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Mettre Notre-Dame "sous cloche" pose "un problème de faisabilité", selon la mairie de Paris



Paris, France | AFP | mardi 05/08/2019 - Mettre Notre-Dame "sous cloche", comme le réclament certains syndicats et associations pour prévenir tout risque de pollution au plomb, pose "un problème de faisabilité", a estimé mardi Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris.
"On n'est pas contre" le confinement de la cathédrale, "c'est simplement un problème de faisabilité". "Mettre une énorme cloche autour de Notre-Dame" afin "de créer une zone de dépression pour éviter l'exfiltration de poussière, chacun comprend que, du point de vue technique et financier, c'est une décision qui est incroyablement complexe à mettre en oeuvre", a déclaré M. Grégoire sur LCI, tout en répétant que le chantier de Notre-Dame relevait strictement de la compétence de l'Etat.
La mairie de Paris a, elle, la responsabilité de trois types d'établissements: les crèches, les écoles et les logements des assistantes maternelles. Elle a mis en ligne dès lundi soir de nouveaux résultats des prélèvements effectués dans ces lieux et a fait savoir qu'elle continuerait à le faire dès qu'elle en dispose, alors que d'autres établissements doivent encore être analysés d'ici la fin du mois.
L'incendie qui a en partie détruit la cathédrale le 15 avril a libéré sous formes de particules plusieurs centaines de tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture.
"Tous les tests que nous avons fait dans le rayon de 500 mètres autour de Notre-Dame sont négatifs, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun danger", a indiqué mardi M. Grégoire. En revanche, trois écoles en dehors de ce périmètre "ont bipé" en présentant, dans leurs cours extérieures, des taux de plomb supérieurs à 1.000 microgrammes/m2. Ces écoles feront "l'objet d'un nettoiement approfondi" d'ici la rentrée, a-t-il insisté, et "n'ouvriront pas tant que nous n’atteignons pas la recommandation de l'Agence Régionale de Santé (ARS) qui est de 1.000 microgrammes par m2. La maire de Paris ne prendra aucun risque".
Lundi, syndicalistes CGT et membres d'associations, récemment constitués en collectif, ont demandé la mise sous cloche de Notre-Dame, se montrant particulièrement préoccupés de la santé des personnes étant intervenues à l'intérieur de la cathédrale après l'incendie ou travaillant aux alentours. 
Suspendu fin juillet, le chantier de Notre-Dame doit reprendre progressivement à partir de la semaine du 12 août avec l'arrivée de nouvelles mesures de protection pour les salariés potentiellement exposés au plomb.

Plomb de Notre-Dame: quels dangers pour la santé ?

Quels sont les risques pour la santé liés au plomb? A partir de quelle quantité dans l'environnement y a-t-il un danger? Le point sur les questions sanitaires que pose la pollution à ce métal lourd provoquée par l'incendie de la cathédrale Notre-Dame en avril.
 

- Quels sont les risques?

Pendant l'incendie qui a ravagé Notre-Dame le 15 avril, plusieurs centaines de tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture ont fondu et se sont répandues sous forme de particules.
Or, le plomb est une substance toxique. "Il n'existe pas de concentration dans le sang qui soit sans danger", avertit l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 
Ce métal entre dans l'organisme par inhalation ou par ingestion puis se diffuse pour atteindre le cerveau, le foie, les reins et les os. Une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, une perturbation des reins, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction.
Les enfants, au système nerveux en plein développement, sont très vulnérables à cette intoxication, aussi appelée "saturnisme". Et leur tendance à porter des objets à la bouche les expose davantage.
Même des concentrations sanguines faibles "peuvent affecter l'intelligence de l'enfant et entraîner des problèmes comportementaux et des difficultés d'apprentissage", selon l'OMS.
En France, depuis 2015, on parle de cas de saturnisme au-dessus d'un taux dans le sang (plombémie) de 50 µg/l. 837 nouveaux cas ont été notifiés en 2016, selon Santé publique France. Un "seuil de vigilance" est établi à 25 µg/l.
Eloigner un individu d'une source d'exposition au plomb permet de faire baisser sa plombémie.
 

- Quelle concentration dans l'environnement? 

Après des mesures rassurantes sur la qualité de l'air, le débat s'est porté sur la concentration de plomb sur les sols autour de Notre-Dame.
Marcher sur des poussières de plomb ne présente pas de danger, mais on peut en rapporter chez soi sous ses semelles, avec le risque que des enfants les ingèrent.
Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande un dépistage du saturnisme infantile en cas de dépassement du seuil de 70 µg/m2 dans les "poussières déposées dans les logements". Dans cette configuration-là, on peut selon lui s'attendre à retrouver une plombémie supérieure à 50 µg/l chez environ 5% des enfants.
Le HCSP préconise une attention particulière envers les sols des écoles et autres espaces collectifs pour enfants.
C'est sur ces préconisations que la mairie de Paris s'est appuyée pour rassurer les parents après les prélèvements réalisés dans une dizaine d'établissements du quartier mi-mai: aucun ne dépassait "en moyenne" 70 µg/m2.
Plusieurs associations et le site d'information Mediapart contestent cette prise en compte d'une moyenne. Mais l'ARS Ile-de-France souligne que même en cas de dépassement, "il ne s'agit pas d'un seuil réglementaire" qui obligerait à des évacuations.
 

- Qu'ont donné les tests sur les enfants?

On connaît pour l'heure les résultats des mesures réalisées sur 82 enfants et femmes enceintes résidant à proximité de Notre-Dame. Parmi eux, 10 présentaient une plombémie comprise dans le "seuil de vigilance", entre 25 et 49 µg/l de sang, et un enfant dépassait 50 µg/l.
Pour ce dernier enfant, une source d'exposition au plomb sans lien avec l'incendie a été découverte: le balcon de son logement.
"Toutes les personnes dont les taux se situaient dans l'intervalle de vigilance (25-50 microgrammes) ont fait l'objet d'un suivi spécifique renforcé, au-delà des exigences réglementaires", a indiqué l'ARS mardi.
Ce suivi consiste en "une analyse individuelle par des médecins spécialistes du Centre antipoison et de toxicovigilance": elle permet "d'orienter le suivi médical qui doit être ensuite organisé par le médecin traitant".
De nouveaux résultats seront bientôt connus, qui porteront le nombre de dépistages à 150.
 

- Comment réaliser les mesures dans l'environnement?

Principale difficulté: il n'existe pas de seuil réglementaire sur la présence de plomb dans les rues et l'incendie de Notre-Dame a mis les autorités face à un événement inédit. 
Les niveaux mesurés sur le parvis (500.000 à 900.000 µg/m2) et dans la cathédrale ont justifié la fermeture au public et la suspension du chantier fin juillet. Il doit reprendre progressivement à partir de la semaine du 12 août, avec de nouvelles mesures de protection pour les travailleurs.
Mais des mesures prises dans les alentours ont révélé des valeurs disparates, difficiles à interpréter: 50.000 µg/m2 rue de la Cité ou encore 20.000 µg/m2 place Saint-Michel, de l'autre côté de la Seine.
Pour tenter de mieux comprendre, les autorités ont cherché à déterminer quel taux du fameux métal était déjà présent sur les sols parisiens avant l'incendie, héritage du plomb contenu dans l'essence jusqu'en 2000 ou de celui utilisé pour le revêtement des bâtiments anciens.
A partir de prélèvements de ces dernières années, l'ARS a estimé à 5.000 µg/m2 le niveau de pollution au plomb qu'on peut s'attendre à retrouver dans les rues de la capitale.
Des lieux où le taux était supérieur à 5.000 µg/m2 ont été identifiés, puis des mesures ont été réalisées dans les écoles situées dans un rayon de 300 m autour de ces lieux.
Cela a abouti à la fermeture par précaution fin juillet d'un groupe scolaire rue Saint-Benoît (VIe arrondissement), qui accueillait des enfants en centre de loisirs pour les vacances d'été.

le Mardi 6 Août 2019 à 06:06 | Lu 222 fois




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