Tahiti Infos

Opération transparence pour Philip Schyle


Tahiti, le 2 novembre 2021 – Après les révélations sur sa garde à vue, l'ancien maire de Arue Philip Schyle s'est livré mardi à une opération transparence en détaillant et réfutant l'ensemble des soupçons portés sur lui dans l'affaire Tetiaroa Royal Race.
 
Cinq jours après les révélations de Tahiti Infos sur la garde à vue de Philip Schyle, trois de ses colistiers et élus et le président de l'association Tetiaroa Royal Race, l'ancien maire de Arue et son équipe ont organisé une conférence de presse mardi à l'hôtel Le Tahiti à Arue. En présence de son avocat, l'élu s'est livré à une opération transparence sur sa garde à vue, les faits qui lui ont été reprochés et l'état des finances de l'association organisatrice de deux courses de va'a entre Arue et Tetiaroa en 2016 et 2018.
 
Confirmant avoir été placé en garde à vue pendant “près de 12 heures” dans le cadre d'une enquête ouverte pour “prise illégale d'intérêt” et “recel de ce délit” à la suite d'une plainte de l'actuelle maire de Arue, Teura Iriti, Philip Schyle a d'abord tenu à faire le bilan budgétaire précis de l'association Tetiaroa Royal Race lors des deux courses visées par l'enquête. Un bilan excédentaire qui permet surtout à l'ancien tavana de constater que “les deux subventions communales ont été intégralement utilisées dans la course de va’a”. Et surtout, deux subventions “votées à l'unanimité du conseil municipal” et notamment par les élus du camp de Teura Iriti.
 
Prise illégale d'intérêt “morale”
 
“Il n'y a pas eu de prise illégale d'intérêt dans cette affaire”, a martelé Philip Schyle, expliquant avoir d'abord été interrogé en vain sur les détails de l'utilisation de l'argent par l'association, avant que les enquêteurs ne s'orientent sur la “prise illégale d'intérêt morale”. C'est à dire le bénéfice politique que Philip Schyle a pu retirer de l'organisation de ces deux courses. “Il m'est reproché d'avoir pris directement ou indirectement un intérêt moral”, a expliqué l'ancien tāvana, expliquant qu'il n'était pourtant “ni membre, ni président, ni fondateur” de l'association Tetiaroa Royal Race.
 
Comme la semaine dernière, Philip Schyle a uniquement concédé une “erreur technique” faite en toute transparence –“puisque les PV du conseil municipal l'attestent”– avec la présence d'un élu du conseil municipal dans l'association et de deux conjoints d'élus de sa majorité également membres de l'association en question. Des “maladresses” techniques que l’ancien tāvana dit avoir appris l'an dernier, et pour lesquelles il assure avoir toujours demandé à ses élus de ne pas siéger au conseil municipal lorsque la municipalité évoque le cas d'associations dans lesquelles ils ont des intérêts. “Mais ce ne sont pas des délits”, a estimé Philip Schyle.
 
“Il n'y a rien dans ce dossier”
 
Du côté de l'avocat de l'élu, Me Bourion, même son de cloche. Le conseil a rappelé qu'aucun des cinq gardés à vue n'avaient “souhaité être assisté d'un avocat” justement parce qu'ils n'avaient “rien à se reprocher”. “Il n'y a rien dans ce dossier”, a insisté Me Bourion, affirmant qu'à la lecture des procès verbaux des auditions par les enquêteurs on “sentait le ballon se dégonfler”. Pour l'avocat, le seul bénéfice politique tiré d'une telle action communale ne tient pas pénalement ou il faudrait “mettre en garde à vue tous les maires de Polynésie française et tous les maires de France”.
 
Enfin, argument ultime déployé par l'avocat : “Et si Philip Schyle en avait tiré un bénéfice politique, on en aurait vu le résultat dans les urnes”.
 

Philip Schyle tacle le passif électoral de Teura Iriti

“Vous savez, j'avais personnellement oublié cette facette de madame Teura Iriti parce que ce n'est pas dans ma nature d'aller chercher dans la carrière des uns et des autres. Mais à partir du moment où on remet en cause mon intégrité et ma réputation, je ne peux pas accepter que l'on me traite de la sorte. Et c'est pour ça que je me suis aventuré à regarder le CV de la personne qui s'en est prise à moi… Et j'ai remarqué qu'elle avait été inéligible en 2008 pour un défaut dans ses comptes de campagne, que son élection sénatoriale avait été annulée en 2015 pour des manœuvres qui ont porté atteinte à la sincérité du scrutin et qu'elle est aujourd'hui mise en cause dans une affaire de fraude électorale… A un moment donné, il faut aussi savoir se regarder soi-même avant de regarder l'autre.”
 

Me Bourion, avocat de Philip Schyle : “Rien n'est allé dans la poche de Philip Schyle”

Sur la prise illégale d'intérêt “morale”, vous estimez qu'il est dangereux de considérer qu'un élu tire un bénéfice politique à chaque fois qu'il vote une subvention en faveur d'une action pour sa commune ?
 
“Oui, parce que tous les maires le font. Toutes les communes le font. Et heureusement. C'est pour ça qu'ils sont élus. Les communes aident les associations à lancer leurs projets et c'est aussi pour promouvoir leur commune. Alors que le maire en soit fier, tant mieux parce qu'il est élu pour cela. Ce n'est pas une faute pénale. Ce n'est pas un délit. C'est simplement qu'il est fier d'être allé au bout de ce qu'il a fait. Et dans le cas de Philip Schyle, cette course était très complexe à organiser. Et c'est un succès parce qu'il en a fait deux et que le bilan est excédentaire. Et il n'a pas perçu un centime de ces courses là. Et c'est ça qui est important, c'est qu'on examine le bilan de ces associations et qu'on se rende compte que rien n'est allé dans la poche de Philip Schyle.”
 
Vous ne considérez pas qu'il ait pu en retirer un bénéfice politique personnel ?
 
“Non, c'est faux. Il n'y a pas de bénéfice politique. Il est élu pour faire cela. Ce n'est pas dans le but d'être élu par la suite. Il a déjà été élu pour remplir cette fonction, c'est à dire satisfaire sa population et organiser la vie de la commune.”
 
Quelle conséquence si la justice considérait qu'il y a bien prise illégale d'intérêt politique dans ce cas là ?
 
“La première conséquence, c'est que vous pouvez mettre en garde à vue tous les maires de Polynésie française et tous les maires de France parce qu'ils ont tous fait pareil. C'est certain. Et ça risque de paralyser complètement ce côté démocratique permettant à la commune de doter des associations qui servent l'intérêt social et économique de la commune.”
 
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 2 Novembre 2021 à 21:23 | Lu 1750 fois