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Saisie record d'ice : Nouvelles méthodes et gros résultats


(Photo : Direction régionale des douanes)
(Photo : Direction régionale des douanes)
Tahiti, le 31 août 2021 – Quatre personnes ont été mises en examen et écrouées hier après la saisie record de 9 kg d'ice à l'aéroport de Tahiti-Faa'a vendredi dernier. Une opération d'envergure qui met surtout en lumière l'efficacité des nouvelles méthodes d'investigations à la direction régionale des douanes et celle de la réorganisation de la lutte contre le trafic d'ice autour de l'antenne locale de l'Office anti-stupéfiants.
 
Quatre jours après la saisie record de 9 kg d'ice à l'aéroport de Tahiti-Faa'a révélée vendredi par Polynésie la 1ère, quatre suspects ont été mis en examen et placés en détention provisoire hier après-midi au palais de justice. A cette occasion, le parquet de Papeete a livré hier dans un communiqué quelques premiers détails de cette “nouvelle affaire significative qui met en évidence que le trafic d'ice perdure malgré la pandémie”. Une saisie exceptionnelle qui n'a rien d'anodin pour la direction régionale des douanes de Polynésie française, puisqu'elle intervient au terme d'un renforcement sans précédent des méthodes de travail et de l'organisation générale de la lutte contre le trafic d'ice au fenua (voir encadré).
 
Saisie record
 
Dans la plus grande discrétion, la douane et les services d'enquêtes désormais réunis sous l'antenne locale de l'Office anti-stupéfiants (Ofast) ont préparé avec minutie l'opération de “contrôle renforcé” menée vendredi dernier. Quinze agents des douanes avaient été positionnés à l'aéroport. Une opération coordonnée notamment par le bras armé de l'Ofast, la Cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants de Polynésie française (Cross) créée en octobre dernier. Ce sont ainsi onze passagers qui ont été contrôlés de manière approfondie par les agents de la douane à leur arrivée en provenance de Los Angeles.
 
La saisie s'est déroulée en deux temps. Les douaniers ont d'abord découvert un peu plus de 2 kg sur un premier passager, puis pas moins de 6 kg sur un second. Les deux suspects étaient eux-mêmes liés à deux autres voyageurs avec lesquels ils avaient séjourné à l'étranger. Pour l'anecdote, à la vue de l'impressionnant dispositif de contrôle, le second passager a tenté de s'extraire en laissant son bagage sur le carrousel de l'aéroport. Les douaniers, aujourd'hui formés aux analyses comportementales, n'ont pas laissé passer et l'ont rapidement intercepté. “On voit bien que tout un tas de nouvelles techniques de contrebande se mettent en place et on s'y prépare”, explique-t-on à la direction des douanes. “De moins en moins de choses nous échappent, qui autrefois seraient passées.”
 
L'inspection des bagages en soute des quatre passagers a permis la découverte de 26 sachets de 8,9 kg d'ice conditionnés avec un niveau de sophistication impressionnant. La drogue était dissimulée dans des boîtes de chocolats, d'amandes, une enceinte et même un rétroprojecteur d'apparence parfaitement neufs et dont les emballages étaient encore scellés. La dernière saisie record datait de fin 2019 avec un peu plus de 5,5 kg d'ice cachés dans des sacs de frappe. C'est presque le double qui a été découvert vendredi à l'aéroport…
 
Quatre mises en examen
 
Les quatre suspects ont immédiatement été placés en retenue douanière. Le Parquet a demandé à la douane de déclencher des “visites domiciliaires” –l'équivalent des perquisitions dans les procédures d'enquêtes de police et de gendarmerie–. La douane a, notamment, fait appel à une équipe cynophile de la Police municipale de Papeete. Loin d'être anecdotique, cette assistance –jamais utilisée jusqu'ici– permet aux douaniers d'utiliser le chien de la police municipale formé à la détection de l'ice, mais aussi et surtout à la détection du “cash”. Dans l'attente de la formation des chiens des douanes en Nouvelle-Zélande dès que les frontières auront rouvertes en 2022, un accord privilégié a été conclu avec la mairie de Papeete pour ce type d'opérations. “Ce chien peut être réquisitionné pour accompagner la douane dès qu'elle en a besoin”, explique-t-on à la direction régionale du service à Motu uta. “Et on sait que lorsqu'on va sur une visite domiciliaire ou une perquisition, ce n'est pas uniquement de l'ice, mais aussi de l'argent qu'on va trouver.”
 
A l'issue des retenues douanières, les suspects ont été confiés aux enquêteurs de la Section de recherches de la gendarmerie de Papeete et placés en garde à vue pour infractions à la législation sur les stupéfiants. “Un cinquième individu s'est livré aux enquêteurs le surlendemain”, indique le parquet, qui précise que certains des suspects ont donné, comme c'est souvent le cas dans ce type d'affaires, “une version fantaisiste des faits exposant qu'elles avaient transporté des produits stupéfiants à leur insu”. Mais pour le parquet, au vu de la quantité saisie et du mode opératoire mis en œuvre, “l’hypothèse la plus vraisemblable est que les intéressés ont prévu –de concert avec d'autres personnes non interpellées à ce jour– de s'associer dans une opération d'importation d'ice en vue de réaliser un profit substantiel”.
 
Hier matin, les cinq suspects ont été déférés au parquet et un juge d'instruction a été saisi pour l'ouverture d'une information judiciaire pour association de malfaiteurs, importation, détention, transport et acquisition de stupéfiants. Quatre d'entre eux ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. Le cinquième est reparti libre après audition. Les suspects encourent une peine maximale de dix ans d'emprisonnement, 900 millions de Fcfp d'amende et au moins autant d'amende douanière, ainsi que la confiscation de leurs biens.
 

​“Pas un hasard si les résultats tombent”

Ce n'est pas uniquement le volume de la drogue saisie qui fait la particularité de cette nouvelle affaire de trafic d'ice. Cette opération marque également, notamment pour la direction régionale des douanes, la première démonstration à aussi grande échelle de l'efficacité de nouvelles techniques d'enquête mises en place ces derniers mois et d'une organisation de la lutte antistupéfiants repensée autour de l'Ofast et de la Cross.
 
Nouvelles méthodes…
 
Priorité “absolue” du service des douanes, la lutte contre le trafic d'ice a entraîné une refonte des méthodes de travail des agents. La période de confinement –moins sujette aux trafics avec la diminution des échanges aux frontières– a été mise à profit de manière tactique pour opérer un vaste travail de formation. Analyse comportementale, méthodes de “questionnements” du public hors procédures et “d’auditions” des suspects dans le cadre des enquêtes, mises à jour et renouvellement des appareils de détection mais aussi échanges d'informations avec les partenaires néo-zélandais et américains sur les dernières “tendances” du trafic. “On est de moins en moins pris au dépourvu par les méthodes, les procédés. Parce qu'on les connaît”, explique-t-on au service des douanes. Plusieurs mois de spécialisations ont donc été utilisés pour répondre aux nouveaux comportements des trafiquants.
 
Et en effet, le constat fait par les services d'enquêtes ces dernières années et confirmé par cette dernière affaire est sans appel. Le niveau d'organisation du trafic d'ice en Polynésie française a considérablement évolué, avec désormais des recours réguliers évidents aux méthodes de réseaux organisés à l'étranger. C'est notamment le cas avec l'extrême sophistication des conditionnements et les procédés quasi-industriels pour dissimuler la drogue dans des articles d'apparence flambant neufs. Pour autant, grâce au travail de collaboration internationale, les douaniers sont aujourd'hui en mesure d'identifier ces articles avant même leur arrivée sur le territoire. C'est le cas avec les boîtes de chocolat et autres appareils interceptés vendredi. Ces matériels avaient déjà été signalés aux douanes polynésiennes par les autorités néo-zélandaises et américaines comme suspects pour ce type de trafic. “On sait ce qu'on recherche. Ces produits sont déjà connus”, glisse-t-on à Motu uta.
 
… et nouveaux comportements
 
Autre nouveauté, les enquêteurs font également face à des comportements plus élaborés des trafiquants locaux. “Il y a du faux renseignement qui circule”, expliquent les douanes. C'était notamment le cas lors de l'opération de vendredi. “L’attention de la douane est détournée par des appels malicieux, qui nous désignent des cibles plus innocentes les unes que les autres pour tenter de nous détourner des bonnes personnes.” Également formés sur ce type d'attitudes, les douaniers affirment savoir faire la part des choses. “On se concentre sur les personnes qui présentent un vrai risque et on se méfie infiniment des choses trop faciles qu'on nous met entre les mains.”
 
Dans l'attitude des suspects, on observe également davantage de “rebellions” et de “contestations” lors des contrôles. Comportement qui existaient peu au fenua par le passé. “La plupart des gens en Polynésie vivent très bien les contrôles, mais les trafiquants savent que c'est une pression supplémentaire sur notre service. On sait y répondre. On y est préparés.”
 
“L’Ofast, un bond en avant”
 
Enfin, l'organisation autour de l'Ofast et de la Cross permettent d'échanger en temps réel avec un niveau d'information jamais atteint. “Il faut le souligner, on a une réactivité avec le vice-procureur en charge des stupéfiants et le procureur de très grande qualité sur ce sujet”, saluent les douanes. “Toute la matinée de vendredi, on a travaillé sur des informations en live avec la Cross. Est-ce que vous connaissez cette personne ? Est-ce que vous connaissez ce réseau ? C'est du jamais vu à Tahiti et c'est un bond en avant, clairement.”
 
Un outil qui permet également aux douaniers de préparer des opérations ciblées sur l'ensemble des points d'entrée du territoire avec des dispositifs renforcés. “On prend un certain nombre de vols qu'on estime plus sensibles que d'autres et on met vraiment le paquet. On fait de même sur le port de pêche, sur des arrivées de conteneurs”. La direction des douanes l'affirme : “On est parfaitement armés. On n'a jamais travaillé aussi intelligemment et collectivement contre ces réseaux. (…) Et ce n'est pas un hasard si les résultats tombent”.
 

(Photos : Direction régionale des douanes)

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 1 Septembre 2021 à 18:32 | Lu 10815 fois