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La Polynésie, mauvaise élève dans la gestion de l'épidémie de Covid-19



Tahiti, le 4 janvier 2021 - Alors que l’année 2020, marquée par la crise Covid, s’achève avec des espoirs de vaccination plus ou moins rapide, les gestions différentes de l’épidémie selon les territoires a donné lieu à des situations sanitaires très distinctes. Et la Polynésie n’apparait statistiquement pas comme la meilleure élève de sa classe.
 
Les proverbes ont des vertus et des vices. Ils permettent de simplifier des évidences en une phrase, mais ils peuvent également s’opposer. Si "on mange comme on travaille", on admet également que "qui dort dîne". La même opposition peut également intervenir dans l’analyse statistique. Si "comparaison n’est pas raison", il est cependant admis que "les chiffres ne mentent pas". Des adages contradictoires qui nécessitent de manier avec prudence, mais également avec intérêt, les données statistiques qui sont quotidiennement publiées dans le monde par les autorités sanitaires concernant l’épidémie de Covid-19. 

​Données multiples

Cet exercice de comparaison, certains internautes l’effectuent à petite échelle en comparant notamment le Polynésie à la Nouvelle-Calédonie ou à d’autres territoires ultramarins français. Le rapprochement avec la situation métropolitaine est également parfois de mise alors que les similitudes géographiques et démographiques sont peu pertinentes. Il reste que comparer est une façon de mettre en exergue les différents choix opérés par les pouvoirs publics et les conséquences économiques et sanitaires de ceux-ci. Les données statistiques, postées au quotidien, sont nombreuses. Le site Worldometer ou encore l’Université John Hopkins publient plusieurs fois par jour des données actualisées et sourcées permettant de suivre l’évolution de la pandémie, mais également des campagnes de tests et désormais de vaccination.
 
Un premier exercice consiste à comparer les données de la Polynésie par rapport à d’autres pays ou territoires insulaires. Les îles ont en effet une géographie relativement distincte avec une frontière liquide qui limite à elle seule les possibilités d’entrer sur le territoire. 

​La Polynésie, territoire insulaire le plus contaminé

Cette barrière naturelle, encore plus importante dans le Pacifique, permet un meilleur contrôle des entrées et sorties du territoire, ces dernières étant limitées à des accès par mer ou par air. En ne considérant que ces territoires insulaires, la Polynésie est, d’assez loin, la collectivité qui a connu le plus de personnes contaminées pour 100 000 habitants, depuis le début de l'épidémie, avec un taux de 6 008, au 31 décembre 2020. Elle devance l’île néerlandaise d’Aruba, située dans les Caraïbes, qui a un taux de 5 130 à la même date. Bien plus loin se trouvent les autres îles hollandaises du bassin caribéen (Curaçao, St Maarten) ainsi que Malte ou encore Mayotte et ses 276 000 habitants. Toutes ces îles ont cependant connu deux fois moins de cas de contamination que la population polynésienne. Les Maldives, Bahamas, Chypre ou la République dominicaine sont bien plus loin, mais avec un taux certes supérieur à la moyenne mondiale qui s’établissait fin décembre à 1 078 cas pour 100 000 habitants. Aucune autre île du Pacifique Sud que la Polynésie française ne figure dans les 50 territoires insulaires les plus contaminés. 
 
Le choix de maintenir les frontières fermées reste la règle. Le taux polynésien pourrait s’expliquer par une pratique de tests plus importante, mais ceci n’apparait pas être évident. À Aruba, il a ainsi été dénombré quelque 618 000 tests pour les 107 000 habitants soit un ratio de 4 tests par habitant. Ratio identique à St Maarten alors qu’à Malte, les 442 000 habitants ont en moyenne été testés 2,6 fois et les 343 000 Islandais environ 3,7 fois. En comparant avec d’autres territoires insulaires à climat tropical ou non, la Polynésie française a donc un niveau de contamination record, un constat amplifié en prenant en compte le nombre de tests.

​La sauvegarde du tourisme, pas un absolu

Relativement exemptée de première vague de contamination du fait de la fermeture des frontières en mars dernier, la Polynésie a connu sa "vraie" première vague en juillet après la réouverture du ciel dans l’espoir de relancer le tourisme. Au moment de ce choix stratégique, l’ISPF publiait une étude sur l’impact de l’industrie du tourisme sur l’économie du fenua. Il y était estimé qu’en 2018, les dépenses des touristes, étrangers et résidents, représentaient 8% du PIB de la Polynésie française. Un chiffre parfois multiplié, sans raison ni fondement méthodologique, par deux ou par trois sur les plateaux de télévision pour justifier par les pouvoirs publics de la réouverture nécessaire des frontières. Cette proportion de 8% est très éloignée de celle d’autres territoires insulaires qui, plus dépendants encore au tourisme, ont continué à faire le choix de l’isolement. Le tourisme contribue ainsi à hauteur de 32,5% aux Maldives, à 32% à Aruba, à 19,5% aux Bahamas ou encore, plus près de nos côtes, à 18,3% à Vanuatu selon le site Statista. Des pays donc plus fortement dépendants du tourisme que la Polynésie qui ont choisi de maintenir des mesures drastiques à l’entrée de leur territoire. 
 
Aux Seychelles, les quelque 100 000 habitants accueillent environ 350 000 touristes à l’année. Le tourisme représente ainsi 26,4% du PIB de l’archipel, mais les autorités ont mis en place des mesures plus ou moins drastiques selon le pays de provenance. Elles ont été mises à jour le 1er janvier 2021. Un touriste français, venant d’un pays à haut risque, devra ainsi faire un test PCR dans les 48 heures précédant son arrivée puis rester six jours, sans autorisation d’en sortir, dans un des hébergements agréés et organisés pour les accueillir, avant de pouvoir poursuivre son séjour librement sur l’ensemble du territoire. 
 
À Curaçao, les 165 000 habitants avaient accueilli plus d’un million de touristes, surtout américains, en 2019. Ouvert à quelques ressortissants d’autres îles des Caraïbes peu contaminées, Curaçao avait ensuite décidé de mettre en place une quatorzaine stricte et de plafonner l’accueil à 10 000 touristes maximum sur le reste de l’année 2020 en provenance seulement de 23 pays à risque moyen. Depuis le 1er janvier 2021 seulement, certaines restrictions disparaissent, mais l’obligation de test préalable et d’utilisation d’applications de localisation subsiste.

​Décès : La Polynésie se rapproche du macabre podium

La contamination ne signifie pas létalité. Le nombre de décès n’est pas fortement corrélé au nombre de personnes contaminées. Les comorbidités et la qualité du système de soin peuvent ainsi influer, en accentuant ou en limitant, sur le nombre de décès liés à la Covid-19. Les territoires insulaires ne sont ainsi pas tous dotés de services de soins de qualité égale et les modes de vie et d’alimentation diffèrent, que l’on réside en Méditerranée, dans les Caraïbes ou dans le Pacifique Sud. Il peut être également opéré une comparaison en fonction de la taille des populations des territoires. La population polynésienne est d’environ 285 000 habitants. En considérant les pays et territoires dont la population est comprise entre 100 000 et 500 000 habitants, il est ainsi possible de comparer le fenua avec des territoires, insulaires ou non, et dont le niveau de peuplement est proche.
 
Dans cette tranche de population, la Polynésie était, au 31 décembre dernier, classée cinquième au nombre de décès avec 40,5 décès pour 100 000 habitants, à courte portée (45,8) du funèbre podium. Au sein de ces petits territoires, Belize et ses 401 000 habitants connait donc un taux de décès liés au Covid de 61,8 et devance Malte (49,5) et Aruba. Ces trois territoires avaient cependant connu plusieurs décès liés au coronavirus dès le mois d’avril 2020. Une situation sanitaire peu favorable qui peut expliquer un renforcement des mises en garde par les autorités américaines. 
 
En août dernier, la Center for Disease Control and Prevention (CDC), l’agence fédérale américaine en charge de la gestion des périodes de crise, avait diffusé un communiqué recommandant aux citoyens américains de ne faire aucun déplacement non essentiel à destination de la Polynésie. Début décembre, la CDC a revu sa notation et a placé la Polynésie dans la catégorie "très haut niveau de risques". La destination est donc "redlistée". L’agence américaine conseille ainsi à ses ressortissants de ne faire aucun déplacement vers ces destinations. Un coup dur compte tenu du fait que les États-Unis représentaient en 2019 le premier marché émetteur en termes de tourisme et un conseil qui pourrait ainsi inciter les voyageurs, américains ou autres, à privilégier des destinations concurrentes. Les îles des Seychelles présentent quant à elles un risque "modéré" selon la CDC, tout comme la Barbade, la Dominique ou l’Île Maurice. Autres stratégies, autres statistiques et donc autres résultats.

La Polynésie française en rouge vif

Le Center for Disease Control and Prevention, l’agence sanitaire américaine, établit depuis le début de la crise sanitaire des notices de voyage à destination de leurs ressortissants avait de prévenir les risques épidémiques liées à la réalisation de déplacement à l’étranger. Mises à jour fréquemment, ces fiches avaient ainsi donné lieu à un classement de la Polynésie en niveau, 3 le 17 août dernier, après l’apparition des premiers cas suite à la réouverture des frontières ordonnées à la mi-juillet. Il y était indiqué que "le risque de COVID-19 en Polynésie française est élevé", un classement également motivé par les faibles moyens sanitaires du Pays. Fin novembre, la CDC a revu sa méthode de classification. Un niveau 4, de "très haut niveau de risques", est ainsi apparu. Le classement des pays dans chacun des niveaux se fait sur la base de la surveillance des indicateurs statistiques. Ainsi, un taux d’incidence supérieur à 100 constaté sur un territoire de plus de 200 000 habitants conduit à son classement au nombre des pays à "très haut niveau de risques". Un taux d’incidence compris entre 5 et 50 conduit à un classement en niveau 2 "modéré". Le 2 décembre dernier, la CDC a ainsi modifié défavorablement le classement de la Polynésie. Un critère sur le taux d’hospitalisation et le taux de positivité au test est également utilisé en second lieu. De rouge (niveau 3), le fenua est désormais placé en rouge vif (niveau 4), au même niveau que la métropole, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion ou encore la Guyane. L’agence conseille ainsi de ne faire aucun déplacement non-essentiel dans les territoires classés dans cet ultime niveau de gravité sanitaire. Les chiffres du Covid-19 en Polynésie ne laissent pas présager une réduction de la notation sanitaire à court terme.

Rédigé par Sébastien Petit le Lundi 4 Janvier 2021 à 22:00 | Lu 7032 fois





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