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Météo France veut affiner ses prévisions


Pierre An, responsable de l'animation du réseau des observateurs bénévoles.
Pierre An, responsable de l'animation du réseau des observateurs bénévoles.
Tahiti le 23 janvier 2023 - Réaliser des prévisions métrologiques n’est pas chose simple au fenua. Le territoire est large, et les archipels les plus éloignés ne disposent pas tous de matériels modernes. Depuis le début des années 2000, la Polynésie française n’est plus dotée d’aucun radar météo. D’ici la fin de l’année, l’aérodrome de Moorea devrait voir apparaître un nouveau radar, qui permettrait de recueillir des données météo plus précises.

Alors que Météo France annonce l’arrivée d’un orage au-dessus de Papeete, le ciel affiche en réalité grand soleil. Les météorologues de Météo-France ont parfois du mal à prédire avec précision les intempéries, surtout dans les îles. Les spécialistes utilisent des modèles numériques de prévision, en se basant sur des informations récoltées par les satellites, bateaux, avions, et pluviomètres. Pour arriver à signaler des vigilances en cas d’intempéries à la population, ils doivent s’appuyer sur des données, précises, parfois complexes à récolter. Le fenua ne disposant plus de radar météo, il reste encore beaucoup de “zones d’ombre” sur les cartes de Météo-France, affirme Victoire Laurent, météorologue et responsable du bureau d'études et de la climatologie de Météo-France.
 

90 postes de bénévoles

Un pluviomètre qui doit être géré manuellement.
Un pluviomètre qui doit être géré manuellement.
Sur la totalité du territoire de la Polynésie française, Météo-France dispose de 90 postes de travail, gérés manuellement par des équipes bénévoles. Les volontaires disposent de pluviomètres, et doivent vérifier tous les matins le niveau de pluie accumulé dans leurs outils de prévision. “Parfois, ils travaillent à nos côtés depuis plus de 30 ans. Ils sont essentiels pour nous, dans les régions les plus éloignées, où on ne peut pas installer de postes automatiques”, explique Sophie Martinoni Lapierre, directrice de Météo-France en Polynésie française. Une vingtaine de stations automatisées sont dispatchées dans tout le pays. Elles permettent à l’organisme public de récolter des données sans disposer de ressources humaines sur le terrain. Des sessions de maintenance sont annuellement organisées pour vérifier la fiabilité du matériel. “Les systèmes de pluviomètres nous permettent d’avoir des informations ponctuelles sur un point donné, mais la valeur est valable uniquement à l’endroit de la mesure”, informe la directrice de Météo-France.

Modèles numériques

Pour prévenir des intempéries sur des échelles plus élevées, Météo-France se sert de “modèles numériques”. Ces modèles permettent d’appréhender de 24 à 48 heures, la météo au fenua. “Sur nos écrans, on visualise une carte de la Polynésie, et on y voit apparaître les nuages, vents, et températures. Pour arriver à faire tourner nos programmes, on récolte toutes les informations disponibles. Notamment grâce aux satellites, aux observations faites visuellement, aux pluviomètres installés sur le territoire et sur les bateaux. Pour prédire l’arrivée d’un orage, on utilise des schémas de calculs, qui vont nous donner des probabilités d’apparition d’événements météorologiques. On dispose d’un programme dit de ‘déterminisme’, qui va nous donner un seul schéma de probabilité, et un mode “ensembliste”, qui va nous apporter 16 possibilités différentes. Le mode ensembliste est très gourmand en données, et va mettre considérablement plus de temps à rendre ses prédictions. En contrepartie, ses données sont plus précises, à 2 ou 3 kilomètres près. Le modèle ‘ensembliste’ est utilisé depuis moins de dix ans par Météo-France, il est encore en période de test, mais c’est une grande avancée technologiques”, détaille Sophie Martinoni Lapierre. Les modèles numériques ne pouvant pas se concentrer sur l’entièreté du fenua, les météorologues orientent leurs recherches de prévisions vers les zones les plus peuplée du territoire.

Les prévisions numériques ne permettent pas d’avoir des données précises sur de courtes périodes. “Plus on veut avoir des données météorologiques à court terme, plus on aura besoin de l’intervention d’un radar”, ajoute Victoire Laurent.

Le retour d’un radar météo à Tahiti

Un “radar à bande x” devrait être mis en service dès février sur l’aérodrome de Moorea. Celui-ci permettra de mesurer précisément les intempéries et couvrira une zone s’étalant sur 30 kilomètres à la ronde. “On a vraiment espoir qu’il ouvre en février, on attend juste l’accord de la Direction de l’aviation civile en Polynésie française. Cette installation est très avantageuse, et novatrice. Ce type de radar est très léger, il ne pèse pas plus de 100 kilos. La seule contrainte qu’il rencontre, c’est son rayon d’action. Au bout d’une certaine distance, les fréquences sont stoppées par les intempéries”, précise la directrice de Météo-France. Ce premier radar devrait servir pour une période transitoire avant la mise en service un autre outil plus compétent.
D’ici 2027, un “radar à bande C” devrait être installé en haut du Mont Marau. “Le rayon d’action des radars à bande C s'étend jusqu’à 200 kilomètres et sa précision est plus conséquente. Elle nous permettrait d’être précis sur nos prévisions à 500 mètres près. On manque de moyens pour mener à bien son installation, on est toujours en recherche d’un co-financement avec le Pays pour poursuivre le projet”, regrette Sophie Martinoni Lapierre. Tous les 15 à 20 ans, Météo-France renouvelle la technologie de ses radars sur tout le territoire français. Le projet de création d’une infrastructure météo au Mont Marau, fait partie intégrante de ce programme de modernisation.

“En comparaison, aujourd’hui, les météorologues tâtonnent un peu avec une lampe de poche dans une salle noire. Ce radar nous permettrait d’allumer la lumière”, image Victoire Laurent.

Rédigé par Guillaume Marchal le Lundi 23 Janvier 2023 à 20:39 | Lu 1501 fois