
PAPEETE, le 8 avril 2016. Seulement 1,5 % des récifs sur la planète sont éloignés de l'homme. Un tiers d'entre eux se trouve en Calédonie. Dès qu'un récif est situé à moins de 12 heures de trajet en bateau, sa biomasse et sa biodiversité en poisson décroit. Au fenua, il existe peu de récifs épargnés par l'homme.

Avec 2.5 millions de km2, la Polynésie présente une surface grande comme l'Europe. Suffisamment de place pour abriter de nombreux récifs préservés ? Non selon les résultats du projet Pristine (sites quasi-vierges en anglais) mené par une équipe internationale de biologistes marins.
A travers le projet Pristine, les scientifiques avaient pour objectif de référencer la biodiversité marine dans les derniers récifs coralliens vierges, ou quasiment vierges, d’impact humain dans le Pacifique sud. Ils ainsi ont exploré les récifs de Minerve à Tonga, puis les récifs d’Entrecasteaux, de Pétri et de Chesterfields en Nouvelle-Calédonie. En Polynésie française, ils ont mis le camp sur les îles Actéon en Polynésie. Ce groupe d'atoll est situé à 245 km au nord-ouest des îles Gambier et composé de quatre atolls inhabités : Matureivavao, Tenarunga, Vahanga et Tenararo.
En mission, en mai 2013, les biologistes marins ont plongé dans les eaux de plusieurs atolls des Tuamotu-Gambier : Marutea, Maria Est, Matureivavao, Tenarunga, Vahanga, Ahunui, Paraoa, Nengo Nengo... Chaque plongeur s'est ainsi immergé pendant près de 50 heures. Cela a représenté plus de 200 heures d’observation sous-marine en 11 jours. " Nous venons d’observer des grands prédateurs dans 96% des plongées réalisées dans les récifs des îles isolées et pour la plupart inhabitées de Polynésie française. Ces îles se classent au premier rang de notre base de données en termes de fréquence des grands prédateurs", constataient alors les biologistes.


La moitié des récifs près de l'homme

L'atoll de Ahunui n’a pas de population permanente. Lors de leur expédition, les scientifiques y ont rencontré trois personnes qui étaient sur l’île depuis deux mois pour le coprah. Sous l’eau, le spectacle est exceptionnel : une forte biomasse dominée par les prédateurs et comportement caractéristique des zones Pristine. L’humain n’y est pas craint.
L'atoll de Ahunui n’a pas de population permanente. Lors de leur expédition, les scientifiques y ont rencontré trois personnes qui étaient sur l’île depuis deux mois pour le coprah. Sous l’eau, le spectacle est exceptionnel : une forte biomasse dominée par les prédateurs et comportement caractéristique des zones Pristine. L’humain n’y est pas craint.
En s'immergeant sous l'eau dans les zones préservées, les biologistes ont été impressionnés par "des biomasses inégalées en poissons dans ces zones, surtout concernant certaines catégories qu'on ne voit quasiment plus ailleurs même dans les réserves comme les grands prédateurs, les requins aussi", décrit David Mouillot, professeur en écologie à l'université de Montpellier et coordonnateur du projet Pristine. "Il y a des catégories d'espèces qu'on ne voit quasiment plus dans les zones proches de l'homme même dans les réserves marines mais qu'on observe en abondance dans les îles isolées. Ce décalage entre les réserves, même les plus grandes et les mieux protégées, et ces zones isolées était la première grosse surprise de cette expédition."

En plongeant les chercheurs ont constaté qu'il y a un lien de corrélation entre le temps de trajet depuis les implantations humaines et l’état du récif. Les scientifiques ont révélé l’existence de seuils en deçà desquels les récifs sont fortement dégradés, et au-delà desquels ils atteignent des niveaux de référence. Par exemple, la biomasse en poisson chute de 44 % en zone péri-urbaine par rapport à la référence des récifs isolés, et commence à se rétablir à partir de 6h30 de temps de trajet des populations humaines. La biomasse des grands prédateurs chute de 69% et se rétablit à partir de 12 heures de temps de trajet. Pour les requins, la chute est de 90%. Pour la diversité fonctionnelle, c’est-à-dire la diversité des rôles assurés par les espèces pour le bon fonctionnement de l’écosystème, la chute est de 61%, et le rétablissement n’est visible seulement qu’à partir de 16h30 de temps de trajet.

"On pensait trouver des sites relativement peu impactés à partir de 8-9 heures de bateau. On s'est aperçu qu'il fallait aller au-delà de 12 heures voire 20 heures pour atteindre des niveaux de référence", explique David Mouillot. "Ces valeurs montrent que l'empreinte humaine est quasiment partout et que ces sites isolés sont vraiment les derniers refuges de la vie marine." Ainsi, les grands prédateurs et les requins, des espèces très prisées, commencent à disparaitre dès 8 à 10 heures de trajet de navigation.
Et le mauvais côté pour la Polynésie, malgré l’étendue du territoire, présente peu de récifs situés au-delà de ces seuils, la plupart sont accessibles relativement facilement ce qui les rend vulnérables à l'homme. "Au niveau de la planète, 58 % des récifs sont à moins d'une demie heure d'accès de l'homme. Nous avons été très étonnés", souligne le chercheur. "Dans l'imaginaire, on a l'idée du récif corallien sur un atoll préservé et éloigné, mais ça c'est dans l'imaginaire. Les grandes surfaces coralliens sont proches de l'Asie du Sud-Est, de l'Indonésie, où l'homme est quasiment partout. On a du mal à y trouver des sites à plus d'une heure ou une heure et demie de navigation."


1/3 des récifs préservés en Calédonie

Les scientifiques ont plongé dans les eaux de Hao. Ils y ont trouvé douze coquilles de trocas. Toutes étaient vides avec un trou caractéristique de la consommation humaine.
Les scientifiques ont plongé dans les eaux de Hao. Ils y ont trouvé douze coquilles de trocas. Toutes étaient vides avec un trou caractéristique de la consommation humaine.
Ainsi, sur la planète, les ensembles éloignés à plus de 20 heures de trajet sont très rares, ne représentant que 1,5 % des récifs sur la planète. Ces derniers refuges de la faune marine se rencontrent principalement au milieu de l’Océan indien et dans le Pacifique, au large de la Nouvelle-Calédonie. Cet archipel regroupe en effet un tiers des récifs isolés de la planète. Les îles Chesterfield, à 40 heures de Nouméa en bateau, et les îles d'Entrecasteaux, à 30 heures, jouissent ainsi d'une biodiversité unique.

Les sites Pristine vont continuer à être surveillés à travers le projet Apex. Des requins ont été équipés de balises et des capteurs acoustiques sont installés. "Ces derniers vont nous permettre de mieux connaitre la fréquentation des habitats des grands prédateurs ou d'autres mammifères marins", explique David Mouillot. "Cela nous permettra d'étudier le cycle de vie de grands prédateurs et de démontrer le caractère essentiel de ces lieux."
Etudier l’écologie des requins, tout particulièrement dans les récifs coralliens, est un vrai challenge car ils ont déjà disparu de la plupart des récifs.



Les petites réserves ont une efficacité "très limitée"

Jusqu'ici, les états de références des récifs sont pour la plupart issus des réserves marines. Mais ces réserves sont-elles cependant assez vastes, assez âgées et assez préservées pour être prises comme référence ? "On avait du mal à juger la pertinence des aires marines protégées car on ne pouvait que juger par rapport à l'extérieur qui est très dégradé, donc c'est toujours en meilleur dans les aires marines, mais meilleur jusqu'à quel point ?", explique David Mouillot, professeur en écologie à l'université de Montpellier et coordonnateur du projet Pristine. "Les réserves marines sont efficaces dans la mesure où on constate qu'on a des niveaux de biomasse (masse totale des êtres vivants qui occupent le milieu) conséquents mais il manque quelques espèces. Les réserves marines qui sont proches de l'homme remplissent une partie de leur mission on va dire. Mais elles restent encore largement inefficaces pour les grands prédateurs très mobiles comme les requins. Dans ces cas, les sites Pristine sont essentiels et servent de refuge là où les réserves marines ne peuvent pas jouer ce rôle."
Les biologistes recommandent également que les aires marines s'étalent sur de grandes surfaces. "On s'aperçoit que les petites réserves sont loin des niveaux des sites Pristine -un peu moins de la moitié en biomasse-. On a une efficacité très limitée des petites réserves", note David Mouillot. "Dès que la taille des espèces est un peu importante il y a la nécessité d'une aire assez large pour protéger efficacement les espèces." La visite de ces sites Pristine permet d’établir ces états de référence pour le Pacifique Sud.

Rédigé par Mélanie Thomas le Dimanche 10 Avril 2016 à 02:00 | Lu 1276 fois






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