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Louise Peltzer rappelée à la loi par la Ministre Valérie Pécresse


Louise Peltzer rappelée à la loi par la Ministre Valérie Pécresse
Communiqué de presse du « Collectif pour la défense de la déontologie de la recherche à l’Université de la Polynésie française » du 7 février 2011


Intitulé « Le plagiat sans vague de Louise Peltzer », un article de Véronique Soulé dans le journal Libération du mardi 8 février nous apprend à l’instant que Mme Louise Peltzer, Présidente de l’Université de la Polynésie française, a fait l’objet, par la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, d’une « lettre de rappel à la loi ». Dans cette lettre, Mme Valérie Pécresse rappelle à Mme Peltzer « les dispositions du code de la propriété intellectuelle relative au droit d’auteur » selon lequel « la divulgation d’une œuvre sans autorisation préalable de son auteur constitue une atteinte aux droits moraux dont ils disposent en vertu du droit d’auteur » (Libération).

Cette lettre ministérielle établit officiellement et de façon incontestable qu’en plagiant Umberto Eco, Mme Peltzer a bel et bien enfreint le Code de la propriété intellectuelle. Il lui est désormais impossible de nier le plagiat dont elle s’est rendue coupable et on est en droit d’attendre qu’elle rende publique sans tarder cette lettre de Mme Pécresse. Il est certain que, pince-sans-rire, la ministre fait preuve à la fois de finesse et de pédagogie en rappelant ainsi à un enseignant-chercheur qui dirige une université française les principes juridiques élémentaires qui régissent les rapports aux œuvres intellectuelles d’autrui. Sans surprise, Mme Peltzer refuse de regarder la réalité en face et se contente, une fois de plus, d’accuser des « expatriés » qui voudraient l’« abattre » (Libération), plutôt que de reconnaître sa responsabilité et faire amende honorable.

Du point de vue de la déontologie de la recherche, on doit cependant admettre avec Michèle Bergadaà et Jean-Noël Darde, les spécialistes du plagiat universitaire cités par Libération, qu’en optant pour une admonestation aussi symbolique, le Ministère (alerté depuis le mois de juin/juillet 2010 !) tout en rappelant Mme Peltzer à l’ordre, choisit d’appliquer deux poids et deux mesures pour les mêmes manquements. En effet, lorsque les commissions disciplinaires du CNESER doivent se prononcer sur des plagiats d’étudiants, la sanction est régulièrement l'exclusion de tout établissement d'enseignement supérieur, pour deux à cinq ans, et parfois même, l'exclusion définitive. Les étudiants doivent-ils considérer qu’il existe désormais un « précédent Peltzer » dont ils pourraient se prévaloir et que le copier coller ne leur vaudra à l’avenir qu’une lettre aimable de la part de leurs professeurs ?

Les nombreuses signatures que notre Collectif a reçues en soutien[1] à notre démarche montrent que la communauté scientifique attend davantage de rigueur que n’en a démontré, jusqu’à présent, l’autorité de tutelle. Signée au départ par une cinquantaine d’enseignants et de chercheurs, notre « Lettre ouverte à Madame Louise Peltzer, Présidente de l’UPF » a reçu le soutien de plus d’une centaine de collègues et de citoyens du monde entier. Aux prestigieuses signatures de Claude Hagège et de Maurice Godelier, médailles d’or du CNRS, se sont ainsi ajoutées celles de Jean-Pierre Meullenet, l’ancien Vice-Recteur de Polynésie française (mars 2006 - août 2010), de Jean-Paul Manganaro, le traducteur du livre d’U. Eco La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne qui a tant inspiré Louise Peltzer et de Hugo Neira, l’ex-directeur de la Bibliothèque nationale du Pérou. Des étudiants et des intellectuels polynésiens comme Titaua Peu et Simone Grand n’ont pas hésité à s’associer à une lettre qui était co-signée par Jean-Marius Raapoto, l’ancien Ministre de l’Éducation de la Polynésie française. Seront-ils enfin entendus ?

[1] Voir http://archeologie-copier-coller.com/?p=3023

Rédigé par communiqué le Lundi 7 Février 2011 à 16:01 | Lu 3262 fois