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Le lagoonarium de Moorea poursuivi pour homicide involontaire



Le lagoonarium de Moorea poursuivi pour homicide involontaire
Tahiti, le 23 octobre 2020 – L'affaire était passée jusqu'ici inaperçue, la gérante du lagoonarium de Moorea devait comparaître mardi devant le tribunal correctionnel pour répondre d’un homicide involontaire suite au décès d’une sexagénaire il y a deux ans. La victime, qui se trouvait en vacances avec son compagnon, était morte par noyade le 21 novembre 2018 alors qu’elle suivait le parcours aquatique du lagoonarium. Le procès a été renvoyé au 20 juin 2021.
 
Deux affaires impliquant le lagoonarium de Moorea devaient être jugées mardi par le tribunal correctionnel de Papeete mais ont finalement été renvoyées. Si la première, concernant un enfant de neuf ans qui s’était fait mordre par un requin le 14 novembre 2019 (Voir encadré), avait déjà été largement médiatisée, la seconde, portant sur un homicide involontaire, était jusque-là, passée inaperçue. Les faits reprochés à la gérante du lagoonarium, Carole Rey, remontent au 21 novembre 2018 sur l’île sœur. Ce jour-là, peu après 11 heures du matin, les gendarmes avaient été sollicités à la suite de la noyade d’une touriste métropolitaine de 67 ans alors qu’elle était en train d’effectuer le parcours aquatique situé en face du motu Ahi.
 
Selon les éléments de l’enquête et les auditions des témoins auxquels Tahiti Infos a eu accès, le couple de touristes était arrivé au lagoonarium vers neuf heures du matin. Equipés de masques intégraux, les deux sexagénaires avaient emprunté une première fois le parcours aquatique cordé et balisé par des bouées en surface qui étaient elles-même liées par une corde. Après s’être reposés sur le motu Ahi, ils avaient décidé de retourner sur le parcours. Alors qu’ils se situaient à 120 mètres du motu, l’homme avait constaté que sa compagne, qui n’avait pas de problème de santé particulier, semblait en détresse. Après avoir enlevé son masque, elle avait vainement tenté de remonter à la surface. Son conjoint avait réussi à la saisir pour la sortir de l’eau mais la victime se débattait et avait fini par perdre connaissance. Malgré l’intervention d’un employé du lagoonarium arrivé en kayak et la pratique d’un massage cardiaque par une infirmière présente sur place, la sexagénaire n’avait pas pu être réanimée. Elle était décédée dans la nuit au CHPF où elle avait été évasanée. L’autopsie de son corps avait établi qu’elle était décédée de noyade.                                                                                                                  

Normes de sécurité

Quatre jours après le drame, le compagnon de la victime avait porté plainte contre le lagoonarium pour "homicide involontaire par manquement à une règle de sécurité ou d’obligation", en dénonçant des "manquements" qui n’avaient, selon lui, "pas facilité les secours" ou qui avaient "entraîné l’accident". Il avait notamment déploré l’absence de "gilets de sauvetage à disposition" et le fait qu’une seule personne ait été chargée, ce jour-là, de superviser un groupe de 15 personnes. Rappelant que l’employé du lagoonarium les avait rejoints en kayak, le sexagénaire avait affirmé que "s’il était arrivé en bateau, le délai d’intervention aurait été plus court et il y aurait eu un support plus stable pour l’application d’un message cardiaque". L’homme avait conclu son propos en évoquant la responsabilité du lagoonarium : "Pour moi, si les normes de sécurité avaient été réunies, on aurait peut-être pu la sauver. Et notamment, qu’il s’agit d’une activité payante. Ce n’est pas une compensation financière que je cherche mais que cela ne se reproduise pas. Leur site indique que c’est une activité encadrée."
 
Lors de leur enquête, les gendarmes avaient en effet soulevé plusieurs manquements imputables à la SARL du lagoonarium de Moorea dont les "employés n’étaient pas titulaires du certificat de pilote lagonaire, certificat obligatoire pour la conduite d’une embarcation de transport touristique". Ils avaient également relevé que ces derniers n’avaient "aucun diplôme pour exercer une activité lucrative en milieu aquatique". Lors de son audition, l’employé du lagoonarium, qui avait tenté de porter secours à la victime, avait expliqué qu’il était titulaire de l’attestation de formation de capitaine pilote lagonaire avant d’évoquer les règles de sécurité appliquées au lagoonarium. À savoir notamment qu’il était demandé, dans un premier temps, aux clients s’ils savaient nager et qu’il leur était aussi précisé que la surveillance de la baignade n’était "pas assurée pour les enfants et pour les adultes".
 

Occupation illégale

Entendue à son tour, la gérante du lagoonarium, Carole Rey, qui était absente lors du drame, avait affirmé que des gilets de sauvetage étaient toujours disponibles pour les clients ne sachant pas nager ou n’étant pas à l’aise dans l’eau. Confrontée aux déclarations de l’un de ses employés qui avait dit qu’il lui arrivait de "demander à des clients de surveiller d’autres clients" quand il était "seul à travailler", elle avait répondu ne pas "être au courant de cela".Contacté, l’avocat de Carole Rey, Me Jourdainne, a indiqué que l’homicide involontaire qui était reproché à sa cliente était "relatif à une noyade qui aurait pu arriver à n’importe quel autre endroit du lagon" et qu’il n’était "pas lié aux normes de sécurité appliquées au sein du lagoonarium".
 
Dans leur procès-verbal de synthèse, les gendarmes avaient par ailleurs rappelé que le "lagoonarium occupe illégalement le platier du motu Ahi qui est une propriété du Pays" et qu’il "ressort des investigations que le Pays avait entamé une procédure d’expulsion en 2011". Le haut-commissariat avait "accordé à l’huissier du Pays le concours de la force publique" mais, "à ce jour, le Pays a mis en suspens la procédure d’expulsion". Une situation abordée par les gendarmes avec la gérante du lagoonarium qui avait, lors de son audition, indiqué qu’elle était "toujours en sursis concernant les infrastructures construites sur le platier du motu Ahi" et qu’elle payait "régulièrement une amende pour occupation illégale du domaine public maritime". Le procès relatif à cette affaire a donc été renvoyé au 20 juin 2021. La peine maximale encourue pour "homicide involontaire" en correctionnelle est de trois ans de prison ferme.

Le Lagoonarium également renvoyé pour blessures involontaires

Outre cette affaire d’homicide involontaire, le lagoonarium de Moorea est  également renvoyé devant le tribunal correctionnel dans le cadre d’une autre affaire pour "blessures involontaires" et "mise en danger de la vie d’autrui". Le 15 novembre dernier, un enfant de neuf ans y avait été mordu par un requin pendant une séance de "feeding" –le nourrissage de poissons, raies et requins avec du pain et des sardines­–. Le petit garçon s’en était sorti avec plusieurs points de suture mais sa famille avait décidé de porter plainte contre la structure.
 
 

Rédigé par Garance Colbert le Vendredi 23 Octobre 2020 à 15:03 | Lu 10894 fois





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