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La politique de retour à Tarahoi


Tahiti, le 28 juin 2022 – Passe d'armes nourrie entre élus du nouveau groupe A Here ia Porinetia et la majorité, devant un Tavini spectateur de l'écharpement des autonomistes. Au lendemain d'élections législatives retentissantes et alors que la campagne des territoriales est déjà lancée, la politique s'est réinvitée mardi à l'assemblée pour le vote -pourtant peu alléchant au premier abord- des comptes administratifs du Pays et du troisième collectif budgétaire.
 
À première vue, le vote des comptes administratifs du Pays et d'un troisième collectif budgétaire à l'assemblée n'est pas immédiatement synonyme de débats politiques mordants dans l'hémicycle. Mais le contexte de la première séance à Tarahoi depuis les élections législatives a fait basculer les débats, mardi matin, dans quelques joutes verbales particulièrement pugnaces. Ranimé par les circonstances politiques, le A Here ia Porinetia n'a pas laissé longtemps planer le doute sur l'utilisation qu'il prévoyait de faire de son temps de parole retrouvé avant les élections territoriales. Premier texte et première intervention cinglante du tāvana de Makemo et vice-président du A Here, Félix Tokoragi : "Bonjour aux hypocrites de cette assemblée, bonjour aux malheureux de cette assemblée." Il n'en fallait pas moins pour lancer Lana Tetuanui, suivie un peu plus tard de la tāvana de Hao Yseult Butcher, demandant à la fois "rappel au règlement", "un peu de respect !" et "des excuses".
 
Venus avec la stratégie d'un feu nourri contre Édouard Fritch et le Tapura, les élus A Here ia Porinetia ont consacré l'intégralité de leurs premières prises de parole à attaquer la majorité encore secouée par sa dernière défaite électorale. "Le Tapura est face au Tavini comme une poule face à un couteau", pour Geffry Salmon, "La chute, c'est juste après". Et Nuihau Laurey d'embrayer : "Que dire sur ce compte administratif, si ce n'est qu'il témoigne de l'héritage catastrophique de cette mandature qui s'achèvera bientôt dans un marasme économique, budgétaire et politique dont nous sommes malheureusement les simples témoins." Les réactions du Tapura ont été tantôt très vives, avec l'inévitable Lana Tetuanui, tantôt plus flottantes, avec Luc Faatau : "Le temps jouera en notre faveur, la population finira par comprendre". Présent en tout début de séance, le président du Pays a écouté les flèches de ses adversaires sans véritablement broncher. Et il a finalement rapidement quitté l'hémicycle sans y prendre la parole.
 
Le Tavini, enfin, est apparu plus calme que jamais dans cette ambiance qui, il faut tout de même le souligner, est finalement retombée au bout de ces quelques premiers échanges. "On peut comprendre que nous avons traversé une crise sans précédent en 2020 et 2021. Et par rapport à ça, on peut reconnaître que le gouvernement a mis en place un certain nombre de dispositions qui ont encadré les dérives possibles en termes d'excès de dépenses", s'est même autorisé le président du groupe indépendantiste, Antony Géros, à l'issue de la séance. Le Tavini semblant davantage jouer à compter les points dans la bataille entre autonomistes.
 
"Travail d'équilibriste" contre "budget catastrophique"
 
Sur le fond tout de même, le ministre de l'Économie et des Finances, Yvonnick Raffin, a défendu les comptes administratifs du Pays retricotés avec les prêts garantis par l'État et la dérogation -que les élus de l'opposition ont fait mine de redécouvrir- à la "règle d'or budgétaire" empêchant en temps normal de reverser ces prêts sur le budget de fonctionnement. Un "difficile travail d'équilibriste", pour Yvonnick Raffin, qui a maintes fois souligné le caractère "hors normes" de ces comptes en années post-Covid. Mais le "budget le plus catastrophique de toute l'histoire de la Polynésie" pour Nuihau Laurey. Quand le Tavini a tout de même regretté que toutes ces acrobaties budgétaires fassent oublier la nécessité d'une vision à plus long terme. "On attendait des perspectives de modèle économique plus en lien avec les déclarations faîtes en début de crise, donc on reste un peu sur notre faim", a conclu Antony Géros. Une chose est sûre, à moins d'un an des territoriales, la politique s'est réveillée mardi à Tarahoi.
 

​La compensation des prix du carburant passe à 9 milliards

Estimée à 7 milliards de Fcfp depuis avril par Yvonnick Raffin, le coût de la compensation des prix des carburants via le Fonds de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH) va finalement passer à 9 milliards de Fcfp à la fin 2022, a annoncé mardi le ministre de l'Économie et des Finances. L'augmentation conséquente de +35 Fcfp/litre au 1er juillet ne permettra pas d'équilibrer les comptes du FRPH, loin de là. Avec un prix du baril aussi haut, le Fonds compensera encore à hauteur de "près de 500 millions de Fcfp par mois" la différence entre le prix de vente des carburants au fenua et leur coût réel pour le Pays d'ici la fin de l'année.
 
Le ministre multiplie actuellement les rencontres avec les professionnels comme EDT, les pêcheurs ou les transporteurs maritimes pour leur demander de répercuter au minimum cette augmentation sur leurs tarifs. "Nous avons les mêmes discussions avec les fournisseurs d'hydrocarbures. Tous les professionnels jouent le jeu. Après, il ne faut pas se leurrer. Ce sont des sociétés privées qui ont besoin de vivre et d'avoir des résultats minimums", a commenté mardi le ministre à la sortie de la séance à l'assemblée. Pour les tarifs de l'électricité spécifiquement, Yvonnick Raffin indique être "en négociation avec EDT pour ne pas que la totalité soit répercutée sur le tarif de l'électricité". Et selon le ministre, "les discussions sont plutôt positives".
 
Principale critique de l'opposition mardi, le report de cette augmentation des prix du carburant jusqu'au mois de juillet n'a pas empêché d'arriver in fine aux tarifs historiquement hauts de 181 et 183 Fcfp/litre et il a contraint le gouvernement à dépenser des milliards dans le FRPH. "La critique est facile, l'art est très difficile et surtout en ce moment", a néanmoins justifié Yvonnick Raffin. "Nous avons fait le choix d'accompagner le pouvoir d'achat des Polynésiens en utilisant au maximum les outils qui étaient à notre disposition." La suite ? "Il y a plusieurs inconnues", concède le ministre. Prix du baril, hausse du dollar, coût du fret… "Il faudra à un moment donné équilibrer tout ça", prévient déjà Yvonnick Raffin.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 28 Juin 2022 à 19:51 | Lu 2664 fois