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Tonyo Toomaru, redécouvrir l'œuvre de Henri Hiro


Tahiti, le 11 avril 2022 - Tonyo Toomaru, lauréat du prix du public du concours Ma thèse en 180 secondes, veut, par son travail de thèse, proposer une redécouverte de l'œuvre de Henri Hiro. Il a participé à la demi-finale nationale du concours à Paris, le 08 avril.
 
Tonyo Toomaru a été désigné, jeudi 24 mars, par les spectateurs du concours Ma thèse en 180 secondes, lauréat du prix spécial du public. Pour ce concours d'éloquence et de vulgarisation, les doctorants doivent synthétiser leur travail de thèse en moins de 3 minutes. La prestation de Tonyo Toomaru, teintée d'humour et d'admiration pour l'œuvre de Henri Hiro, son sujet de thèse, a conquis le public. Avec Jade Tetohu, premier prix du jury, il a donc participé à la demi-finale nationale vendredi 8 avril à Paris.
 
Originaire de Papeari, Tonyo Toomaru, certifié en tahitien, enseigne à l'Université de la Polynésie française, pour la filière langues, littératures et civilisations polynésiennes, particulièrement à l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE) où il forme en tahitien les futurs professeurs des écoles. Il est également très impliqué dans la culture : il a ainsi été danseur, auteur au Heiva pour Tamari'i Vairao et jury du Heiva Taure'a.
 
Une question de crédits
 
Pour Tonyo, le concours était une bonne manière d'obtenir un quart des 60 crédits nécessaires à la validation de sa thèse. "J'essaie de valider un maximum de crédits la première année, pour me laisser du temps ensuite à consacrer uniquement à ma recherche et à la rédaction de la thèse", explique-t-il. L'accompagnement de l'école doctorale, les répétitions, les séminaires de préparation au concours, lui ont aussi permis de mettre en place des échéanciers et des objectifs concrets et dépasser le découragement face à l'ampleur de la tâche qui atteint certains doctorants en début de thèse. Il reconnaît enfin l'utilité du travail de vulgarisation qu'il a pu développer grâce au concours : "il faut que les thèses soient accessibles, elles doivent servir à la société, pas à prendre la poussière dans une bibliothèque universitaire".
 
Donner à voir
 
C'est dans cette logique de restitution à un large public de l’œuvre de Hiro que l'enseignant veut orienter sa thèse qu'il a commencée depuis quelques mois seulement. Son travail est donc dans la phase de constitution du corpus : il rassemble les œuvres qu'il étudiera par la suite. Ce corpus, Tonyo Toomaru le souhaite le plus large possible : "En plus de ses poèmes, Henri Hiro a également réalisé plusieurs œuvres cinématographiques. Il y a aussi les spectacles avec Coco Hotahota et même des spectacles de marionnettes dont on a presque plus de traces aujourd'hui", détaille-t-il. Pour lui, constituer un corpus complet est une nécessité, à la fois pour comprendre avec précision ce qui fait "la pensée" de Hiro, mais aussi pour pouvoir la restituer au plus grand nombre. En effet, une grande partie de l’œuvre est difficile d'accès : "En dehors de son recueil, il ne reste que quelques extraits vidéos...Je trouve dommage que son œuvre ne soit pas plus accessible au grand public."

Se réapproprier Henri Hiro
 
Car, selon le thésard, il y a un véritable paradoxe autour de Henri Hiro, dans la culture tahitienne : "Il est reconnu comme une figure tutélaire, un père du renouveau culturel, mais ses œuvres sont en réalité très peu exploitées. Elles ne le sont pas du tout dans les écoles, par exemple. Les enseignants ont une représentation d'une œuvre inaccessible, je ne suis pas d'accord avec ça. J'espère que mon travail pourra leur ouvrir des pistes pour les inclure dans leurs enseignements." Dans le même ordre d'idée, Tonyo Toomaru souhaite que sa thèse puisse aider "des chefs de troupes du Heiva à penser leur approche d'un poème de Hiro".
 
Analyser le style pour comprendre l'esprit
 
Tonyo souhaite proposer dans sa thèse une analyse linguistique du style de Henri Hiro, ce style qui est très particulier, parfois jugé "archaïque ou inaccessible, alors que je ne pense pas que ce soit le cas" s'insurge Tonyo Toomaru. Hiro a, selon le doctorant, une manière propre d'utiliser la langue tahitienne pour faire passer ses idées. "Par exemple, dans le poème To'u fare au, détaille-t-il, le premier vers, "Una'una pōra'o 'ore no to'u pāreu", n'a aucun 'verbe'. C'est assez inhabituel. Il le fait pour mettre en avant son sujet. Beaucoup de ses poèmes sont conçus de cette manière." Pour Tonyo Toomaru,"Henri Hiro a essayé de ramener la population à l'esprit d'accueil chaleureux qui, pour lui, caractérise la société polynésienne et qu'il a vu s'effriter après l'installation du CEP. C'est toute son idéologie qui participe à son style littéraire unique."
 
Une traduction délicate
 
Le fait de traduire Hiro en français, lui qui était si méticuleux dans le choix de ses mots en tahitien, est une tâche difficile. Deviègre, ami et traducteur du poète, était focalisé sur le fait de transmettre avant tout la "pensée" de Hiro en langue française. Tonyo veut essayer, pour sa thèse, de proposer une traduction plus proche du style de Hiro tout en respectant le fond. "Par exemple, explique l'enseignant, Deviègre traduit ainsi le vers cité précédemment : "immaculée conception de ton tissu pareo". Mais en tahitien "'una'una" évoque le parfum, le sens olfactif puis il ajoute la couleur… Hiro fait appel à tous les sens. L’odorat, la vue, le toucher, c'est fort."
 
Vendredi 8 avril, Tonyo Toomaru a donc de nouveau dû condenser son projet en moins de trois minutes, pour un public probablement non averti. "Faire découvrir Hiro à un public de métropole, ça va être plus difficile", anticipait-il, avant son départ. "Je vais modifier un peu mon intervention, le comparer avec des auteurs peut être plus connus en métropole, comme Césaire, par exemple." Le doctorant n'a finalement pas été retenu par le jury parisien pour la finale, mais son ambition est restée la même que lors de la manche précédente : "faire honneur aux langues et cultures polynésiennes".


 
 
 

Rédigé par Antoine Launey le Lundi 11 Avril 2022 à 17:55 | Lu 1558 fois