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L'alcool vacciné contre la crise



Tahiti, le 10 janvier 2021 - Alors que les restrictions sur sa vente n'ont pas été levées, les importations d'alcool fort en 2020 ont été supérieures à celles de 2019. Parallèlement, du fait de restrictions sur les établissements, notamment les discothèques et les restaurants, la demande des consommateurs polynésiens s'est reportée sur les magasins où, selon les chiffres de l'ISPF, les prix ont grimpé.

Les restrictions sur la vente d'alcool, mises en place dès le début de la crise sanitaire, ne sont pas des initiatives isolées. L'interdiction en date du 23 mars dernier s'est assouplie mais les tentations restrictives ne datent pas de l'entrée de la Polynésie en confinement. Depuis plusieurs années, réglementation et taxation sont deux outils utilisés par l'exécutif pour tenter de réduire la consommation d'alcool au fenua. En vin, c'est dorénavant le cas. En vain, semble-t-il, pour le reste.

Ivresse de réglementation et de restrictions

En septembre 2017, le gouvernement avait distillé un petit projet de loi du pays relatif à la prévention des risques liés à l'alcool et aux stupéfiants. Le texte, qui comportait son chapelet d'interdictions et de sanctions notamment en entreprise, recevra un avis défavorable du Conseil économique social et culturel (CESC), l'institution le trouvant alambiqué. Elle conclura notamment qu'"il est nécessaire que les différents acteurs du monde professionnel s'engagent dans des dispositifs de prévention tenant compte des droits et surtout des obligations et des responsabilités de chacun". Saoulé d'arguments contraires, le gouvernement a abandonné son texte quelque peu bouchonné. Mais, moins de trois ans plus tard, l'ivresse réglementaire reprend le dessus. Le vieil arrêté de 1961 fixant les heures d'ouverture des débits de boissons a été modifié à plusieurs reprises au cours de l'année 2020 pour interdire, puis restreindre la vente d'alcool à une plage horaire réduite, allant également jusqu'à distinguer les cavistes des autres points de vente. 

Un joujou réglementaire dont l'usage intempestif a même été attaqué au tribunal administratif par deux magasins du groupe Wane. À la barre, leur avocat, Me Millet, a évoqué le fait que le Pays "entretient une relation particulière avec la vente d'alcool" avec des mesures plus politiques que sanitaires. Il dénonçait "l'incurie du gouvernement" incapable de justifier la mesure autrement que pour faire plaisir aux maires. L'avocat constatait qu'"aucune étude, aucun chiffre, aucun fait sur la consommation d'alcool en Polynésie ne vient appuyer cette restriction". Une affirmation partagée par un ancien haut-cadre de la santé pour qui "aucune étude ne s'est intéressée aux raisons qui poussent les Polynésiens à boire de l'alcool, que ce soit par exemple le stress au travail, la pauvreté, le désespoir…". Une sécheresse des données qui ne s'accompagne pas d'une abstinence réglementaire. En effet, un début de réforme fiscale avait cependant été engagé fin 2018 sur les alcools. La fiscalité sur le vin sera ainsi modifiée à compter de mars 2019, conduisant à une baisse des importations de -22,1% en deux ans et la quasi-disparition des vins d'entrée de gamme. Le chantier ainsi ouvert n'est pas encore clos puisqu'il faut encore se pencher sur le cœur du marché polynésien. La bière y représente en effet environ 70% de l'alcool consommé, vins et spiritueux se partageant équitablement avec 15% le reste du marché.

Reports de consommation à la maison

L'alcool vacciné contre la crise
La réglementation, qu'elle soit fiscale ou liée aux modes de commercialisation en magasin, a ainsi connu d'importantes évolutions qui n'ont pas conduit à la révolution. Si elle a fait quelque peu tituber importateurs et consommateurs dans un premier temps, ils ont su s'adapter à la situation. Les importations d'alcools forts ont ainsi été plus élevées en 2020 par rapport à 2019 ou 2018 (voir encadré), que ce soit pour le whisky, le rhum ou les liqueurs. Elles semblent donc au premier abord peu sensibles à la crise et aux mesures de restrictions mises en place. Les consommateurs polynésiens ont en effet de la ressource. Entendez par là, non la capacité de stockage, mais plutôt la capacité d'adaptation aux circonstances. Selon Fabrice Baffou, président de l'Union des importateurs de Polynésie française (UIPF), les restrictions horaires sont certes "un frein à la consommation" mais "il y a eu une adaptation de la clientèle à moyen terme", en trois mois.

Les Polynésiens ont largement pu montrer leur faculté de résilience tant prêchée par les décideurs publics. Selon Fabrice Baffou, "il y a eu des reports de consommation multiples". En premier lieu, les restrictions sur les voyages ont pesé. "Ce que les gens n'ont pas dépensé en voyage, ils l'ont dépensé ici" et "tous les achats d'alcool qui n'ont pas pu être faits en duty free ont été effectués dans les magasins ici". Sans être pour l'instant chiffrable, cette impossibilité d'acheter hors taxes, notamment à l'arrivée des vols internationaux, est un élément "non négligeable" mais pas unique qui a poussé les Polynésiens à fréquenter plus assidument les rayons alcools des commerces locaux.

Autre phénomène également important : la fermeture des établissements de restauration et des discothèques. Dans ces lieux de vente d'alcool, la consommation a chuté sur l'année 2020 respectivement de l'ordre de -20% et de -50%. Ces difficultés pour consommer en extérieur ont orienté les Polynésiens vers les commerces pour rentrer boire à la maison. En poussant le bouchon un peu plus loin, les buveurs préfèrent jouer à domicile en ayant l'avantage du terrain.

Des prix qui grimpent pour les alcools forts

L'alcool vacciné contre la crise
Reste que cette ruée, toute relative, dans les magasins n'est pas sans incidence. Faute de relevé de prix par la Direction générale des Affaires économiques, alors que l'alcool représente une part importante du panier alimentaire des ménages selon l'Institut de la Statistique de Polynésie française (ISPF), l'indice des prix à la consommation de l'ISPF est le seul baromètre. Décomposé en distinguant la bière, les vins de qualité supérieure et de consommation courante ainsi que les liqueurs et autres spiritueux, il permet d'apprécier les évolutions des prix de ces différentes catégories. Impacté par la nouvelle fiscalité, le prix des vins de consommation courante a ainsi immédiatement augmenté de plus de 15 points en mars 2019. Une hausse du prix de la bière, sans lien avec le Covid-19 est intervenue en février 2020. Plus significative, la hausse des prix constatée sur les alcools forts. Quasiment stable entre janvier 2018 et février 2020, l'indice Liqueurs et autres spiritueux a connu une forte hausse dès les premières restrictions imposées. Dès juin, les prix des liqueurs et autres spiritueux avaient ainsi grimpé de +19% par rapport à leur niveau d'avant crise sanitaire, trois mois plus tôt.

Selon Fabrice Baffou, "il n'y a pas eu de hausse de prix chez les grossistes-importateurs". Cette évolution des prix "s'explique vraisemblablement par moins de promotions sur ces alcools en magasin". Une affirmation qui rejoint celle, plus générale, faite par Nancy Wane, directrice du groupe Wane, dans l'interview accordée à Tahiti Infos le 7 janvier dernier. Elle indiquait ainsi qu'"en magasin, il y a normalement des plans de promotion. À partir du moment où on est entré dans la crise du Covid, on a dû arrêter". La loi de l'offre et de la demande a encore fonctionné à plein. Plus la demande est forte, moins les magasins sont disposés à baisser les prix et à abreuver leurs clients d'offres promotionnelles. Les restrictions sur les ventes d'alcool semblent donc avoir peu perturbé le niveau global de la consommation locale. Il aura probablement eu plus d'incidence sur le portefeuille des ménages.

Hausse des importations d'alcools forts en 2020

Les importations d'alcools forts ne semblent pas trop avoir subi les restrictions édictées par le gouvernement au cours de l'année passée. Selon les derniers chiffres du service des douanes, arrêtés au 31 décembre, que met en ligne l'ISPF, les importations d'alcools forts (nomenclature 22.07 et 22.08) ont augmenté tant en valeur (+11,1%) qu'en volume (+11%). Par rapport à 2018, la hausse est de +15,5% environ.

Si elles ont été, comme le reste de l'économie, pénalisées au cours du second trimestre 2020, un rattrapage est constaté au cours du second semestre au point de dépasser les chiffres de 2019. Ainsi, pour le whisky, sur les six premiers mois de l'année, les importations étaient en baisse de -14,2% mais, entre juillet et décembre, elles ont été supérieures de +18,4% par rapport à 2019. Sur un an, les volumes importés de rhum augmentent ainsi de +1,7% et pour le whisky de +4,7%. Pour les liqueurs, catégorie qui regroupe les alcools aromatisés (miel, fraise, etc.), la hausse est de +28,6%. Pour la vodka, dont les volumes importés sont moindres, les importations chutent d'environ -21% en volume et en valeur.

Tous alcools confondus, en incluant le vin et la bière, il est constaté une hausse en valeur (+2,6%) mais une baisse importante en volume (-10,7%). Cette baisse est quasi-exclusivement due aux effets de la fiscalité sur le vin début 2019. Cette réforme a conduit à une chute des importations de vin de près d'un quart en deux ans, avec -13,9% sur la seule année 2020. En magasin, un report de consommation sur la bière, qui vient quasi-exclusivement de la production locale, est constatée.

Le Brexit et les effets sur l'alcool

Difficile encore de savoir si cela aura des effets sur la consommation mais le Brexit aura des conséquences sur quelques étiquettes au rayon alcool. La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) entraîne en effet un changement des droits de douane applicables sur les produits importés depuis ce désormais ex-membre de l'UE. De 2%, les whiskys écossais, comme le très répandu Johnny Walker, et autres alcools produits par les distilleurs britanniques vont désormais devoir supporter des droits de 15%. Un changement de taux qui va donc avoir un impact sur l'étiquette. Une hausse de 4 à 5% dans les rayons polynésiens sur ces produits est ainsi à prévoir.

Rédigé par Sébastien Petit le Lundi 11 Janvier 2021 à 05:35 | Lu 3393 fois





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