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Minarii Galenon raconte son cancer du sein



Tahiti, le 9 octobre 2020 - Le mois d'octobre est depuis 35 ans l'occasion de sensibiliser les femmes à se faire dépister du cancer du sein. Dans le monde et au fenua, le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme. En moyenne chaque année on détecte 135 nouveaux cas en Polynésie, où il s'agit de la deuxième cause de mortalité chez la femme. Minarii Galenon a subi il y a six ans une mastectomie. Elle nous raconte son histoire.
 
Quel a été votre premier contact avec cette maladie ?
 
"J'ai toujours été très sensible au cancer du sein, car une des sœurs de mon papa a eu un cancer très grave. Dès 50 ans, j'ai commencé le dépistage. Grâce à cela, on a découvert que j'avais un cancer du sein intracanalaire, dans les canaux lactés, et j'avais des métastases sans le savoir. Je n'avais aucun signe, même pas de boule, rien du tout. Ce qui est difficile avec le cancer c'est que vous n'avez pas de douleur, d'où l'importance de se faire dépister car on n'a pas d'autres moyens actuellement. Lorsqu'on vous annonce que vous avez le cancer du sein, c'est pratiquement trop tard. C'est vrai, on n'a pas trop envie de connaître la vérité car on pense tout de suite à la mort, cela a été mon cas. Mon médecin m'a proposé six mois de chimio. J'ai refusé et je lui ai demandé de me faire une mastectomie, c'est quand on vous coupe le titi. Et c'est ce que j'ai fait. Il faut aussi du courage, et je me suis dit je veux vivre et je me suis prise en main. Et je vous encourage toutes à vous faire dépister. Si vous n'avez pas les moyens de le faire, allez dans les dispensaires. Prenez-vous en main, soyez fortes, courageuses, cela fait partie de la vie. Si vous avez envie de rester vivante, d'être dynamique, de vivre notre belle vie de femme, il faut se prendre en charge."
 
Comment on se sent après une mastectomie ?
 
"Ce n'était pas une décision facile, et il ne faut pas croire que cela ne laisse pas de traces. Les médecins n'ont pas voulu me faire cette opération. Ils estimaient que ce n'était pas aussi grave que cela. Mais personnellement je ne voulais pas de chimiothérapie et donc je suis partie en France à mes frais. On doit aussi laisser la liberté aux femmes de choisir. Lorsqu'on m'a parlé de chimio, moi qui suis coquette et qui aime bien mes cheveux, je me suis vue chauve. Mais encore une fois ce n'est pas une décision facile. J'ai eu une anesthésie générale, donc il faut être prête mentalement. J'ai préparé tous mes enfants, j'ai même préparé mes obsèques. Cela a été très difficile pour eux, ils ont souffert mais au moins ils étaient prêts. Car il ne faut pas oublier on peut aussi revenir les pieds devant, mais j'ai eu de la chance, le bon Dieu m'a sauvée. Je me suis dit que j'avais une autre mission et je me suis mise à fond avec les femmes, je veux réellement qu'elles se prennent en charge, et qu'elles se disent qu'il n'y a qu'elles qui peuvent se sauver. Après l'opération j'ai fait une reconstruction, car moi j'aime bien mes titis et en plus c'est la féminité. Et chaque jour, lorsque je prends ma douche je me regarde et je sais que j'ai cette empreinte sur moi. Donc à chaque fois qu'on me parle de prévention je sais ce que cela veut dire. Je ne regrette pas ma mastectomie et je dis qu'aujourd'hui j'ai gardé ma féminité et j'ai toujours mon dynamisme et ma joie de vivre. Si on ne l'a pas, on sera malheureuse toute notre vie."
 
Dans quel sens cette opération vous-a-t-elle marquée ?
 
"Psychologiquement d'abord car le cancer ce n'est pas un petit bobo. Un cancer c'est grave et le médecin te dit tout de suite que si tu ne te soignes pas tu vas mourir. Une femme de mon association est même morte dans mes bras et cela m'a marquée et même traumatisée. Et quand j'ai eu le cancer, j'ai beaucoup pensé à cette dame, surtout à tout ce qu'elle a pu traverser. On a des angoisses, et tu te dis 'est-ce que demain je serais encore vivante ?' Il faut être optimiste et constructive et te dire qu'il y a toujours une solution aux problèmes, à condition bien sûr que tu veuilles t'en sortir. Et aujourd'hui je me rappelle toujours que j'ai eu un cancer, on ne peut pas l'oublier."
 
En tant que femme publique, qu'est-ce qui a été le plus difficile ?
 
"Quand j'ai su que j'avais le cancer je voulais tout abandonner, je ne voulais plus faire de politique car c'est très personnel et je voulais aussi protéger mes enfants qui sont la prunelle de mes yeux. Cela a été dramatique pour moi, et la première personne à qui je l'ai annoncé c'est à mon président car je savais que je n'allais plus être sur la scène politique. Il m'a rassurée et m'a dit d'aller me faire soigner et c'est ce que j'ai fait. Je suis partie pendant quatre mois et j'ai eu le temps de me reconstruire personnellement. À mon retour je l'ai annoncé publiquement en séance. Mes enfants et mes mo'otua m'ont beaucoup soutenue, ils ont été à mes côtés et c'est primordial, c'est tout cela qui vous aide à être en vie. Je me suis sortie grandie de la maladie. Cela n'arrive pas qu'aux autres mais on peut s'en sortir."
 
Quelle a été la réaction de vos enfants ?
 
"Cela n'a pas été facile pour eux, c'est très dur comme épreuve. J'ai toujours été transparente avec mes enfants. Quand je leur ai dit que je voulais être enterrée chez moi, ils étaient paniqués. Le fait d'en parler avec eux m'a permis d'exorciser un peu ce mal. Mes fils ne comprenaient pas, ma fille a été très courageuse et je leur disais que ce sont des choses qui arrivent. C'est difficile aussi pour un homme de comprendre, car tu as une rupture de ta vie de femme. Quand tu as de beaux titis et qu'on te dit que ton sein on va le couper, c'est ta vie qui s'arrête, ta vie personnelle est compromise. Il faut comprendre la souffrance de ces femmes. Vous avez des personnes qui peuvent être hyper contents aujourd'hui et demain ils peuvent déprimer. Je suis une femme qui a toujours pris les problèmes à bras le corps, je ne me suis jamais laissée emportée par les problèmes. Et ce n'est pas la maladie qui va me détruire, car la politique est une maladie multipliée par mille tous les jours. On est tous concernés par cette maladie, pour moi, c'est tous les jours 'octobre rose'. Aujourd'hui on peut être aidé mais il faut le vouloir. Il faut penser à sa famille pour pouvoir vivre longtemps. Aujourd'hui je suis déclarée guérie et je n'ai plus de traitement depuis un an."
 
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Vendredi 9 Octobre 2020 à 09:14 | Lu 2284 fois





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