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Retraites: tirs de semonce contre un "passage en force" du gouvernement


Crédit FRANCOIS GUILLOT / AFP
Crédit FRANCOIS GUILLOT / AFP
Paris, France | AFP | jeudi 22/09/2022 - La question de la méthode est plus que jamais jeudi au coeur de la délicate réforme des retraites après la multiplication des tirs de semonce de l'opposition, mais surtout au sein de la majorité, contre un "passage en force" par voie d'amendement.

Emmanuel Macron, à ce stade, renvoie la balle dans le camp de son gouvernement, qui doit "trouver la bonne manœuvre" avec le parlement, pour que la réforme, qui prévoit d'allonger la durée du travail, se fasse "de la manière la plus apaisée possible".

"Ils verront comment cela doit cheminer", a expliqué le chef de l'Etat dans un entretien à BFMTV réalisé dans la nuit de mercredi à jeudi, assurant ne pas vouloir "préempter" le contenu d'une réforme qui correspond à "un engagement de campagne". 

L'ensemble des syndicats promettent un automne noir si le gouvernement impose une nouvelle réforme des retraites dès cette année.

Et les oppositions à l'Assemblée, ainsi qu'une partie de la majorité, se sont prononcées ces derniers jours contre le dépôt d'un amendement sur ce sujet dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), dans lequel elles voient "un passage en force", surtout s'il s'accompagne d'un recours au 49.3 pour le faire adopter.

'Coaliser les oppositions'

François Bayrou, un poids-lourd de la majorité, avait donné le ton dès samedi en employant cette expression pour mettre en garde l'exécutif à propos d'une réforme ne pouvant "se faire au détour d’un amendement", comme l'envisage pourtant l'exécutif.

"Si on se lance dans cette voie-là, alors nous sommes certains de coaliser d’abord les oppositions entre elles, puis de diviser la société française", a averti le président du Modem, en appelant à prendre "le temps de la pédagogie".

Dans la foulée, le patron du groupe centriste Jean-Paul Mattei a annoncé mardi que les députés MoDem voteraient "certainement" contre une réforme des retraites par amendement au projet de budget de la Sécu.

Jeudi, une autre personnalité importante de la majorité, la présidente (Renaissance) de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a embrayé, mais se refuse à parler de "passage en force", puisque la loi le permet.

"Les amendements du gouvernement ne doivent pas porter en eux-mêmes une réforme substantielle", a-t-elle prévenu sur franceinfo, appelant à "prendre le temps de la concertation avec les groupes politiques et avec les partenaires sociaux (...) pour une réforme globale qui doit paraître équitable à nos concitoyens".

"C'est la nouvelle méthode à laquelle j'ai appelé le gouvernement et à laquelle la Première ministre au mois de juillet a répondu favorablement", avec "plus de concertation en amont des textes pour réussir à construire des compromis", a-t-elle rappelé.

Motion de censure

Du côté des oppositions politiques, la confrontation est beaucoup plus frontale. 

A la sortie jeudi de son rendez-vous à Matignon avec Elisabeth Borne, Marine Le Pen a brandi la menace d'une motion de censure.

"Je lui ai clairement dit que s'ils entendaient faire passer la réforme des retraites par l'intermédiaire d'un amendement au projet de loi de finance de la Sécurité sociale, et en utilisant le 49.3, alors nous déposerions une motion de censure et nous voterions les motions de censure qui seraient déposées, quelle que soit leur origine", a déclaré l'ancienne candidate à la présidentielle.

Mardi, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée Mathilde Panot avait averti que son groupe déposerait une motion de censure en cas d'utilisation du 49.3 pour faire passer un amendement retraite dans le PLFSS.

"On ne gouverne pas un pays à coups de 49.3 (...) La macronie a une fâcheuse tendance à continuer une dérive autoritaire" malgré sa promesse d'une "nouvelle méthode", a-t-elle mis en garde.

Même chez les Républicains, pourtant favorables sur le fond à la réforme des retraites, la pilule a du mal à passer. 

"Un amendement tombé du haut sur le PLFSS, c’est inacceptable", a critiqué sur France Inter le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau.

Le président (LR) du Sénat Gérard Larcher déplore lui les tergiversations d'un gouvernement "plutôt confus".

"On est à une semaine du dépôt du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et on ne sait toujours pas s'il introduira les éléments de la réforme des retraites" dans ce texte ou "s'il prépare un texte ad hoc", raille-t-il sur France 2.

le Jeudi 22 Septembre 2022 à 06:33 | Lu 365 fois