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L'autre bagarre mortelle à Huahine


L'autre bagarre mortelle à Huahine

Tahiti, le 2 juin 2021 - Témoins et experts se sont succédés à la barre, dans une nouvelle affaire de coups mortels à Huahine. La bagarre avait éclaté aux abords d'une maison abandonnée de Maeva, en juin 2017.


 

 

 

Triste coïncidence, la cour d'assises se penche pour la seconde fois cette semaine sur une bagarre mortelle ayant eu lieu à Huahine. L'accusé avait passé dix jours à Nuutania, avant d'être placé sous contrôle judiciaire pendant quatre ans, jusqu'à son procès ce mercredi. La nuit du 3 juin 2017 dans le district de Maeva à Huahine, la belle-mère d'Hugues Maui, la victime, prévient le dispensaire et la gendarmerie. Son gendre a été ramené chez lui dans la benne d'un pickup. Il avait plus de 2 grammes d'alcool dans le sang. Les militaires retrouvent le père de famille de 43 ans au sol, inanimé. Du sang coule de son nez et de sa joue gauche, son nez est éclaté et son visage est tuméfié. A 3h30, malgré la tentative du médecin de le réanimer, le décès est constaté. Le médecin légiste conclut à une mort par asphyxie,car la victime s'était étouffée avec des reflux gastriques. Il avait précisé que le traumatisme cranio-facial seul, n'était pas à l'origine du décès.

Blanc”, de son surnom, avait croisé la route de Tuare Maui plus tôt dans la soirée. Ils s'étaient battus près d'une maison abandonnée, où quelques badauds s'adonnaient au kikiri, un jeu d'argent illégal. ll n'y a aucun témoin visuel, ce qui complique la compréhension de l'altercation. Pour l'accusé, âgé de 47 ans au moment des faits, c'est “Blanc” qui l'a provoqué. Il affirme au départ avoir accepté un combat pour le jeu”, puis revient sur ses déclarations en expliquant qu'il cherchait à se défendre de la victime. "Il cherchait souvent la bagarre ? Avait une mauvaise réputation à Maeva?”, demande la présidente à l'un des hommes présents ce soir-là. Réponse évasive du témoin.

Le soir de l'altercation, Hugues Maui, manutentionnaire de profession, avait conservé ses chaussures de sécurité. Pourtant, l'accusé ne présente pas de lésions attestant de coups reçus. Il n'a que des écorchures sur les phalanges, mais déclare avoir un problème au genou depuis l'incident.


 

Ses sœurs le décrivent comme “violent et orgueilleux”.


 

Son passé pénal est évoqué à l'audience. Tuare Maui a plusieurs condamnations à son casier judiciaire. Dans les années 1990, pour détention de pakalolo d'abord. Puis de l'attentat à la pudeur, du vol avec violence, et une condamnation à dix ans de réclusion pour un viol en 2001. Il avait purgé une partie de sa peine en métropole, dans les centres de détention de Saint-Martin de Ré et Nantes.

Les relations avec sa famille sont compliquées. Les sœurs de l'accusé le décrivent comme “violent et orgueilleux”. Au contraire, un des témoins auditionnés aux assises, le responsable du club d'haltérophilie de Huahine où s'entraîne le mis en cause, livre qu'il n'est pas quelqu'un d'agressif: “Je savais qu'il avait des problèmes, mais je ne l'ai jamais vu répondre ou chercher la bagarre”. Tuare Maui avait ponctuellement travaillé comme agent de sécurité avec lui. Sans heurts, d'après son témoignage. L'hypothèse d'un conflit ancien, avec une altercation entre les deux protagonistes en 2014 ou 2015 est évoquée. Tuare Maui présente ses excuses à la famille et parle d'un accident avec une série de coups échangés : “C'est sûrement ma faute à moi aussi. Mais pour moi, c'était une défense”.

Témoins et experts continueront à se succéder à la barre demain. Les avocats plaideront. Le ministère rendra ses réquisitions. La cour et les jurés, leur verdict. Tuare Maui encourt 15 ans de réclusion pour “blessure volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner”.


Rédigé par Valentin Guelet le Jeudi 3 Juin 2021 à 11:05 | Lu 2086 fois