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Stupéfiants : La répression à l'heure du bilan


Tahiti, le 17 novembre 2021 - Un bilan des actions de répression anti-stupéfiant a été présenté mercredi matin par les représentants du ministère public et de l’Etat, en marge du sixième comité de coordination de la Cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants. 

Si l’université accueille jusqu’à jeudi un colloque sur l’usage du cannabis en Polynésie dont l’enjeu est de réfléchir aux possibles évolutions de la législation applicable localement, c’est sur le thème de la répression que sont intervenus mercredi matin les représentants du parquet et de l’Etat, lors d’un point réalisé à la caserne Bruat de Papeete, en marge du sixième comité de coordination opérationnel de la Cross. A l’ordre du jour : Une présentation des résultats obtenus par l’antenne locale de la cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants (Cross) après un an d’existence ; et le compte rendu des chiffres de l’action judiciaire anti-drogue de 2020. 
“Notre action, à nous, c’est de faire en sorte que la santé de nos concitoyens soit préservée et que nous ayons les moyens de lutter contre les trafiquants”, a insisté le haut-commissaire Dominique Sorain, en se disant inquiet de “la banalisation du discours”, après avoir pointé du doigt le “fléau” que représentent pour la collectivité le trafic et la culture de cannabis. “Il faut vraiment prendre ce sujet à bras-le-corps”, estime de son côté le procureur général Thomas Pison “à la fois au plan répressif mais aussi par un suivi médical, social et psycho-social, notamment pour les plus jeunes qui sont touchés par ce trafic”.

22 enquêtes judiciaires ouvertes

Pour faire face à ce “fléau”, sur le plan purement répressif, sept acteurs interviennent au sein de la Cross depuis octobre 2020. Cette structure d’échange et d’exploitation de renseignements collabore avec la section de recherches, la brigade de recherches, le groupe interministériel de recherches, la police aux frontières, la direction de la sécurité publique, le service de renseignement territorial et les douanes. Son rôle est de collecter, trier, enrichir, puis rediffuser toutes les informations ou signalements liés à des trafics. En 12 mois d’existence, la Cross a ainsi exploité et partagé 99 renseignements, sur délation, par recoupement et lors d’investigations menées sur internet, dont 48 pour de l’ice, 34 pour du cannabis et 17 pour de la cocaïne. Son travail de synthèse a permis la diffusion de 51 notes de renseignements et donné les moyens au parquet d’ordonner l’ouverture de 22 enquêtes judiciaires. En lien avec l’office anti-stupéfiant (Ofast), ces informations ont permis le démantèlement d’un point de revente de drogue. 

Procédures rapides

Si le bilan de l’action judicaire anti-drogue de 2021 fera l’objet d’un prochain rendez-vous en début d’année prochaine, une fois les chiffres consolidés, c’est sur le bilan 2020 qu’est intervenu mercredi le procureur Hervé Leroy. Un “petit focus”, dans lequel il indique que, l’année dernière, les trois juges d’instruction de Papeete ont pris en charge 20 dossiers de trafiquants d’ice, “avec plus d’une centaine de personnes mises en examen”. Un travail de Sisyphe : “un réseau démantelé, d’autres prennent le relai”. Mais il le claironne : “C’est ça le trafic illicite de stupéfiants : Une guerre sans fin qui sera menée jusqu’au bout !”
Les affaires de trafic de stupéfiants sont systématiquement traitées dans le cadre de procédures rapides depuis 2016. Des comparutions immédiates à délai différé qui permettent de juger les mis en cause dans les deux mois suivant l’interpellation. 21 dossiers ont ainsi été jugés en comparution immédiate l’année dernière, contre 12 en 2019. Ces procédures ont concernés 46 personnes, contre moins d’une vingtaine en 2019.
Là encore, la justice veut taper fort. “On prononce régulièrement des peines de 8 à 9 ans d’emprisonnement”, rappelle le procureur général Thomas Pison, alors qu’un tiers des pensionnaires des centres de détention de Tahiti purgent actuellement des peines liées à du trafic de stupéfiants. “Et à ça, vous ajoutez des peines de confiscation du patrimoine”. En 2020, près de 201 millions de Fcfp d’avoirs criminels ont ainsi été saisis. 

​17,87 kilos d’ice saisis en 2021

Le 27 août dernier, une saisie record de 9 kg d’ice était réalisée par le service des douanes à l’aéroport de Tahiti-Faa’a sur quatre passagers en provenance de Los Angeles. Elle est le résultat d’un travail de ciblage préparé en amont par la Cross, suivi du relai opérationnel de l’office anti-stupéfiants (Ofast) et démontre l'efficacité de la réorganisation de l’action des services en charge de la lutte contre le trafic de drogues. De nouvelles techniques d'enquête mises en place depuis le début de l’année qui ont permis, sur les dix premiers mois de 2021, la saisie de 17,87 kg d’ice au port de Papeete et à l’aéroport de Tahiti-Faa’a lors de contrôles douaniers ou d’enquêtes judiciaires de la gendarmerie ou de la police.

​Ice : La drogue des pauvres

Si les autorités judiciaires estiment à 10 000 le nombre de consommateurs plus ou moins réguliers de méthamphétamine en Polynésie française, sur la base des investigations judiciaires, une enquête d’opinion menée par Alvea Consulting constate que 10% des Polynésiens de plus de 15 ans déclarent avoir consommé de l’ice, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie. Cette enquête de terrain menée en "face à face" courant juin dernier sur un échantillon représentatif de 1 049 personnes à Tahiti et Moorea, établit en somme que près 22 000 Polynésiens ont déjà consommé de l’ice. 15% des hommes déclarent avoir déjà consommé et 4% des femmes. Par classe d’âge, on recense 9% des 15-24 ans, 15% des 25-39 ans, 9% des 40-59 ans et 1% des plus de 60 ans. Un quart (24%) des personnes se déclarent dans une catégorie socio-professionnelle défavorisée (CSP-) et 11% sans profession. Seules 6% des Polynésiens en CSP moyenne ou CSP+ déclarent avoir consommé de l’ice.

​33 681 plants de paka saisis en 2020

La crise Covid aura à peine ralenti les saisies de cannabis en 2020. L’année dernière, 33 356 pieds de cannabis ont été saisis et détruits en secteur gendarmerie (40 126 en 2019) et 325 par la direction de la sécurité publique, à Papeete ou Pirae. En zone DSP, 156 plants avaient été saisis en 2019 et 1 604 en 2018.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 17 Novembre 2021 à 18:59 | Lu 1315 fois