Tahiti Infos

PPN, la flambée continue


Tahiti, le 8 juin 2022 - Alors qu’il avait déjà augmenté de plus de 14% en un an, le panier de référence de 25 produits de première nécessité, établi par Tahiti Infos, a subi sur les six derniers mois une nouvelle hausse de même ampleur.
 
Alors que la question du pouvoir d’achat constitue le thème principal de la campagne des élections législatives en métropole, les candidats en Polynésie française ont, en règle générale, occulté le sujet, préférant axer leur programme sur des questions de citoyenneté polynésienne, d’emploi local, de reconnaissance du fait nucléaire ou encore d’une nécessaire réforme institutionnelle. L’accès aux produits alimentaires de base, enjeu vital pour les ménages, s’avère pourtant problématique dans un contexte inflationniste évident. Les derniers relevés de prix réalisés par la DGAE début mai confirment la tendance déjà relevée par Tahiti Infos fin janvier. Sur les six derniers mois, une hausse de +14,3% est encore constatée sur le panier de référence de 25 PPN alimentaires.
 
Protéine de luxe
 
Il est de plus en plus difficile pour les ménages polynésiens de respecter les exigences nutritionnelles. L’apport en protéine est en effet de plus en plus onéreux, qu’il soit réalisé par la consommation de viande ou de poisson. Avec la reprise des exportations à des niveaux records, le thon se fait plus rare sur les étals du fenua. Sur la période, le prix moyen constaté dans les commerces a augmenté de +8,9% pour le thon rouge. Un chiffre déjà significatif mais sans commune mesure avec la hausse de +73,1% constatée sur le thon blanc. Les deux produits présentent désormais un prix moyen relativement proche autour de 2 075 à 2 200 Fcfp le kilo. Même flambée en ce qui concerne les viandes et volailles congelées. Les cuisses de poulet et les entrecôtes, qui avaient déjà connu des hausses respectivement de +20,9% et +28,6% sur un an, entre novembre 2020 et novembre 2021. Depuis cette date, les prix se sont encore envolés avec +13,7% sur les cuisses de poulet et +17,4% sur les entrecôtes.
 
Encore +14%
 
Ces hausses sont sensiblement identiques à celles observables sur certains légumes locaux comme l’aubergine (+16,9%) ou les tomates (+18,9%) ou sur un simple plat de pâtes en sauce. Spaghetti et sauce tomate en conserve voient ainsi leur prix augmenter de +13,7%. Le renchérissement des produits basiques se poursuit également avec +8,5% sur la farine sans levure et +13,1% sur l’huile de tournesol qui a connu une forte augmentation de son prix depuis un an et demi. Le litre d’huile pouvait s’acquérir en moyenne à 181 Fcfp en novembre 2020. Impossible désormais de trouver une bouteille en dessous de 220 Fcfp, avec un prix moyen désormais de près de 266 Fcfp. Seuls les laitages et produits laitiers n’alourdissent pas plus le panier de la ménagère. La margarine, le beurre en conserve, le fromage en bloc ou encore le lait maternisé 1er âge voient leur prix sensiblement baisser alors que le beurre frais et la brique de lait connaissent des hausses de prix relativement contenues, respectivement de +4,1% et +6,8%. Au final, le panier de 25 PPN qui pouvait être acheté pour 13 743 Fcfp en novembre 2021 atteint désormais, six mois plus tard, un montant de 15 712 Fcfp. Une hausse de +14,3%, en partie due à l’évolution du prix du thon, qui s’ajoute à celle de même ampleur (+14,1%) constatée entre novembre 2020 et novembre 2021.
 
Quid de l’effet TVA sociale ?
 
Les surcoûts liés aux difficultés du fret à destination de la Polynésie ont été depuis plusieurs mois mis en avant pour justifier l’inflation constatée en 2020 et 2021. Depuis fin février, la guerre en Ukraine impacte notamment l’offre de céréales et donc les produits alimentaires dépendant des cours de ces marchés. Entrée en vigueur le 1er avril dernier, la TVA sociale est venue également frapper les étiquettes en rayon. Désormais incluse sur les prix au détail relevés par la DGAE début mai, sauf pour les PPN qui en sont exonérés, son effet sur les prix de vente finaux aux consommateurs devrait pouvoir être apprécié dans les semaines et mois qui viennent. La DGAE ayant procédé à des relevés de prix à cheval sur mars et avril, soit sur une période sans et avec TVA sociale, difficile de comparer les périodes et les magasins. Il a donc été comparé les relevés réalisés du 28 février au 8 mars avec ceux du 2 au 6 mai. Résultat : Sur les 102 produits alimentaires et non alimentaires non PPN, la hausse constatée entre ces deux relevés est de +3,6%. Cette hausse n’est pas intégralement imputable à la TVA sociale mais cette dernière devrait continuer à produire des effets sur les prix en rayon pendant encore quelques mois. Un grand nombre de produits en rayon fin mai, dont le prix a été relevé par la DGAE, ont en effet été importés, produits et mis dans le circuit de commercialisation avant le 1er avril. L’effet de la TVA sociale devrait donc jouer à plein dans les semaines qui viennent.
 

L’inflation subie : Le cas du poulet et de l’huile de tournesol

Les difficultés d’approvisionnement mais également les fluctuations des cours mondiaux conduisent à un renchérissement des produits à l’importation. Le phénomène, souvent mis en avant, manque d’illustrations concrètes. Un petit indicateur utilisé au travers des quelques exemples permet d’apprécier l’ampleur de l’inflation subie. À la valeur CAF (coût + assurance + fret) de la marchandise à l’importation sont ajoutés les droits et taxes applicables à l’entrée sur le territoire si les produits n’en sont pas exonérés. Rapporté aux volumes importés, le calcul permet de suivre un indicateur, à savoir la valeur à l’import d’un kilo d’un produit. À titre d’exemple, les cuisses de poulet congelées, PPN très consommé et vendues sous plusieurs format, ont vu leur prix dans les rayons polynésiens fortement augmenter ces derniers mois. Importées quasi exclusivement des États-Unis, ce produit a subi les conséquences de la pénurie sur le marché américain due notamment à la réduction des élevages pendant la crise de la Covid-19 et à une demande croissante des fast-foods. Une situation qui affecte le coût d’importation en Polynésie de ce produit qui est passé de 123,8 à 223,7 Fcfp le kilo depuis janvier 2021. Cette hausse de +80% est deux fois plus élevée que celle constatée sur la même période sur l’huile de tournesol (+42%). Mais cette dernière hausse, constatée jusqu’en février 2022, ne devrait pas s’arrêter. L’Ukraine est en effet le premier producteur mondial d’huile de tournesol, la Russie deuxième. Le conflit engagé fin février perturbe ainsi largement la production et l’exportation de ce produit depuis une centaine de jours. Des ruptures d’approvisionnement et des prix très élevés sont ainsi encore à prévoir dans les mois qui viennent.


Rédigé par Sébastien Petit le Mercredi 8 Juin 2022 à 15:18 | Lu 2986 fois