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Minnie Dean, la nounou infanticide finit pendue


Williamina Minnie Dean en 1872. Elle venait de se marier au sud de la Nouvelle-Zélande et installa un comptoir, type bar-restaurant, sur une route fréquentée par les chercheurs d’or de la région de l’Otago.
Williamina Minnie Dean en 1872. Elle venait de se marier au sud de la Nouvelle-Zélande et installa un comptoir, type bar-restaurant, sur une route fréquentée par les chercheurs d’or de la région de l’Otago.
Tahiti, le 3 septembre 2021 - La Nouvelle-Zélande a l’image d’une terre de progrès et ne passe pas pour un État friand de la peine de mort. Pourtant, en 1895, celle-ci était toujours en vigueur et cette année-là, la pendaison d’une femme, Minnie Dean, défraya la chronique et passionna le grand public. Il est vrai que la “nounou”, la “tatie” dirions-nous à Tahiti, la “baby farmer” comme ces femmes étaient appelées à l’époque en pays kiwi, avait sur sa conscience et ses épaules la mort de plusieurs jeunes enfants. Assassinats prémédités, par pur sadisme ? Meurtres accidentels par négligence ? Regrettables “accidents” ? Tout n’est pas clair dans cette affaire, mais le 12 août 1895 au matin, une femme se balançait bel et bien au bout d’une corde dans la prison d’Invercargill...
 
Avant de condamner à mort Williamina Minnie Dean, revenons sur le contexte de cette affaire sordide : à la fin du XIXe siècle, la prude Nouvelle-Zélande, rattachée à la Grande-Bretagne, entendait préserver la gent féminine du péché. Les pasteurs étaient très à cheval sur la moralité de leurs ouailles et plus que tout, fut-ce en couvrant quelque abomination –pourvu qu’elle demeurât secrète– il fallait sauver la face à tout prix. 
Or, en Nouvelle-Zélande comme ailleurs, la chair avait parfois ses faiblesses et des jeunes femmes non mariées se réveillaient un matin enceintes, faute, rappelons-le aussi, de moyens de contraception fiables à l’époque. 

La maison, ou plutôt la cabane dans laquelle Minnie et son mari vivaient, baptisée The Larches (les mélèzes) : deux petites pièces dans lesquelles furent entassés en plus du couple jusqu’à neuf enfants !
La maison, ou plutôt la cabane dans laquelle Minnie et son mari vivaient, baptisée The Larches (les mélèzes) : deux petites pièces dans lesquelles furent entassés en plus du couple jusqu’à neuf enfants !
A qui “refiler le bébé ?”
 
Impossible pour une famille, forcément honorable car allant au temple avec la régularité d’un métronome, d’accepter la honte d’un enfant hors mariage. La jeune femme était d’abord cachée (on la prétendait malade) pour masquer sa grossesse, puis, si le pater familias ne l’avait pas jetée à la rue en l’abandonnant dans une ville éloignée du domicile, elle accouchait dans le plus grand secret ; quant au bébé, il devait... disparaître, d’une manière ou d’une autre. Ce fruit du péché ne méritait pas de vivre, en tous les cas sûrement pas avec sa mère qu’il allait ensuite falloir marier en vantant sa pureté et sa chasteté...
Oui mais alors, que faire du rejeton d’un amour interdit ? Pour reprendre une expression française à la mode, “on refilait le bébé” à quelqu’un d’autre, sachant qu’il n’aurait tout de même pas été convenable de l’étouffer ou de le jeter aux cochons. Et à qui “refilait-on le bébé” ? A des femmes qui n’avaient pas d’autre espoir, sur le plan économique, faute de travail et de qualification, de faire autre chose que d’élever ces petits bâtards encombrants, moyennant finances. 
Je prends le bébé de ta fille, mais tu me payes soit en une fois un petit capital, soit chaque semaine ou chaque mois”. Voilà quels étaient les termes des marchés que passaient les honnêtes et vertueux pères de famille avec ces “baby farmers” ainsi curieusement baptisées.

Rien voir, rien entendre, rien savoir
 
N’allez pas croire que le cas de Minnie Dean, baby farmer donc, était exceptionnel, loin de là. Des baby farmers, ce n’est pas ce qui manquait, toutes ayant une particularité : elles étaient suffisamment pauvres et démunies pour accepter de prendre à leur charge des enfants qui faisaient honte à la bonne société.
Evidemment, le job n’avait rien à voir avec celui de nos actuelles garderies. Une fois le bébé casé, une fois la baby farmer payée, on tirait un trait sur la suite ; on ne voulait rien voir, rien entendre, rien savoir, aux nounous de se débrouiller !
Notre baby farmer du jour, Williamina Mc Culloch, vit le jour à Greenock, au cœur même des landes écossaises, le 2 septembre 1844. 
Son père était un ingénieur des nouveaux chemins de fer, mais hélas pour la fillette, sa mère décéda d’un cancer alors que Williamina n’avait pas treize ans. 
Que fit-elle alors ? Nul ne sait car on perd complètement sa trace, sachant, à la décharge des historiens, que la jeune femme ne fit rien plus tard pour éclairer leurs lanternes. 

Lorsque Minnie et son mari Charles s’installèrent à Etal Creek, leur petite affaire de restauration et d’hébergement démarra très bien grâce au passage de très nombreux chercheurs d’or venus dans l’Otago tenter leur chance.
Lorsque Minnie et son mari Charles s’installèrent à Etal Creek, leur petite affaire de restauration et d’hébergement démarra très bien grâce au passage de très nombreux chercheurs d’or venus dans l’Otago tenter leur chance.
Victime d’une grossesse non désirée
 
On suppose qu’elle arriva en Nouvelle-Zélande au début des années 1860. Elle s’installa seule à Invercargill, “seule” signifiant sans mari, mais avec tout de même deux enfants en bas âge à sa charge. Elle assura à ses contemporains qu’elle était la respectable veuve d’un médecin ayant exercé son art en Tasmanie. Quel médecin ? Impossible de le savoir, puisqu’elle continuait alors à l’état civil à porter son nom de jeune fille, Mc Culloch et non pas le nom de son défunt mari, si tenté qu’il eut jamais existé...
En réalité, ses biographes ont révélé qu’elle avait probablement quitté l’Europe après au moins une grossesse non désirée et qu’elle était venue se faire oublier à l’autre bout du monde. A-t-elle eu un second enfant hors mariage ? Il semble que ce soit l’hypothèse la plus crédible.
 
La route de l’or vidée...
 
A Invercargill, il faut croire que cette nouvelle venue ne créa pas de suspicion particulière auprès de ses voisins et elle ne refit surface, dans la petite actualité locale, qu’en 1872, année où elle épousa un aubergiste, Charles Dean. 
C’est à partir de ce moment-là que les choses commencèrent à prendre une tournure compliquée pour la jeune maman : à vingt-huit ans, elle pouvait espérer trouver calme, sécurité et stabilité avec son époux et d’ailleurs, c’est bien se qui se produisit lorsqu’ils exploitèrent à Etal Creek, au centre de l’extrême sud du pays, un lieu de restauration et d’hébergement, idéalement placé : sur la route entre Riverton et les placers aurifères de l’Otago, à une époque où on était en pleine ruée vers l’or. En pleine ruée est peut-être un terme exagéré car en réalité, très vite, les gisements s’épuisèrent ; les chercheurs d’or, devenus riches ou restés pauvres, repartirent, l’Otago retomba dans un profond sommeil et à Etal Creek, on ne voyait plus passer que quelques rares voyageurs... 
La “route de l’or” était devenue vide de tout prospecteur et faute de clients, le couple se lança alors dans l’agriculture, ne serait-ce que pour survivre. Mais là encore, le succès ne fut pas au rendez-vous, au point que les Dean quittèrent Etal Creek pour s’installer à Winton, à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande : la bourgade était une terre d’élevage, moutons et bovins, et Charles Dean devint ouvrier agricole, notamment pour le compte d’éleveurs de porcs. 

Une “affaire” de bébés
 
Minnie, de son côté, comprit vite que Winton étant à la fois proche et éloignée de Invercargill, la “grande ville” de la région, elle présentait un avantage bien particulier : les filles enceintes “malgré elles” souhaitant abandonner leur bébé ou le confier à une autre personne pour échapper à la honte d’une maternité conjuguée avec un célibat pouvaient avantageusement donner leur enfant à Minnie et celle-ci, eu égard à la proximité d’avec Invercargill, pouvait être sûre d’être payée en retour. 
C’est ainsi que petit à petit, cette “affaire” de bébés prit une certaine ampleur puisque Minnie se vit à la tête d’une petite troupe comptant jusqu’à neuf marmots, travail on s’en doute considérable pour une seule personne. Mais à l’époque, on n’était pas trop regardant et les baby farmers jouissaient d’une certaine indifférence dans leur manière de bien ou mal traiter leur progéniture... D’autant qu’alors, la mortalité infantile, en bas âge, surtout en zone rurale, était très forte : de l’ordre de huit à dix enfants pour cent naissances. 

Les petits rescapés, ces enfants ayant été trouvés chez Minnie Dean au moment de son arrestation. A partir de la gauche, Ethel Maud Hay, Florence Smith, Esther Wallis avec “bébé Gray” sur ses genoux, Cecil Guilford et Arthur Wilson. Tous furent replacés dans des familles d’accueil (Invercargill Public Library).
Les petits rescapés, ces enfants ayant été trouvés chez Minnie Dean au moment de son arrestation. A partir de la gauche, Ethel Maud Hay, Florence Smith, Esther Wallis avec “bébé Gray” sur ses genoux, Cecil Guilford et Arthur Wilson. Tous furent replacés dans des familles d’accueil (Invercargill Public Library).
Deux premiers bébés morts...
 
Mais tout de même, la petite communauté de Winton, avec discrétion, gardait un œil sur cette femme fraîchement débarquée et dont le commerce paraissait assez douteux moralement : ainsi en mars 1889, Minnie Dean ne put cacher qu’un bébé âgé de six mois seulement était décédé chez elle, victime semble-t-il de convulsions ; rebelote en 1890 mais cette fois-ci, c’est un tout jeune bébé âgé de seulement six semaines qui rendait son dernier souffle, terrassé par des problèmes respiratoires et cardiaques. 
Après ce triste doublé, des rumeurs commencent à circuler à propos de la manière dont Minnie traitait les enfants à sa charge et celle-ci comprit que de nouveaux corps compromettraient son petit business ; aussi, en 1894, lorsqu’un jeune garçon se noya, elle préféra cacher le corps en l’enterrant dans son jardin ; avec si peu de discrétion qu’elle fut repérée, qu’une enquête fut ouverte, que le petit corps fut exhumé et que Minnie fit l’objet d’une enquête approfondie. 
Elle se défendit bec et ongles et finalement les enquêteurs la déchargèrent de la responsabilité de la noyade, même si l’opinion publique lui est déjà, au moins à Winton, très défavorable.

Un des enfants tués par Minnie Dean ayant été transporté dans un carton à chapeau, lors de son procès, un commerce hideux se fit à Invercargill, des individus ayant mis en vente des cartons à chapeaux avec une poupée figurant un bébé mort...
Un des enfants tués par Minnie Dean ayant été transporté dans un carton à chapeau, lors de son procès, un commerce hideux se fit à Invercargill, des individus ayant mis en vente des cartons à chapeaux avec une poupée figurant un bébé mort...
Des disparitions sans corps
 
Minnie avait cette fois-ci compris la leçon ; quoi qu’il puisse désormais arriver, elle n’avait plus aucune marge de manœuvre ; elle devait cacher tout décès supplémentaire. Or, ce qui devait arriver arriva : de jeunes enfants disparurent sans laisser la moindre trace, mais à chaque doute, à chaque interrogation, Minnie affirmait qu’aucun enfant placé sous sa responsabilité n’avait disparu, information invérifiable puisqu’elle n’était pas tenue de fournir un registre de ses petits pensionnaires... La législation de l’époque était plus que laxiste et dans un tel contexte, il était bien difficile de prouver la moindre disparition sans disposer d’un corps.
Minnie aurait pu éviter tout problème en consacrant l’argent qu’elle recevait à bien traiter et soigner les enfants, mais elle n’entendait pas changer ses méthodes, préférant garder le plus d’argent possible pour elle en se contentant de nourrir et d’élever les bambins “à l’économie” dans une masure minuscule de deux pièces seulement, une baraque parfaitement insalubre. 

Cette vieille photo montre les enquêteurs retournant le jardin de Minnie Dean, dans lequel ils trouvèrent trois corps d’enfants très jeunes.
Cette vieille photo montre les enquêteurs retournant le jardin de Minnie Dean, dans lequel ils trouvèrent trois corps d’enfants très jeunes.
Trois petits cadavres dans le jardin
 
En 1895 enfin, Williamina fut prise en défaut à cause d’un déplacement en train pour le moins suspect (Winton étant un arrêt sur une ligne de chemin de fer). Des témoins, notamment des employés du chemin de fer, la virent partir un matin avec un bébé et un carton à chapeau et la virent revenir avec le carton à chapeau, mais pas le bébé. Or ce carton semblait très lourd au retour... 
Une nouvelle enquête fut diligentée, une jeune femme, Jane Hornsby, expliqua qu’elle avait confié son fils à Minnie et qu’il avait disparu ; celle-ci nia, mais une perquisition à son domicile permit de retrouver des vêtements appartenant au petit garçon.
C’était une preuve suffisante pour que les enquêteurs fouillent les abords de la voie de chemin de fer. Certes, ils firent chou blanc, mais dès lors, il ne leur restait plus qu’à retourner le jardin de Minnie Dean. Ce que déterrèrent les terrassiers ne fit que confirmer ce qu’ils n’osaient soupçonner : un cadavre de petit garçon de deux à trois ans et ceux de deux bébés furent exhumés au terme des fouilles. Les autopsies de la fin du XIXe siècle n’avaient pas la précision de celles d’aujourd’hui et si les causes de la mort d’un des trois enfants ne purent être établies, en revanche, pour les deux autres, le légiste fut formel : l’une des fillettes, Dorothy Edith Carter, était morte d’une overdose de laudanum, l’autre, Eva, avait tout simplement été étouffée. 
Cette fois-ci, la cause était entendue, les enfants survivants furent confiés à d’autres personnes tandis que Minnie Dean était emprisonnée, accusée d’infanticides.

Reconnue coupable pour une seule mort 
 
Si, à l’évidence, sa culpabilité n’était plus à prouver, il n’empêche que lors du procès, son avocat, Alfred Hanlon, défendit sa cliente en faisant accréditer le fait que les décès étaient tous accidentels ; rien ne permettait de prouver que la responsabilité de Minnie Dean était engagée. Si elle avait enterré les petits corps, c’était simplement pour éviter une mauvaise publicité telle qu’elle en avait déjà connue une première fois en 1894… Il eut sur ce point gain de cause, contre toute attente, sauf pour la petite Dorothy : elle n’avait pas pu ingurgiter toute seule du laudanum, il fallait bien que Minnie lui en ait donné une dose conséquente pour que l’enfant passe de vie à trépas. Le 21 juin, elle était reconnue coupable du meurtre de la petite Dorothy et à ce titre condamnée à mort, par pendaison.
A l’époque, on ne s’embarrassait pas d’appel et on ne perdait pas de temps à faire traîner les condamnés des années dans des couloirs de la mort. 
Le 12 août, soit moins de deux mois après le verdict, au petit matin, Minnie fut réveillée et conduite à sa dernière destination, la potence, érigée dans la cour de la prison d’Invercargill, potence au pied de laquelle l’attendait Tom Long, bourreau tout ce qu’il y avait d’officiel. 
La pendaison faite, le corps de Minnie Dean fut ramené à Winton pour y recevoir une sépulture. Elle y repose aujourd’hui aux côtés de son mari, Charles Dean, qui ne fut pas inquiété lors de cette affaire et qui perdit la vie atrocement, dans l’incendie d’une maison en 1908.

La rue Esk Street à Invercargill, ville la plus au sud de la Nouvelle-Zélande, où eut lieu la seule pendaison d’une femme dans ce pays.
La rue Esk Street à Invercargill, ville la plus au sud de la Nouvelle-Zélande, où eut lieu la seule pendaison d’une femme dans ce pays.
Le baby farming enfin encadré
 
Evidemment, la pendaison de Minnie suscita bien des réactions : elle était et elle est restée la seule femme à avoir été exécutée en Nouvelle-Zélande et l’on peut se demander si elle aurait réellement été exécutée si les faits s’étaient produits à Wellington ou à Auckland. 
Cette pendaison eut le mérite d’attirer l’attention des pouvoir publics sur cette étrange activité qu’était le baby farming, ne relevant d’aucun texte officiel et n’étant régi par quasiment aucune réglementation. 
Le gouvernement néo-zélandais étoffa sa législation de protection de l’enfance en votant un renforcement de l’Infant Life Protection Act 1893 et en votant de nouveaux textes contenus dans l’Infant Protection Act 1896. Il était bien temps...

6 morts, 13 disparus ?

Cette peinture d’un goût discutable est intitulée “La ballade de Minnie Dean”. Le cas de cette tueuse d’enfants inspira un grand nombre d’artistes...
Cette peinture d’un goût discutable est intitulée “La ballade de Minnie Dean”. Le cas de cette tueuse d’enfants inspira un grand nombre d’artistes...
Le plus étrange dans cette affaire, mais qui explique sans doute que le bourreau n’eut aucun remord à ouvrir la trappe sous les pieds de Minnie Dean le jour de son exécution, est le travail de mémoire écrit qu’elle-même confia à ses geôliers après l’avoir rédigé lors de son emprisonnement. C’est, en quelque sorte, une biographie assez complète que Minnie laissa à la postérité, biographie qu’elle rédigea entre le jour du verdict, le 21 juin 1895, et le jour de sa pendaison. 
Voulait-elle laver sa conscience ? C’est probable car au bilan des “pertes et profits” générés par son activité de “nounou indigne”, il ressort qu’elle reconnaît avoir récupéré un total de vingt-huit enfants. 
L’un d’entre eux avait été confié par sa mère légitime, six autres étaient vivants lors de son arrestation et six étaient décédés sous sa garde. Elle avait par ailleurs deux filles qu’elle qualifia d’adoptives (les enfants qu’elle avait avec elle en arrivant en Nouvelle-Zélande). 
Minnie n’a pas expliqué, dans son texte, ce qu’il était advenu des treize autres enfants à propos desquels elle ne laissa aucun renseignement susceptible de savoir ce qu’elle en avait fait. Tous ont-ils été éliminés et sortis de Winton dans des cartons à chapeaux et enterrés ici et là ? Elle a emporté avec elle ce sinistre secret...

Mystérieuse pierre tombale

La fameuse plaque fixée en 2009 dans le plus grand secret sur la tombe de la meurtrière. Sa famille a assuré que cette initiative ne venait pas d’elle ; mais alors de qui ? (Photo Gerard O’Brien).
La fameuse plaque fixée en 2009 dans le plus grand secret sur la tombe de la meurtrière. Sa famille a assuré que cette initiative ne venait pas d’elle ; mais alors de qui ? (Photo Gerard O’Brien).
La tombe de Minnie Dean, on s’en doute, n’était pas un objet de fierté pour la petite communauté de Winton et à ce titre, elle fut quelque peu délaissée. Pourtant, un matin du 30 janvier 2009, tout récemment donc, une pierre tombale fut découverte avec pour épitaphe : “Minnie Dean fait partie de l’histoire de Winton. Où elle se trouve maintenant n’est plus un mystère”. 
Ce qui est demeuré mystérieux en revanche est l’origine, le commanditaire de cette pierre tombale. Qui l’a payée, qui l’a installée nuitamment sans se faire voir, quel est le sens réel de ce message ? Evidemment, la famille de Minnie Dean a été immédiatement contactée mais celle-ci a nié toute implication dans cette installation, ce qui fait que douze ans plus tard, si la pierre tombale est toujours là, personne à Winton ne sait qui a voulu ainsi laisser une trace durable du passage de la “nounou” indigne...

“Je suis innocente”

Williamina, surnommée par tous Minnie, après son arrestation. On ne sait toujours pas avec certitude combien d’enfants sont morts en passant entre ses mains.
Williamina, surnommée par tous Minnie, après son arrestation. On ne sait toujours pas avec certitude combien d’enfants sont morts en passant entre ses mains.
Grace à la presse de l’époque, le Marlborough Express, on a quelques détails concernant l’exécution par pendaison de Minnie Dean. 
Le 12 août 1895, elle a été réveillée vers sept heures du matin pour être conduite un peu avant huit heures jusqu’à l’échafaud. Elle y marcha avec fermeté, sans hésitation, sans y être contrainte. Le chef de la police lui demanda, avant de lui passer la corde au cou, si elle avait une dernière déclaration à faire. Elle répondit qu’elle n’avait rien à dire, excepté “je suis innocente !”. Au moment où le bourreau ouvrit la trappe, elle s’est écriée : “Mon Dieu, ne me laisse pas souffrir !”. 
Sa mort a été instantanée. 
Des centaines de personnes s’étaient rassemblées devant les portes de la prison d’Invercargill et attendirent pour la plupart trois heures, “sans prendre de petit déjeuner” précisa la presse d’alors, jusqu’à ce que la confirmation de la mort de Minnie Dean soit publiquement faite.

Quatre autres condamnées à mort

Si Minnie Dean restera à jamais dans l’histoire de la Nouvelle-Zélande comme la seule femme à avoir été exécutée, on peut remarquer que quatre autres avaient elles aussi été jugées, reconnues coupables et condamnées à mort. 
Ces quatre condamnations furent toutes commuées en peine de prison à vie.
La première est une dénommée Caroline Whitting, condamnée en 1872 ; les autres sont Phoebe Veith (1883) et le couple Sarah-Jane Flannagan, la mère, et Anna Flannagan, la fille (1891). 
A toutes, il était reproché le meurtre d’un enfant. Plus tard, en 1926, c’est un homme, Daniel Cooper, un baby farmer indigne lui aussi, qui fut condamné à mort et exécuté, son épouse Martha ayant été relaxée.
A noter qu’Anna Flannagan, jugée folle, sortit de prison en 1892, passa trois ans dans un établissement psychiatrique avant d’être libérée en 1895 étant considérée comme irresponsable au moment du meurtre dont elle était accusée. Sa mère, Sarah-Jane fut quant à elle libérée en 1906.
De son côté, Phoebe Veitch échappa à la pendaison car elle se trouvait enceinte de son quatrième enfant au moment de sa condamnation. Caroline Whitting, pour sa part, avait noyé ses trois enfants dans la Waikwi River en octobre 1872, deux autres ayant survécu.

85 exécutions en NZ

La peine de mort a toujours été appliquée avec sévérité, certes, mais modération en Nouvelle-Zélande puisque de 1842 à 1957, seuls quatre-vingt cinq criminels ont fini au bout d’une corde (plus cinq militaires pour désertion ou mutinerie entre 1916 et 1918, durant la Première Guerre mondiale, en Europe).
41 personnes ont été pendues à Auckland, 17 à Wellington, 7 à Lyttelton, 4 à Dunedin, 4 à Napier, 4 à Nelson, 2 à Hokitika, 2 à Invercargill (dont Minnie Dean), 2 à New Plymouth et 2 à Picton.
A partir de 1862, les exécutions ne furent plus publiques, ce qui était le cas précédemment. Joseph Burns, en 1848, eut droit à un traitement spécial puisqu’il fut emmené sur le lieu même de son crime pour y être exécuté. Il fut le second condamné à mort en terre kiwie, coupable d’avoir assassiné pour les voler un officier de la marine et sa famille, le lieutenant Snow, à la base navale de Devonport. 
Officiellement, le premier condamné à être exécuté fut le Maori Wiremu Kingi Maketu, pendu le 7 mars 1842 à Auckland (deux ans après la signature du traité de Waitangi). Il était ouvrier agricole dans une ferme et avait tué la famille de fermiers chez qui il travaillait.

Rédigé par Daniel Pardon le Jeudi 2 Septembre 2021 à 15:35 | Lu 4134 fois