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Tatutu: parole aux détenus



PAPEETE, le 16 mars 2018 - Chaque lundi depuis plusieurs mois, des détenus incarcérés à la prison de Tatutu à Papeari assistent à un groupe de parole sur le thème des violences conjugales. Deux d'entre eux ont accepté de témoigner sur cette expérience qui leur a notamment permis de mieux comprendre leur rapport à la violence physique.

Veteari, incarcéré depuis six mois au centre de détention de Tatutu, semble serein. Il recouvrera la liberté le lendemain de notre rencontre et participe à son dernier groupe de parole. L'homme, âgé de 41 ans, est confiant. Il aura passé trois ans en prison pour des violences commises sur sa femme, la mère de ses trois enfants dont il précise que ce sont "deux filles et un garçon." Il évoque sans détour les faits qui l'ont conduit à Tatutu:" je n'arrivais pas à me maîtriser. Quand je buvais, c’est-à-dire très souvent, je battais ma compagne. J'étais complètement soul et j'en venais à penser du mal d'elle. Ma violence était liée à ce que j'appelle désormais de "faux prétextes", l'alcool et à la jalousie." Depuis, Veteari a signé à la croix-bleue. Il ne boit plus, ne consomme plus de stupéfiants et a intégré le groupe de parole car il avait, et cela reviendra dans les propos de chacun des participants ce jour-là, le "besoin de comprendre." Comprendre sa violence et réussir à "s'en sortir". Il s'est porté volontaire et affirme que cela l'a "aidé, encouragé." L'homme estime avoir changé car il "assume ses responsabilités." Sa femme, qui vient le voir régulièrement, ignore qu'il participe à ces échanges. On le sent un peu pudique mais assuré lorsqu'il dit avoir "confiance en l'avenir." A l'évocation de la gestion de la violence à l'extérieur, la réponse de Veteari fuse:" si je sens qu'il peut y avoir de la colère, j'irai parler à mes enfants."







"thématique particulière"

Vainui Simon, psychocriminologue qui intervient dans certains groupes de parole, rappelle que la thématique des violences conjugales est particulière : "Nous parlons de gens qui vivent ensemble, ils ont des sentiments malgré les disputes et ont surtout envie de se faire comprendre, il y a beaucoup de honte et de culpabilité du côté des auteurs comme de celui des victimes." Pour cette professionnelle, les groupes de parole sont clairement inspirés de la justice restaurative: "ces dispositifs permettent de traiter non pas les actes ou les conséquences mais plutôt d'aborder des questions visiblement très simples auxquelles la justice ne sait répondre."

Teva, déjà condamné pour des violences volontaires, purge une peine de 4 ans pour des violences conjugales commises sur son ex-compagne. Il vient d'avoir 44 ans et ne sait plus vraiment combien d'enfants il a. Cela pourrait s'apparenter à de l'indifférence. Il n'en est rien. L'on ressent juste que parler d'eux doit être trop douloureux pour lui. Alors, il évoque les faits pour lesquels il est incarcéré. Là encore, il a du mal à verbaliser mais l'on comprend qu'il a été condamné pour avoir blessé sa belle-mère à l'arme blanche et frappé sa compagne à coup de poing. Depuis ce jour, la jeune femme l'a quitté. De son rapport à la violence, il explique: "dès que j'avais un problème, je ne parlais pas et je me mettais à boire." L'on insiste un peu et il évoque son père, la violence de ce dernier qui, après avoir refait sa vie, rentrait ivre à la maison. Scénario de reproduction malheureusement banal que Teva assume parfaitement: "je me rends compte que je me suis fait dominer par la violence." Au milieu de l'entretien, il demande à faire passer un message: "pour les hommes comme moi, pour les hommes violents, il faudrait choisir le dialogue à la place des coups." Car il sait qu'il a perdu "des années en prison." Lui aussi s'est porté volontaire pour être membre de ce groupe de parole et il constate un changement: "ça aide et ça me motive car chacun d'entre nous parle de l'expression de sa violence." Désormais, il se sent "capable de gérer (…) Pour moi, il n'y a plus de violence car il y a eu un apprentissage mais je sais aussi que je ne pourrai jamais revenir en arrière."

Pour ces hommes dont les actes sont sévèrement jugés par la société, le groupe de parole semble avoir une vocation introspective. Cette "parole" dont Alphonse de Lamartine disait qu'elle est un "mystère où dans un son s'incarne l'âme humaine", a permis aux détenus d'emprunter un cheminement vers la considération de leur propre personne, de l'expression de leurs frustrations, de leur colère et peut-être même de leurs désirs. Si nul ne peut assurer que ces hommes récidiveront ou pas, il est clair que ce dispositif a révélé leur volonté de trouver un autre moyen d'expression que la violence.


Rédigé par Garance Colbert le Vendredi 16 Mars 2018 à 07:08 | Lu 2341 fois





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