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Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays première mondiale à la Berlinale



Annick Ghijzelings et Flora Devatine - crédit Berlinale 2018 - Alexander Klebe.
Annick Ghijzelings et Flora Devatine - crédit Berlinale 2018 - Alexander Klebe.
PAPEETE, le 22 février 2018 - Le film d’Annick Ghijzelings, Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays parle d’un quartier de Tahiti. Le quartier du flamboyant. Il montre "le visage d’une colonisation contemporaine et l’élan vital du peuple ma’ohi qui tente aujourd’hui de ne pas disparaître". Porté sur grand écran pour la toute première fois à la Berlinale ce mercredi soir, il devrait être projeté à Faa’a en mars.

La Berlinale est un festival de cinéma à la renommée mondiale, à l’image du Festival de Cannes. La 68ème édition a lieu du 15 au 25 février à Berlin, en Allemagne. C’est que le film Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays d’Annick Ghijzelings est présenté pour la toute première fois. Il a été projeté dans la catégorie section NATIVE-Un voyage dans le cinéma autochtone mercredi soir.

Annick Ghijzelings et présidente de l’académie tahitienne Flora Devatine qui prête sa voix au film était à Berlin pour cette première mondiale. "En introduisant le film devant le public, j’ai voulu avoir une pensée toute particulière pour tous ceux qui, à Tahiti et dans les îles ont participé au film, les habitants de Hotu Area, le jeune marquisien Tanaoa qui a été si inspirant, Sam de Moorea… Ils sont l’esprit et l’âme de ce film", explique Annick Ghijzelings à l’issue de la projection.

"Mon cœur était avec eux"


Elle poursuit : "Durant les 7 années durant lesquelles j’ai travaillé à ce film, j’ai passé de longs moments auprès d’eux pour pouvoir comprendre et raconter leur histoire. Ils m’ont fait confiance, et ils ont fait confiance au film, ils ont fait confiance au cinéma, pour rendre leur peuple visible. Mon cœur était à Berlin durant cette éblouissante soirée, mais il était aussi et surtout avec eux".

Flora Devatine, se dit, elle, "heureuse et fière d’avoir été invitée à la 68° Berlinale et plus précisément à la projection de Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays. Pour la première fois, quelqu’un du fenua a foulé le tapis rouge, pour y avoir prêté sa voix ! ".

D’après elle : "le film, réalisé poétiquement, humainement et avec respect pour les gens de Hotuarea, fait le constat de l’autre face de la carte postale, et comme tout film, et par essence, il peut faire débat. Mais il s’inscrit dans la continuité de ce que dénoncent les romans de plusieurs auteurs autochtones dont Chantal Spitz avec L’île des rêves écrasés et Cartes Postales et Titaua Peu avec Mutismes et Pina". En résumé, "une superbe et profonde expérience !".

Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays raconte le quartier du flamboyant de Faa’a, coincé entre la piste de l’aéroport international et une petite colline de terre. "Là, on dit "quartier" pour ne pas dire "bidonville". Ces quartiers sont les lieux que l’histoire coloniale française et les trente années d’essais nucléaires ont rempli d’un peuple aliéné, déstructuré. À l’image de la radioactivité qu’on ne peut ni sentir, ni voir, mais qui persiste pour des centaines de milliers d’années, la contamination des esprits s’est lentement et durablement installée", explique la réalisatrice.

"Aujourd’hui le peuple Ma’ohi est un peuple dominé qui a oublié sa langue, qui ignore son histoire et qui a perdu le lien à sa terre et à son rapport au monde. Pourtant là, dans ce quartier de baraques colorées, quelque chose survit, quelque chose de ténu, d’enfui, de presque invisible, et qui résiste à la disparition. En confrontant l’esprit Ma’ohi à son histoire nucléaire et à son présent fracturé, le film montre le visage d’une colonisation contemporaine et l’élan vital d’un peuple qui tente de ne pas s’oublier et qui, silencieusement, cherche le chemin de l’indépendance."

Flora Devatine, Chantal Spitz, Duro Raapoto, Jacky Bryant

Les textes du film ont été écrits en collaboration avec Flora Devatine et sont inspirés des textes de Chantal Spitz, de Duro Raapoto, de Jacky Bryant. Ils portent la parole des habitants du quartier du flamboyant. Annick Ghijzelings explique : "d’abord happée par la sauvage beauté des îles, je n’ai pas immédiatement ressenti la tristesse et le désabusement des habitants avec qui je travaillais".

Elle a posé les pieds en Polynésie pour la première fois en 2011 pour venir préparer son film précédent, 27 fois le temps. "C’est en vivant avec eux durant plusieurs mois, et en y revenant plusieurs années de suite, en partageant leur quotidien, en les écoutant, en les regardant, que j’ai peu à peu commencé à saisir ce sentiment d’amertume, ou de honte parfois, qui les habitait. Tout cela était surtout directement visible à Papeete, capitale de la Polynésie française située sur l’île de Tahiti."

Son film, Annick Ghijzelings aurait aimé "le montrer en priorité à Tahiti avant sa participation à la Berlinale. Par respect pour tous ceux qui ont participé courageusement et douloureusement à ce film qui les raconte, j'aurais voulu honorer leur générosité, leur grâce et leur courage parce qu'ils croyaient en eux, parce qu'ils croyaient en une destinée et en un rêve, parce qu'ils croyaient comme moi que le cinéma pouvait dire et montrer, et mettre les choses en mouvement". Mais cela n’a pas été possible.

Elle espère toutefois pouvoir trouver un moyen de le projeter en Polynésie et dans les îles. Une séance devrait avoir lieu à Faa’a où le film a été tourné en grande partie. Plusieurs autres festivals ont marqué leur intérêt pour Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays et notamment celui de Taïwan. Le film y sera en compétition officielle en mai.

Ma’ohi Nui,  au cœur de l’océan mon pays.
  • Ma’ohi Nui,  au cœur de l’océan mon pays.
  • Ma’ohi Nui,  au cœur de l’océan mon pays.
  • Ma’ohi Nui,  au cœur de l’océan mon pays. Tanaoa.
  • Ma’ohi Nui,  au cœur de l’océan mon pays.

Qui est Annick Ghijzelings ?

Après des études de sciences et de philosophie, Annick Ghijzelings a publié plusieurs essais et récits. En 2003, elle a réalisé Le Jardin, une adaptation de l’un de ses livres, et depuis se consacre au cinéma, documentaire et fiction. Elle sillonne la planète pour cela. En Océanie elle a réalisé, entre autres, Terre Terra Terrae en 2008, The Very minute en 2010 et 27 fois le temps en 2016. Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays est son dernier film.

Quelques réactions du public à la Berlinale

"Mais on ne savait pas, on se savait rien de ce territoire, on ne savait rien de ce peuple ni de tout ce qu’ils ont traversé, ni de leur lutte d’aujourd’hui. Le film nous apprend autant qu’il nous bouleverse par sa force poétique, sa beauté et son positionnement politique. "

"L’esthétique du film est frappante, le traitement du son, comme de l’image et des couleurs, nous embarque dans un univers un peu étrange, dans un autre espace-temps, dans une autre logique de pensée, c’est une réelle expérience de « l’ailleurs ». Il y a une touche de magie et de surnaturel dans les couleurs du film comme si la réalité de l’image était habitée par une dimension sacrée. C’est avec nos sens et notre perception que le film nous fait découvrir la façon d’être au monde Ma’ohi. "

"Le film est comme un conte qui reste en tête et qui va nous accompagner longtemps, on se laisser emporter par cette histoire, par la douceur de la voix de Flora et par la musicalité. Et la réalité exposée en devient d’autant plus frappante."

Rédigé par Delphine Barrais le Jeudi 22 Février 2018 à 08:07 | Lu 1327 fois




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