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Nouvelle-Calédonie: délicate visite de Hollande parmi une classe politique éclatée


Noumea| AFP | dimanche 09/11/2014 . François Hollande, en visite éclair mi-novembre en Nouvelle-Calédonie, devra faire jouer son art de la synthèse face au morcèlement du paysage politique de ce territoire, qui complique l'achèvement du processus de décolonisation en cours depuis 1998.

A l'issue de la réunion du G20 à Brisbane et avant d'entamer le 18 novembre la première visite officielle d'un président de la République française en Australie, François Hollande fera un saut de puce de 36 heures en Nouvelle-Calédonie.

Sa venue intervient à l'orée d'échéances cruciales pour cet archipel de 265.000 habitants où, pour la première fois de son histoire, la France espère réussir à décoloniser par l'accompagnement et non par la rupture.

Après les violences des années 1980, les indépendantistes kanaks et les loyalistes "caldoches" ont fondé leur réconciliation sur l'émancipation politique et économique.

Conformément à l'accord de Nouméa (1998), un référendum d'autodétermination doit être organisé, au plus tard en 2018.

En vue de ce vote, des discussions sont en cours entre l'Etat et les deux grandes familles politiques sur des thèmes majeurs tels que la stratégie industrielle du nickel, la poursuite des transferts de compétences ou le corps électoral.

Mais sur tous ces sujets, le consensus est pour le moment introuvable, en raison des divisions qui minent la scène politique locale. 

La droite, 29 élus sur 54 au Congrès, est éclatée en trois pôles: Calédonie ensemble (centre droit), le Front pour l'Unité (FPU) dominé par le Rassemblement-UMP, et l'Union pour la Calédonie dans la France (UCF), également affiliée à l'UMP.

Au lendemain des élections provinciales de 2014, ces frères ennemis ont signé à reculons un Contrat de gouvernance solidaire (CGS), pour éviter l'instabilité institutionnelle. 

"Sur le fond, ils ne sont d'accord sur rien et les détestations personnelles sont profondes", confie un fonctionnaire du gouvernement local.

Ainsi, le jour de la visite de François Hollande, le FPU, soutenu en ordre dispersé par l'UCF, organise à Nouméa une manifestation intitulée "Restons Français".

"Le but est de montrer au président de la République qu'il y a une majorité de Calédoniens qui veulent rester Français. Ce n'est pas une manifestation contre François Hollande", a expliqué à l'AFP Grégoire Bernut, secrétaire général du R-UMP.

'Agitation politicienne'

Engagé dans une stratégie d'opposition frontale au gouvernement, le R-UMP ne cesse d'exprimer "sa défiance à l'égard de l'Etat socialiste", lui reprochant sa politique "d'équidistance" vis-à-vis des différentes sensibilités.

En revanche, Calédonie ensemble (CE), plus importante des trois formations de droite, qualifie cette manifestation "d'agitation politicienne" et se félicite du positionnement du gouvernement. 

"J'attends de François Hollande qu'il réaffirme la neutralité de l'Etat dans le processus de sortie de l'accord de Nouméa. Il a utilisé le terme 'd'équidistance', on ne peut pas faire mieux", a déclaré à l'AFP le député Philippe Gomes, leader de CE.

A ses yeux, le fait que le chef de l'Etat aille se recueillir sur les tombes de Jacques Lafleur, ancien député loyaliste, et de Jean-Marie Tjibaou, dirigeant kanak assassiné en 1989, "donne corps à cette équidistance".

Dans les rangs du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste), les tensions sont également vives.

En octobre, l'Union calédonienne (UC), l'une de ses deux principales formations, a boycotté la réunion du comité des signataires de l'accord de Nouméa à Matignon.

L'UC dénonce les "fraudes" de l'Etat dans l'établissement des listes électorales pour entraver "la marche tâtonnante mais irréversible de notre peuple vers l'indépendance".

Ce parti réclame une "médiation de l'ONU, gendarme de la décolonisation", ce à quoi le gouvernement s'oppose fermement. Un déplacement des dirigeants de l'UC à Paris mi-octobre a toutefois permis d'arrondir un peu les angles dans la perspective de la visite présidentielle.

Le Palika, qui avait mis sur pied un comité de soutien à François Hollande pendant la campagne présidentielle, n'est pas sur cette ligne.

"C'est une posture de l'UC, qui est empêtrée dans des problèmes de cohésion interne", a déclaré Charles Washetine, porte-parole du Palika, souhaitant que François Hollande réaffirme à Nouméa qu'il "accompagnera la décolonisation du pays".

Rédigé par AFP le Dimanche 9 Novembre 2014 à 09:52 | Lu 1809 fois