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Préavis de grève générale : Un protocole d'accord à l'étude


Tahiti, le 18 novembre 2021 - Après six heures de négociation ce jeudi, le gouvernement s’est engagé à présenter vendredi à 15h30 un projet de protocole d’accord pour échapper à la menace de grève générale illimitée dès le 24 novembre.
 
Eviter la grève générale ? “C’est possible. La solution, elle est là”, estimait jeudi matin la syndicaliste Lucie Tiffenat, secrétaire générale de la confédération Otahi, en indiquant le bâtiment de la présidence. Après avoir été reçus au siège du Médef-Polynésie, en milieu de matinée, les représentants de l’intersyndicale CSTP-Fo, CSIP, O oe to oe rima, Otahi, SPPP, SAPP devaient en effet être reçus pour une première séance de négociations avec le gouvernement. Suspendue à la mi-journée, la rencontre s’est prolongée jusque peu avant 17 heures. Les syndicats ont quitté la présidence avec l'engagement du Pays de leur soumettre un projet de protocole d’accord vendredi à 15h30.

Les préavis de grève déposés en début de semaine dans les 14 secteurs d’activités de l’économie polynésienne et dans l’administration partagent cinq points de revendication clé, avec la demande d’abrogation de la loi sur l’obligation vaccinale, la revalorisation du Smig dès le 1er janvier, la demande de mise en œuvre de la loi sur la promotion de l’emploi local, l’annulation du projet de réforme de la gouvernance de la PSG et la création d’une caisse de chômage. Le point sur la teneur des débats, jeudi.
 
Revalorisation des salaires
 
Le président Fritch s’est engagé pour une “révision à la hausse” du smig polynésien dans le courant du premier semestre 2022. L’intersyndicale demande à ce que cette revalorisation soit de 4% et dès le 1er janvier prochain. Compte tenu de l’évolution de l’indice des prix ces dernières années, et tel que le prévoit la règlementation, ce réajustement devrait être mécaniquement de +2%. Mais, alors que bon nombre d’entreprises sont encore fragilisées par les conséquences de la crise Covid, le patronat souhaiterait limiter cette hausse à +1%. “On attend les réponses du gouvernement”, s’est borné à dire le secrétaire général de la CSTP-Fo, jeudi à l’issue de la rencontre avec le chef de l’exécutif. Le protocole d’accord pourrait faire une proposition de hausse à +2,5%. Restera ensuite aux syndicats à négocier avec le patronat l’harmonisation des grilles salariales dans les petites catégories (1 à 5) pour les 14 secteurs d’activités de l’économie polynésienne.
 
Caisse de chômage
 
“On a beaucoup avancé. Sur le principe le gouvernement est d’accord, maintenant il faut que l’on voit avec le troisième partenaire”, soulignait Patrick Galenon jeudi après-midi. L’intersyndicale demande la mise en place “immédiate” d’un fonds d’aide aux salariés ayant perdu involontairement leur emploi. Une caisse chômage, mais en somme exclusivement réservée aux personnes licenciées. Cette revendication n’est pas nouvelle. La mise en place de cette caisse engageait déjà le gouvernement Tong Sang en 2010 et le gouvernement Temaru en 2012. “Là, on ne va pas lâcher le morceau”, prévient le secrétaire général du premier syndicat de Polynésie.
 
Obligation vaccinale
 
Un point clé du mouvement social. Mais le gouvernement semble peu disposé à lâcher du lest. Le président Fritch a beaucoup insisté jeudi pour rappeler l’utilité de cette règlementation en termes de santé publique. Les syndicats dénoncent une mise en œuvre chaotique en entreprise et les pressions subies par les salariés avec la mise en place de ce texte. “Je pense qu’il a compris nos préoccupations”, indique Patrick Galenon. “Mais il a peur d’une nouvelle vague avec de nouveaux morts.” Une option de repli consensuelle pourrait être le vote d’un amendement réduisant le périmètre d’application de ce texte. “On a encore quelques jours pour réfléchir aux solutions” en renvoyant à l’échéance de la période de préavis.
 
Réforme de la PSG

“Je suis sûr que l’on parviendra à un accord”, estimait jeudi matin Yvonnick Raffin, ministre en charge de la Protection sociale généralisée et promoteur du projet de loi visant à réformer le système de gouvernance du système d’assurance sociale polynésien. Avant la fusion des trois régimes en un seul en 2023, la protection sociale généralisée (PSG) doit être administrée dès janvier prochain par une instance unique de 15 membres présidée par le ministre en charge de la protection sociale. Une réforme qui sonne la fin du système paritaire qui laissait jusqu'alors la gestion de la protection sociale généralisée aux seuls syndicats de salariés et patronaux. Le projet de loi idoine a reçu un avis défavorable du Cesec par 34 voix et 8 abstentions la semaine dernière, les syndicats de salariés et patronaux dénonçant ensemble d’avoir été mis au pied du mur, sans concertation préalable. Le projet de texte pourrait être remis en discussion.
 
Protection de l’emploi local

Si la demande de mise en œuvre de la loi sur la protection et la promotion de l’emploi local est une des cinq revendications communes à l’ensemble des préavis de grève générale déposés en début de semaine, c’est probablement aussi la moins compliquée à résoudre. Le gouvernement s’est en effet engagé à mettre en œuvre les dispositions de ce texte dès avril 2022.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 18 Novembre 2021 à 20:34 | Lu 2155 fois