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Malades chroniques : le spectre des dégâts collatéraux



Tahiti, le 3 novembre 2020 - Alors que les malades chroniques semblent adopter une démarche d’auto-confinement, le conseil de l’ordre des médecins les appelle à consulter « si ça ne va pas ». Même discours du côté du Taaone. Hôpital « hybride », le CHPF souligne que deux salles au bloc opératoire sont consacrées aux urgences et aux chirurgies. A plus long terme, le conseil de l'ordre redoute les « pathologies dues à la désocialisation » dans une société marquée par les inégalités sociales.
 
Hypertension artérielle, cardiopathies, cancer, diabète… Pas de chiffre, mais une désagréable « impression » que les malades chroniques consultent moins. Par peur de s’exposer à la maladie notamment. « On risque de passer à côté de pathologie plus aigus chez ces patients, justement parce qu'ils s’auto-confinent, et on ne peut pas le leur reprocher » indique Jean-Ariel Bronstein, du conseil de l’ordre des médecins. « Tous les médecins s’accordent à dire que les malades chroniques doivent s’isoler. Il est évident qu’il vaut mieux éviter de les faire sortir, mais si ça ne va pas, il faut bien-sûr consulter ou appeler votre praticien » assène le médecin.  Comme lui, ils sont nombreux à constater un recul des consultations en ville.

Avec ses 40 000 malades chroniques, dont 10 000 atteints du diabète, et 9 000 d’hypertension artérielle, la Polynésie n’est pas à l’abri d’un « retour de vague » dans les prochains mois. Le Pays enregistre en moyenne 1 400 décès par an toutes causes confondues, mais dont plus de la moitié meurent de complications liées à une ou plusieurs maladies chroniques.

Deux salles dédiées, Covid ou non

L’indice n’étant pas mesuré depuis le début de la crise, difficile de savoir combien de patients s’exposent aujourd’hui à « une perte de chance ». « C’est très compliqué de l’évaluer, reconnaît Claude Panero, directrice du CHPF. C’est pourquoi l’hôpital cherche à garder le contact avec eux et éviter qu’ils ne retardent leur prise en charge diagnostique et thérapeutique. »

Histoire de ne pas alourdir la facture de la vague épidémique, le CHPF a justement tenté de retarder le plus possible la déprogrammation de ses activités hors Covid. « Aujourd’hui nous n’avons plus le choix compte tenus des chiffres que nous vous avons communiqués sur la progression de la maladie » déplore la directrice.

Preuve que l’hôpital du Taaone ne les oublie pas, le bloc opératoire a maintenu deux salles (sur huit) pour la prise en charge des urgences et des chirurgies « qui doivent absolument être réalisées pour éviter une perte de chance de certains patients » précise Philippe Dupire, président de la commission médicale d’établissement. « Ces deux salles sont dédiées à ça, Covid ou pas Covid d’ailleurs. »

Le reste des chirurgies ont été soit reportées, soit renvoyées  vers les cliniques. « Avec leur aide, on opère la plupart des patients quand c’est nécessaire » ajoute le médecin. Aux principaux intéressés, il répond qu’il ne faut pas hésiter à prendre contact par téléphone, ou à venir à l’hôpital « à chaque fois que c’est nécessaire, on les prendra en charge de toute façon. S’il y a une chirurgie urgente on le fait. » Et si l’opération chirurgicale est trop complexe, l’hôpital peut encore évasaner « sans problème. »

Le danger des retards de diagnostic

Face aux inquiétudes de la population, la direction du CHPF l’a rappelé à plusieurs reprises la semaine dernière : « hôpital est hybride » de façon à prendre en charge les patients Covid, mais aussi les patients non Covid. « A chaque fois que nous sommes en incapacité de prendre quelqu’un, on peut se tourner vers des spécialistes très compétents dans les cliniques, ils ont d’ailleurs parfois travaillé à l’hôpital et on peut leur renvoyer les malades pour avoir des avis et faire des examens complémentaires, insiste Philippe Dupire. L’essentiel c’est qu’ils soient pris en charge et qu’il n’y ait surtout pas de retard. Il faut se signaler. »

Alors que les médecins sont tous sur le pont, que les services du CHPF tournent à plein régime et que les déplacements sont déconseillés, nombreux sont ceux également qui reportent leur rendez-vous chez le médecin généraliste. Ce, malgré l’apparition de symptômes a priori anodin. De quoi élargir le spectre des retards de diagnostic. « Une fois qu’on aura passé aplatie la courbe de l’épidémie, ce qu’on risque de voir apparaître c’est toutes les pathologies dues au confinement » redoute Jean-Ariel Bronstein.

« Burn out », déprime, alcoolisme : à la décompensation des malades chroniques risque de s’ajouter, à plus long terme, les « pathologies dues à la désocialisation ». Ce que le médecin qualifie de « quatrième vague », citant une étude de l’institut canadien Angus Reid. « Ceux qui vont se retrouver sans travail, sans revenu, sans pouvoir se soigner... Tous ceux qui risquent de ne plus pouvoir consulter pour des raisons financières ou de déplacement ». Dans cette crise qui est partie pour durer, le moral des Polynésiens sera mis à rude épreuve, alors que les inégalités sociales face au Covid-19 sont déjà très marquées.
 

Rédigé par Esther Cunéo le Mardi 3 Novembre 2020 à 17:38 | Lu 4250 fois






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