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L’armée de terre toujours autant attractive


TAHITI, le 7 novembre 2021 - La Polynésie française est un vivier de recrutement pour l’armée. Et les deux années qui viennent de s’écouler n’y ont rien changé. Vingt-trois nouvelles recrues de Tahiti et des îles viennent tout juste d’intégrer leur centre de formation initiale des militaires du rang en métropole. Ils sont répartis aux quatre coins de la France.

Vingt-trois nouvelles recrues de l’armée de terre ont signé leur contrat la semaine dernière. Ils ont, le soir-même, pris un vol direction Paris. Là, ils étaient attendus. Le personnel de l’armée les a reçu et aiguillé vers leur train respectif, direction leur Centre de formation initiale des militaires du rang, le Cefim. Cette semaine, riche en émotion, clos un parcours entamé pour certains il y a un an.

L’armée en général, l’armée de terre en particulier, est toujours aussi attractive pour les Polynésiens. Le recrutement est continu et permanent. Tahiti et les îles sont “des viviers” décrit l’adjudant-chef Mickaël Louise. Il est chef du Centre de recrutement (Cirfa). En métropole, les centres recrutement retiennent en moyenne une centaine de nouveaux agents chaque année. En Polynésie, les chiffres tournent plutôt autour de 3 ou 400. À l’échelle de la France, pour l’armée de terre, de l’air et la marine, 16 000 postes ont été offerts en 2021, ils seront 14 000 en 2022.

Aucun diplôme requis

Si le parcours est si long, c’est que les étapes sont nombreuses. Pour enclencher la dynamique, il suffit que le candidat se présente, qu’il se fasse connaître auprès de l’armée. Un bureau à Arue reçoit des candidats en permanence. “Nous menons aussi des missions de recrutement et de prospection dans les îles”, complète le chef de centre. “Nous sollicitons les mairies sur place pour organiser ces missions.” Personne n’est oublié. Pour se présenter, le candidat doit avoir moins de 30 ans. Il n’a pas à présenter de diplôme. S’il peut justifier d’un bac + 5, l’âge limite de candidature est repoussé à 32. Dans l’idéal, mieux vaut se présenter avant l’âge limite car la date d’anniversaire du candidat est le jour avant lequel la signature du contrat d’engagement doit avoir lieu.

Plus de 100 métiers


Une première information collective permet de présenter l’armée aux candidats. “Nous proposons plus de 100 métiers”, rappelle le chef de centre. Elle dure un peu moins de deux heures. Ensuite, un test psychotechnique est programmé. Les délais sont variables entre la première information collective puis les différents rendez-vous suivants.

Chaque étape est rédhibitoire. En cas d’échec, le recrutement s’arrête. Après la théorie, un dossier administratif est ouvert et une visite médicale est fixée. Si le candidat est apte, il peut alors passer les épreuves sportives. Enfin, un entretien est donné. Il permet au candidat de choisir son métier. “Nous demandons à chacun de venir avec au moins trois idées et nous les orientons ou les réorientons au besoin.” Pour certains métiers, il faut déjà quelques bases comme pour la cuisine par exemple.

La crise liée au Covid n’a pas freiné les recrutements. Le nombre de candidats est même en hausse depuis plusieurs mois. “Plus de 30 %”, évalue l’adjudant-chef Mickaël Louise qui constate également que les candidats sont de plus en plus diplômés. “De ce fait, la sélection est de plus en plus dure.”

Lors des différents échanges avec les candidats, tout au long de leur parcours, les recruteurs n’ont de cesse de décrire le quotidien à l’armée, les exigences et contraintes de cette institution, les attentes, mais aussi la fierté que les engagés peuvent éprouver. En parallèle, ils rassurent, rappelant que l’armée est une grande famille qui ne laisse jamais personne au bord de la route et qu’elle a dans ses rangs une grande communauté de Polynésiens. Chaque nouvelle recrue est parrainée par l’un des membres de cette communauté dans son Cirfa.

Un premier contrat de cinq ans

Les 23 nouvelles recrues, comme toutes celles qui les ont précédées et comme celles qui suivront, ont signé leur contrat d’engagement mardi dernier. Ce contrat commence par une période d’essai de six mois et dure cinq ans. Il est renouvelable automatiquement si l’engagé ne souhaite pas quitter l’armée. “En général, une fois engagés, les Polynésiens ne reviennent pas avant au moins dix ans. Nous enregistrons moins de 10% de départs anticipés”, indique l’adjudant-chef.

Les nouvelles recrues ont pris l’avion le soir-même et ont été accueillies 24 heures plus tard à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. En solo ou en duo en fonction des affectations, chaque recrue a pris le chemin de son Cefim. Il en existe douze en France. Les engagés ont alors trois mois de formation militaire de base avant de pouvoir se former dans leur métier. Opérationnels, ils peuvent enchaîner avec leurs premières missions avant même la formation métier (entre un et six mois selon spécialité).





Astrid Terii, 23 ans

Elle vivait à Bora Bora jusqu’à mardi dernier. Elle laisse sur son île trois enfants de 1, 3 et 4 ans. Mais elle n’a pas le choix. Elle n’a pas suivi d’études, s’est arrêtée après avoir obtenu le Diplôme national du brevet (DNB). “C’est trop long de trouver du travail.” Elle n’a rien trouvé de pérenne et a saisi l’occasion offerte par l’armée.

Son parcours de recrutement a été un peu “long”. Il a duré plusieurs mois. Sur place, elle ne connaît personne encore. “Je n’ai même jamais été en France.” C’est donc avec une certaine appréhension qu’elle a quitté le territoire. Elle aurait aimé être maître-chien, mais a finalement intégré le 8e régiment du matériel.

L’armée de terre toujours autant attractive
Pierre Tufaunui, 19 ans

Il intègre le 92 Régiment d’infanterie. Originaire d’Apataki, il connaît déjà le milieu pour avoir intégré le RSMA de Tubuai. Il a démarré son parcours de recrutement au sein de l’armée de terre en novembre 2020. L’étape la plus délicate a été la partie théorique. Tout le reste, le sport notamment, ne lui a posé aucun problème. Malgré un premier pied posé dans l’armée via le RSMA, il lui a fallu suivre un parcours de recrutement complet.

Il a essayé de travailler dans une ferme perlière avant tout cela mais cela “ne m’a pas plu”. Une partie de sa famille est déjà engagée et il aimerait que celle-ci soit “fière” de lui, “qu’elle ait une autre image de moi”. Et puis, il voulait “sortir de la Polynésie, découvrir autre chose”.


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FB : Toa Nui Maohi
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Rédigé par Delphine Barrais le Dimanche 7 Novembre 2021 à 20:05 | Lu 2085 fois