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Les jeans de la discorde : Jean Mahinui répond aux attaques


A gauche Jean Mahinui et son équipe, lors d'un défilé organisé en France. Photo : Mahinui Tahiti Fashion
A gauche Jean Mahinui et son équipe, lors d'un défilé organisé en France. Photo : Mahinui Tahiti Fashion
PAPE’ETE, le 30 décembre 2014 – Depuis deux mois, le propriétaire de la marque « Mahinui Tahiti Fashion » est la cible des critiques et attaques des défenseurs de la culture marquisienne, tels que les académiciens de l’archipel en question. Il lui est reproché d’utiliser des motifs marquisiens sacrés pour les imprimer sur sa ligne de vêtements qui plaît pourtant aux Parisiens et Américains.

Le directeur de l’académie marquisienne, Toti Teikiehuupoko, a décidé de partir en croisade contre l’ascension de l’entreprise tahitienne Mahinui Tahiti Fashion. « Il ne doit pas réussir ! » déclarait encore ouvertement l’académicien il y a une semaine, allant même jusqu’à invoquer le courroux de ses ancêtres : « que la foudre de mes ancêtres tombe sur lui ! Il n’a aucun respect pour la culture et surtout le tatouage marquisien. Non ! On ne peut laisser faire. Cela suffit d’être spolié ! ».

Face à ses attaques directes, Jean Mahinui s’est dit « profondément attristé de cette attitude qui ne peut que nuire à l’image de marque de la Polynésie. » Toujours selon lui, les opposants se trompent de cible. Il préfère même répondre par une question qu’il conviendrait effectivement de développer : « En Polynésie, il existe des dizaines de vendeurs de vêtements qui arborent des motifs de toutes les îles et même ceux des îles Marquises. Ils le font depuis une vingtaine d’années. Mais alors, pourquoi ne leur dit-on rien, à eux ? Regardez en métropole, j’en reviens. Eh bien là-bas, il y a des dizaines de tatoueurs qui utilisent les motifs marquisiens. Et alors pourquoi est-ce que, quand c’est un Polynésien qui veut promouvoir sa culture, on le pointe du doigt, alors qu’il s’agit de création ! »

« Nous n’avons rien plagié ! » affirme Jean Mahinui

L’entrepreneur tahitien a également voulu éclaircir ce premier point qui, selon lui, a provoqué cette polémique : « Je tiens à me défaire de tous ces ragots et autres commérages concernant l’utilisation des motifs de tatouage marquisien. Selon mes détracteurs, ils m’accusent d’avoir tout simplement pris des motifs sur internet et de les avoir imprimés sur mes jeans et tee-shirts sans scrupules. A eux tous, je leur dis : vous vous trompez lourdement ! Car tous les dessins que j’imprime viennent de l’imagination d’un grand tatoueur-dessinateur : Eric Gresset. Ensemble, nous convenons d’un style puis tout vient de la création. Il fait comme il l’entend avec son style. Je n’interviens pas, mais je le dis et répète, tout n’est que pure création. Nous n’avons rien plagié ! Je suis agacé de tous ces propos inutiles et stériles. Et en plus, j'ai montré des motifs qui sont polynésiens et non pas spécifiquement marquisiens !»

« Mahinui Tahiti Fashion », une entreprise 100% locale

L’autre point qui a également contribué à la naissance de cette polémique qui enfle de jour en jour, celle des commanditaires. Selon l’académie marquisienne, ce sont des investisseurs américains « qui seraient derrière cette affaire, ce business ! » Là encore, Jean Mahinui dénonce un acharnement dont il pense être la première victime : « On me vise par des propos mensongers venant de partout. Mais je suis serein car en ce qui concerne la société, ce ne sont pas des Américains ou des Italiens qui sont à la tête, mais moi-même, qui suis originaire des îles Tuāmotu et les investisseurs sont polynésiens, sans compter les collaborateurs qui sont eux aussi tous polynésiens. En revanche, elle a été enregistrée aux Etats-unis pour une raisin simple : nous voulions faciliter la vente de nos vêtements sur le sol américain, mais une fois encore : ce sont des mā'ohi qui dirigent cette entreprise ! »

Il n’y a qu’un seul européen qui nous aide pour la distribution, mais là encore, je dis que ce sont des critiques inutiles. Alors qu’avec cette activité, mon but est de recruter des Polynésiens. Je pourrais, par exemple, lorsque l’entreprise prendra de l’ampleur, faire travailler des designers qui apporteront des idées neuves et inspirées. Nous avons le désir de promouvoir notre fenua et ce biais est certainement l’un des meilleurs puisqu’il touche des clients de tous les milieux. Lors des défilés que j’ai organisés à Paris, à Cannes et au Méridien de Tahiti, le public a été conquis. D’ailleurs, de nombreux commerciaux du monde entier veulent travailler avec nous, donc, que l’on nous laisse faire nos preuves et rendre hommage à notre culture ! »

Malgré cette épée de Damoclès qui plane sérieusement au-dessus de sa tête, Jean Mahinui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec ses associés, il prépare la venue de célébrités américaines d’ici juillet prochain. « Ils pourraient être les ambassadeurs de ma marque, à voir ! » promet-il avec l’espoir de trouver une issue favorable à cette histoire qui sème le trouble alors que l’activité est en expansion. Affaire à suivre.

TP


Rédigé par TP le Mardi 30 Décembre 2014 à 16:03 | Lu 4519 fois