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Obligation vaccinale : “On sent la colère”, prévient l’EPM


Le pasteur François Pihaatae, président de l’église protestante ma’ohi, ici en présence du pasteur Mitema Tapati et de Me Philippe Neuffer.
Le pasteur François Pihaatae, président de l’église protestante ma’ohi, ici en présence du pasteur Mitema Tapati et de Me Philippe Neuffer.
Tahiti, le 22 septembre 2021 - Les dirigeants de l’Eglise protestante ma’ohi mettent en garde les autorités publiques sur la colère qu’elle constate parmi ses ouailles avec la mise en place de la loi sur l’obligation vaccinale. Elle appelle le politique à plus de concertation et lance un message d’apaisement à la population.

Un vent de colère gronde dans les rangs de l’Eglise protestante ma’ohi au sujet de la loi sur l’obligation vaccinale. “Faites attention à ce que vous faites ! Ce qui se passe en bas, c’est pire que la bombe atomique”, a mis en garde le pasteur François Pihaatae à l’adresse des autorités du Pays et de l’Etat. Il a tenu ces propos mercredi matin, lors d’une conférence de presse, aux côtés du pasteur Mitema Tapati et en présence d’une quinzaine de responsables de circonscriptions paroissiales. “Il faut regarder ce qui se passe”, a dit le président de l’EPM. “Nous sommes proches de notre population. Quand on va à un enterrement, quand on va à un culte, à un rassemblement, on les entend parler. Nous sommes là pour apaiser. (…) Nous ne voudrions pas que ça dégénère. Au moindre faux pas, ça va exploser. On sent la colère.”

Promulguée il y a un mois jour pour jour, la loi sur l’obligation vaccinale entre en vigueur en Polynésie française qu’à partir du 23 octobre prochain. Or en matière de vaccination anti-Covid, l’EPM défend le principe du libre arbitre. Le compte rendu de son dernier synode soulignait à ce titre l’importance du ‘respect de la liberté et de la dignité de chacune et de chacun au regard de la vaccination Covid 19’. “Automatiquement, on est contre cette loi”, avoue François Pihaatae.

Manque de concertation

Alors qu’une nouvelle manifestation est prévue jeudi matin devant l’assemblée pour demander l’abrogation de la loi sur l’obligation vaccinale, les responsables de l’EPM ont aussi lancé mercredi un “appel à l’apaisement” : “Mais cet appel ne va pas uniquement à la population. Il s’adresse aussi aux autorités pour leur demander de ne pas s’entêter à mettre en place des lois sans consultation du peuple, sans son consentement. Il faut entendre la voix du peuple, c’est ça la démocratie.” 

Comme l’a en outre expliqué François Pihaatae, l’EPM aurait voulu être mieux entendue lors des travaux préparatoires du projet de loi du Pays. Un texte rédigé en concertation aurait été mieux défendable auprès de ses fidèles, “mais les autorités font la sourde oreille”. Consultés, “on aurait réussi à faire passer l’idée de restreindre le champ de l’obligation”, explique l’avocat de l’EPM, Philippe Neuffer. “La borner à certaines professions de santé, sans aller au-delà. La liberté, c’est le principe. L’obligation, c’est l’exception.”

Les responsables de l’EPM, sont également revenus mercredi sur les circonstances de l’arrestation, lundi, du docteur Jean-Paul Théron. Le praticien retraité est par ailleurs médecin conseil pour le compte de l’association Moruroa e tatau. “L’arrestation extrêmement brutale par les forces de l’ordre d’un médecin dans l’exercice de son métier” a du mal à passer pour la confession religieuse. Elle invite à plus de “tempérance” et au “respect de ceux qui sauvent des vies”.
Car comme le pense l’Eglise protestante ma’ohi, si le vaccin est un traitement contre le Covid, “ce n’est pas l'unique solution”. L’Eglise a rappelé mercredi qu’elle fait depuis des mois la promotion dans ses rangs d’un complément alimentaire à base de noni, d’aloe, de gingembre et de sucre roux. Elle a distribué un million de litres de ce “ra’au ma’ohi” depuis le début de la crise sanitaire, avec la conviction d’avoir sauvé “des milliers” de vies. Une question de foi.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 22 Septembre 2021 à 16:55 | Lu 3401 fois