Stéphanie Teipoarii et Heifara Paul ont retrouvé un foyer pour leur famille à Taravao, non sans difficultés (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 5 janvier 2026 - Suite au tragique éboulement survenu le 26 novembre dernier à Afaahiti, Stéphanie Teipoarii, Heifara Paul et leurs filles n’ont pas réintégré leur logement situé à la limite de la zone interdite d’accès. Locataires, ils ont temporairement trouvé refuge à Paea, partagés entre la famille et une amie faute d’autre solution pour leurs chiens. Quelques jours avant Noël, ils ont retrouvé un toit à Taravao grâce à une chaîne de solidarité sur les réseaux sociaux. Entre les problèmes de santé et les surcoûts liés à ce bouleversement, le couple se retrousse les manches tout en espérant être soutenu “en tant que sinistrés dans une situation d’urgence”.
Près d’un mois et demi après la catastrophe, le quartier Te Honu de Afaahiti semble figé dans le temps entre la paroi éventrée par l’éboulement, les amoncellements de terre et de pierres et les barrières surmontées de l’arrêté municipal du 2 décembre 2025. Les deux points de filtrage confiés aux gendarmes, policiers municipaux et pompiers ont été démontés. Une vingtaine de maisons sont accessibles, mais cinq environ, trop proches du glissement de terrain qui a emporté deux habitations et coûté la vie à huit personnes le 26 novembre dernier, demeurent interdites d’accès.
Près d’un mois et demi après la catastrophe, le quartier Te Honu de Afaahiti semble figé dans le temps entre la paroi éventrée par l’éboulement, les amoncellements de terre et de pierres et les barrières surmontées de l’arrêté municipal du 2 décembre 2025. Les deux points de filtrage confiés aux gendarmes, policiers municipaux et pompiers ont été démontés. Une vingtaine de maisons sont accessibles, mais cinq environ, trop proches du glissement de terrain qui a emporté deux habitations et coûté la vie à huit personnes le 26 novembre dernier, demeurent interdites d’accès.
“Trop dangereux”
Stéphanie Teipoarii, 35 ans, et Heifara Paul, 39 ans, font partie des résidents dont le quotidien a été bouleversé par ce drame. Le couple, parents de deux filles de 5 et 9 ans, avait élu domicile dans le quartier en juillet 2025. Cette maison, qui a fait leur bonheur pendant plusieurs mois, se situe à la limite de la zone interdite. Ils se souviennent avec émotion du glissement de terrain pour avoir veillé une grande partie de la nuit ce soir-là. “On a travaillé jusqu’à trois heures du matin pour une commande, ma compagne étant artisane spécialisée dans le tressage. On dormait depuis très peu de temps quand on a senti un tremblement et entendu la montagne dévaler vers 5 heures. Plus tôt dans la soirée, on avait entendu des pierres tomber”, confie Heifara Paul.
“On est sortis et on n’a pas reconnu le fond du quartier. Une voisine a alerté les secours et on a essayé d’appeler au niveau des maisons ensevelies pour savoir s’il y avait des survivants”, poursuit Stéphanie Teipoarii. “On a emmené les enfants au bus pour l’école et on est partis faire notre livraison, puis notre maison a été réquisitionnée pour accueillir le poste médical jusqu’au deuxième éboulement. À ce moment-là, on a su qu’on ne pourrait plus rentrer chez nous : c’était trop dangereux.”
Entre galère et solidarité
Leurs deux filles et la mère de Heifara Paul ont été relogées en urgence chez son frère à Paea. “Il a déjà des chiens, donc impossible de venir avec les nôtres. On était coincés tous les deux avec nos deux grands chiens dans la voiture à Papara, en face du golf, ne sachant pas où aller car les animaux ne sont théoriquement pas acceptés dans les logements proposés par l’OPH, malgré cette situation d’urgence”, déplore la jeune femme. Le couple a finalement trouvé refuge pendant trois semaines chez une amie de Paea, qui n’a pas hésité à les accueillir à bras ouverts.
Séparés de leurs enfants et sans domicile fixe, Stéphanie Teipoarii et Heifara Paul ont remué ciel et terre pour retrouver un semblant de normalité. “Je n’ai pas eu d’autre choix que d’utiliser mon compte professionnel sur Facebook. J’étais désespérée. J’ai diffusé ma publication et j’ai reçu beaucoup de propositions, dont cette maison. Si je n’avais compté que sur les aides, je serais toujours à la rue ou chez ma copine”, estime l’artisane.
La famille a pu emménager quelques jours avant Noël dans une nouvelle location située à Taravao dans un cadre verdoyant et apaisant, qui permettra aux enfants de poursuivre leur scolarité dans la même école dès la semaine prochaine. “Le loyer est plus cher, mais c’est un soulagement. On n’a pas vraiment le choix”, poursuit Stéphanie Teipoarii. “Ça change tout dans notre vie. Il va falloir travailler plus. Je réfléchis à organiser des ateliers autour du tressage. En parallèle, je fais des démarches pour pouvoir bénéficier de l’aide au logement en sachant que la propriétaire nous fait déjà un rabais pour six mois. Dans notre malchance, on a de la chance, mais on n’a pas baissé les bras ! Et heureusement qu’on a reçu des aides de la mairie de Taravao et de la DSFE qui nous ont remis des bons. Il y a aussi eu les dons collectés par le Rotary, la paroisse protestante de Afaahiti et d’autres associations, qu’on remercie.”
“En tant que sinistrés”
Dans ce chaos, le couple a essayé de “continuer à vivre normalement” pour ses enfants, mais des problèmes de santé se sont ajoutés. “J’ai fait des crises d’épilepsie et de stress, ce qui ne m’était pas arrivé depuis mon opération au cerveau en février 2025. Le 23 décembre, nous étions à l’hôpital en ville. Ce sont certainement les conséquences de tous ces chamboulements. J’ai dû décaler mes séances de chimiothérapie pour pouvoir me reposer sereinement”, explique Heifara Paul, qui lutte contre le cancer depuis un an. De son côté, il finalise d’ailleurs son dossier Cotorep. “Pour ça comme pour l’aide au logement, maintenant que les fêtes sont passées, on espère que les différents services administratifs vont appuyer nos démarches en tant que sinistrés dans une situation d’urgence. On ne peut pas suivre le parcours classique pendant des mois. On attend surtout du soutien à ce niveau-là”, insiste le couple.
La famille a intégré l’association Te Honu qui regroupe les résidents impactés par l’éboulement, et dont la dernière rencontre s’est tenue le 16 décembre dernier en présence du maire de Taiarapu-Est et de plusieurs ministres. “Le collectif nous permet de rester informés et de nous soutenir les uns les autres”, confient Stéphanie Teipoarii et Heifara Paul. “On galère, mais on est conscient qu’on a la chance de n’être que des locataires. On peut passer plus rapidement à autre chose que les propriétaires” dans l’attente du compte-rendu des expertises réalisées sur le terrain, tandis que l’enquête judiciaire se poursuit.



























