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"La pêche excessive du thon est un enjeu aussi bien écologique qu’économique" (J. Petit)



Pour Jérôme Petit, à l'échelle mondiale le thon est victime du phénomène de "la tragédie des biens communs : une surexploitation collective des ressources quand elles sont partagées et libres d’accès".
Pour Jérôme Petit, à l'échelle mondiale le thon est victime du phénomène de "la tragédie des biens communs : une surexploitation collective des ressources quand elles sont partagées et libres d’accès".
PAPEETE, 12 octobre 2016 - Depuis plusieurs semaines, l’ambiance est morose au port de pêche de Papeete. Les poissons du large se font rares. Les professionnels s’inquiètent et les consommateurs se plaignent de la hausse des prix. A la criée le matin, le cours du thon blanc a doublé depuis quelques jours. Tahiti Infos ouvre une tribune à Jérôme Petit, docteur en sciences de la vie, spécialiste de la biodiversité et directeur de l’association environnementale Pew en Polynésie française. Il donne son point de vue sur les raisons de cette pénurie.

Quelles sont selon vous les raisons de la rareté du thon blanc en Polynésie française en ce moment?

Jérôme Petit : Chaque année, cette période est mauvaise pour les pêcheurs ; les poissons quittent les eaux de la Polynésie française ou descendent plus en profondeur. On parle aussi du phénomène El Nino, qui provoque un réchauffement de nos eaux. Le changement climatique n’arrange pas les choses et vient exacerber ce phénomène. Mais au-delà des aléas climatiques, on parle moins d’un problème de fond qui touche cette espèce depuis plusieurs années : il s’agit de la pêche excessive du thon blanc dans le Pacifique. C’est pourtant pendant les périodes de disette, où le thon est naturellement moins abondant, que ce problème d’origine bien humaine se fait le plus ressentir. Depuis les années 1960, c’est-à-dire depuis le début de la pêche industrielle du thon blanc dans le Pacifique, cette espèce a connu une réduction de sa biomasse de l’ordre de 60% par rapport à sa population naturelle (voir la Figure 1). Elle n’est pas encore considérée comme "surexploitée", car la plupart des thons blancs (encore appelés germons) sont pêchés par des palangriers, une pêche à l’hameçon qui cible les individus adultes ; ils ont alors généralement eu le temps de se reproduire et d’assurer la viabilité de l’espèce avant d’être pêchés. Le thon blanc n’est donc pas encore menacé biologiquement, mais sa pêche excessive dans le Pacifique a déjà provoqué une baisse importante des rendements de sa production ; et la viabilité économique des pêcheries qui dépendent de cette espèce est parfois remise en question. Un rapport de la commission thonière WCPFC de 2015 recommandait une réduction rapide de la pêche du germon pour éviter un déclin encore plus fort de sa biomasse et pour assurer le maintien de son exploitation économique durable. Or, depuis les années 1990, la pêche de cette espèce augmente d’environ 7% chaque année dans le Pacifique (voir la Figure 2). L’activité se révèle de moins en moins rentable pour les pêcheurs, qui sont obligés de dépenser de plus en plus de carburants pour pêcher toujours moins de poissons. Les aléas climatiques ont un impact indéniable sur la rareté du thon blanc observée en Polynésie française en ce moment, mais la pêche excessive de cette espèce au niveau international y est probablement aussi pour quelque chose.

Figure 1 : Biomasse de germon dans les différentes pêcheries du Pacifique de 1960 à 2012. (Source : Secrétariat de la Communauté du Pacifique - 2012).
Figure 1 : Biomasse de germon dans les différentes pêcheries du Pacifique de 1960 à 2012. (Source : Secrétariat de la Communauté du Pacifique - 2012).
Quel est l’impact de cette pêche excessive pour les pêcheurs polynésiens?

Jérôme Petit : Les pêcheurs polynésiens ne sont pas responsables de ce problème, bien au contraire, ils en sont les premières victimes. La Polynésie française pêche environ 3 500 tonnes de germon par an sur les 80 000 tonnes qui sont pêchés annuellement dans le Pacifique occidental et central, une bien maigre proportion. Cependant, la baisse des rendements de cette espèce ne peut être ignorée dans les stratégies du Pays. La Polynésie française ne cache pas son ambition de développer la pêche hauturière, un pilier de l’économie bleue. On affirme localement que l’on peut doubler la production polynésienne sans entraver la ressource. Mais a-t-on vraiment une idée précise de la ressource disponible ? Connait-on les niveaux de production envisageables pour ne pas menacer le stock et pour maintenir la viabilité économique de la filière ? Rien n’est moins sûr. La dernière évaluation rigoureuse des stocks polynésiens (le projet ECOTAP) date des années 1990 et la situation des ressources halieutiques dans le Pacifique a bien changé depuis cette période. La pêche excessive du thon est un enjeu aussi bien écologique qu’économique. De nombreux bateaux qui ciblaient le germon dans le Pacifique ont déjà dû être désarmés, comme à Fiji où plusieurs faillites ont été enregistrées. Ce sont bien souvent les plus petites structures et les pécheurs artisanaux côtiers les plus vulnérables qui sont les premiers touchés. Les états soutiennent la pêche industrielle en priorité, même si la pêche côtière fait vivre beaucoup plus de familles. Et le germon n’est pas l’espèce la plus à plaindre ; le thon obèse, a connu une réduction de 84% de sa population naturelle et est officiellement considéré comme surexploité par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), dans la même catégorie que le panda. Le thon rouge du Pacifique (blue fin tuna) a lui perdu plus de 97% de sa biomasse dans le Pacifique et est sur le point de disparaitre complètement de nos océans.

Que pouvons-nous faire face à la surpêche internationale?

Jérôme Petit : Des mesures concrètes devraient être prises à l’échelle du Pacifique de manière commune pour limiter les prises de chaque pays et assurer une durabilité des stocks. Des négociations internationales dans ce sens sont menées par les états de la région dans le cadre des commissions thonières. Mais ces organes obéissent à la règle du consensus et les mesures prises sont rarement à la hauteur des enjeux, car il y a toujours quelques pays pour bloquer les accords, les lobbies industriels étant très influents en arrière fond. Et bien que certaines espèces disparaissent littéralement des océans, les pays se livrent encore à une lutte sans merci pour exploiter les derniers poissons disponibles. C’est ce qu’on appelle la tragédie des biens communs : une surexploitation collective des ressources quand elles sont partagées et libres d’accès. Aucun pays ne souhaite limiter ses prises car, le thon étant mobile sur tout le Pacifique, on pense que tout ce qui n’est pas pêché dans ses eaux le sera fatalement dans les eaux du voisin. Pourtant le problème de la surpêche demande la prise de mesures rapides et efficaces. Et face à l’échec des négociations internationales, il est urgent de travailler à l’échelle de chaque pays. Les états et les experts membres de l’UICN ont recommandé récemment lors d’une conférence internationale à Hawaii de protéger entièrement 30% des habitats marins de la planète, aussi bien les lagons que les zones du large, pour continuer à tirer des bénéfices durables de ces écosystèmes. Des réserves marines sans pêche sont indispensables pour assurer la survie des espèces surexploitées comme le thon obèse et le thon rouge du Pacifique, pour lesquels une simple gestion des stocks n’est plus suffisante. Aujourd’hui, seuls 3% des océans sont officiellement protégés au niveau international ; l’effort est encore grand pour arriver à une protection optimale. Mais la situation évolue dans le Pacifique ; une dizaine de réserves marines océaniques ont déjà été créées chez nos voisins depuis dix ans (voir la Figure 3). Elles recouvrent environ sept millions de km² entièrement protégés aujourd’hui. Espérons que ce réseau de grandes réserves marines au large contribuera à sauver les stocks halieutiques du Pacifique et à maintenir une pêche durable pour les populations des îles.
Figure 2 : Captures de germons dans le Pacifique occidental et central de 1960 à 2012. (Source : Secrétariat de la Communauté du Pacifique - 2014).
Figure 2 : Captures de germons dans le Pacifique occidental et central de 1960 à 2012. (Source : Secrétariat de la Communauté du Pacifique - 2014).


Rédigé par Jérôme Petit le Mercredi 12 Octobre 2016 à 09:22 | Lu 3639 fois

Tags : PEW






1.Posté par hassan la sardine le 12/10/2016 10:41 | Alerter
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Une fois on nous dit que les réserves sont énormes (voir le ministre concerné), une autre fois que la pêche est excessive ...
Faudrait voir à ne pas nous prendre pour des thons !

2.Posté par FTHE le 12/10/2016 12:43 | Alerter
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Croyez vous que le thon a des frontières, pour quand suite il face leurs demande de visa, il faudrait être arrêt d'inventé qu'il y a une pêche excessive.!!!!!!

3.Posté par Manoa le 13/10/2016 08:41 | Alerter
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Les données des scientifiques et des commissions thonières sont là, les stocks de thons sont surexploités, y compris le thon blanc. Les ONG ne font que nous rappeler cette réalité. N'en déplaise à ceux qui s'obstinent à affirmer le contraire, ou au Pays et aux quelques investisseurs qui projettent encore doubler la production de pêche alors que la ressource s'effondre. Qu'en est-il de la viabilité écologique et économique de ces stratégies? Des bénéfices réels pour les polynésiens qui vivent de la pêche côtière? Et oui les poissons n'ont pas de frontières, la pénurie c'est pour tout le monde pareil. Alors la PF a largement de quoi faire des réserves marines dans sa ZEE pour agir concretement, comme ses voisins du Pacifique.

4.Posté par Aubrac le 13/10/2016 16:35 | Alerter
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Les raisons de la raréfaction des thons sont sans doute multiples, mais il y a une cause locale qui n'a pas été évoquée, En Polynésie, une loi de 2006 protège les requins qui sont les premiers prédateurs des jeunes thons... Il va falloir faire un choix ! La pêche aux requins serait sans doute plus fructueuse pour les pêcheurs, mais le consommateur apprécie moins la chair du squale, exceptés les ailerons très prisés des Asiatiques.

5.Posté par wakrap le 14/10/2016 08:04 | Alerter
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@4: oh! les écologogos par des lois mal foutues créeraient des problèmes? J'en suis tout retourné. Ceci dit, le requin n'est que peu comestible, tout juste 1/3 du poids, le reste est bon à jeter (dont le foi, énorme), rejeté à la mer à l'état de carcasse, il nourrit les autres poissons, dont les thons, mais chut, faut pas le dire.

6.Posté par Aubrac le 14/10/2016 14:34 | Alerter
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L'application des lois entraine souvent des effets pervers où le résultat escompté n'est non seulement pas atteint, mais où le remède est parfois pire que le mal.

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