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L'UPF, mal classée mais adaptée au fenua



L'UPF, mal classée mais adaptée au fenua
Tahiti, le 20 août 2020 - Taux de passage en deuxième année de licence, recherche universitaire ou attractivité auprès des recruteurs : le média étudiant Thotis place l'UPF tout en bas de son classement sur 66 universités françaises. Des critères “très centrés sur la métropole” rétorque le président de l'université, pointant du doigt la sélection stricte de ses concurrents, et la densité de l'offre de formation sur l'hexagone.

Cette année encore, l'UPF arrive en queue de peloton. Dans son classement des universités françaises, le média étudiant Thotis la place à la peu enviée 66e (et dernière) position, derrière celle de Guyane (65e) et celle de la Réunion (57e). Mais elle a au moins le mérite d'être là. Sur le prestigieux palmarès de Shanghai, l'UPF est carrément écartée, tout comme les petites universités de la région ou des Dom-Tom. A l'instar de la Nouvelle-Calédonie (curieusement exclue du classement Thotis), de la Réunion ou des Antilles françaises.

Pas  étonnant pour les universitaires de la place, qui pointent les critères du classement. À commencer par les taux de passage en deuxième année de licence. “C'est évident que la  Polynésie comme la Calédonie n'auront pas de bons résultats vu la quantité de bac pro qu'elles accueillent” commente un chercheur. Il faut dire que les bac pro sont moins armés  que leurs confrères généralistes. Et avec 0,5% de réussite en première année de licence, ils  ne tirent pas les statistiques vers le haut. “Les université de France sont beaucoup plus  sélectives, et les bac pro ont d'autres offres de formations que l'université, argumente Patrick Capolsini, président de l'UPF. Ces étudiants n'ont à peu près aucune chance de  réussir en licence générale.”

Une université “de proximité”

Il est vrai que si l'université compte 6 à 8 % de bac pro dans ses rangs, elle accueille également beaucoup de bac techno, ainsi que tous les bacheliers refoulés des BTS. Ce qui commence à faire beaucoup rapporté aux universités de métropole, où l'offre de  formation est autrement plus large. À cela s'ajoute le fait qu'environ 50% des étudiants de  première année ne se présentent pas aux examens. Malgré tout, l'UPF a “l’obligation” d’accepter tous les bacheliers qui souhaitent s’inscrire. Elle se positionne dès lors comme une université “de proximité”, qui “ne fait pas de discrimination” , et qui présente  l'avantage d'être gratuite pour les boursiers. D'où l'affluence d'étudiants  “qui n'ont rien à faire là” indique un observateur. Ce qui ne veut pas dire que c'est la plus mauvaise université de France. Car si l'UPF  accueille tout le monde, elle se défend de pouvoir garantir la réussite de toute une tranche d'étudiants venus là “par défaut” . “Il y en a pourtant beaucoup plus qu'ailleurs, observe un chercheur. Beaucoup y vont pour ne pas se retrouver à la rue, ou au chômage, être à  l'université finalement confère un statut.”

Une problématique que rencontrent “toutes les facultés d'outre-mer”, selon Patrick  Capolsini. Pas de doute, l'UPF “ne rentre pas dans les critères des classements”, et encore moins dans ceux de Thotis, dont “ l'excellence universitaire” se mesure aussi au nombre de publications. Tout comme Shanghai classe les 1 000 meilleurs établissements d’enseignement supérieur du monde sur la base de performances académiques : le nombre de Nobel, de chercheurs les plus cités dans leur discipline, d’articles publiés, indexés ou cités, et enfin, des performances par étudiant. “On est 90 enseignants chercheurs, c'est complètement délirant de faire cette comparaison avec des universités qui en comptent 3 000” s'impatiente le président de l'UPF. 

“L'attractivité auprès des recruteurs via Linkedin”

Plus étonnant encore, Thotis tient compte d'un critère un peu plus sophistiqué que les classements habituels. Celui de “l'attractivité auprès des recruteurs via Linkedin” et “auprès des lycéens via Parcoursup”. De quoi laisser le président de l'UPF perplexe. “Je suis très sceptique sur ce genre de critères et comment ils sont pondérés. Là, ils mélangent les choux et les carottes.” Difficile effectivement pour l'UPF de rivaliser avec ses quelques 2 600 abonnés. LinkedIn pèse pourtant aussi lourd qu'Instagram sur le fenua, avec très exactement 50 950 Polynésiens en juillet 2020, dont 66,7% entre 25 et 34 ans et 16,7% entre 18 et 24 ans. “Les recruteurs ne passent pas du  tout par LinkedIn ici, c'est quand même très centré sur la métropole”  tranche Patrick Capolsini.

L'UPF fait pourtant des efforts pour se défaire de cette image “généraliste” qui lui colle à la peau, essayant d'être en adéquation avec le marché du travail. En témoigne le lancement de nombreux DU (diplôme universitaire) sur deux ans qui ouvrent des fenêtres d'insertion  professionnelle. Ou les licences professionnelles (e-commerce, tourisme, maîtrise de l'énergie, métiers de l'informatique, etc). Seulement voilà, ces diplômes ne sont pas comptabilisés dans les classements. Et si l'UPF fait de son mieux pour identifier les besoins du marché, elle ne peut pas non plus se permettre de maintenir certaines formations  ad vitam æternam. “On sature très vite le marché de l'emploi, justifie Patrick Capolsini. On ne peut pas s'amuser à sortir des promos de 30 étudiants tous les ans, sur des emplois de niche” .
 

Patrick Capolsini, président de l'UPF : “En valeur absolue, on sera toujours dans les derniers”

Beaucoup de bac pro et de bac techno rejoignent l'UPF, ont-ils d'autres choix ?
Leur solution c'est souvent l'université, et on ne les refuse pas, ils ont leur place chez nous. Mais on a une pyramide bac généraux, bac pro et bac techno qui n'est pas du tout  comparable à ce qu'on trouve en métropole. Les bac pro n'ont presque aucune chance de  réussite en licence générale. On a mis en place des filières de DUT pour pouvoir les  accueillir, mais c'est certains bac techno qui réussissent. Pas tous. On a beaucoup d'échecs de ce côté là.

C'est normal si l'UPF est toujours dans les derniers ?
En valeur absolue, on sera toujours dans les derniers, comme toutes les universités d'Outre-mer parce qu'ils ont la même problématique que nous : beaucoup de bac pro et de bac techno. Après, le ministère de tutelle fait une correction de ces chiffres en fonction des types de baccalauréat (L, S, ES) et des origines socio-professionnelles. Autant on est systématiquement dans les derniers en données brutes , autant en données corrigées on arrive en milieu de tableau. Un étudiant qui arrive d'un bac général réussi à peu près aussi bien que ceux de métropole. Si on regarde les chiffres de manière brut, en valeur absolu, on sera toujours dans les derniers, et on y restera très honnêtement. 

Les critères de Thotis ne sont pas pertinents ?
Ils ne sont pas adaptés à une université de notre taille, et des étudiants que nous avons. Pour moi ce qui est significatif, c'est qu'on trouve systématiquement les universités des Outre-mer tout en bas de ces classements-là, précisément parce qu'elles ont des typologies différentes de la métropole. 

Qu'est-ce que l'UPF peut faire pour tirer ces chiffres vers le haut ?
On a ouvert pas mal de DUT, mais ils ne sont pas comptabilisés dans ces classements qui ne tiennent compte que des licences et des masters. On a aussi ouvert quatre licences professionnelles ou on recrute essentiellement des bacs technos (STMG), il y a un effort qui a été fait par le pays sur l'accueil des bac pro en BTS. Ensuite on a mis en place des parcours adaptés pour les néo-bacheliers dont les compétences ne sont pas suffisantes pour intégrer une première année, là on leur impose de passer par une année intermédiaire de préparation, où ils reprennent les bases et où ils sont très encadrés. 

Etant donné que les classements ne comptent que les licences et les masters, comment améliorer les résultats de ce côté là ?
Je ne sais pas trop où est notre marge de progression. Nous sommes une université de proximité, et on est la seule université. On a 13 licences, mais on ne fait pas tout, et on ne peut pas tout faire.

Les universités côtées de la région

Comme d'habitude dans les classements, les grandes universités anglosaxonnes se taillent la part du lion. Ainsi Harvard caracole chaque année en tête du palmarès de Shanghai. C'est vrai également à l'échelle de l'Océanie, où les universités australiennes et kiwi s'approprient le podium. 35e au classement générale de Shanghai, l'Université de Melbourne arrive en tête des universités d'Océanie, devant l'université du Queensland, et l'université nationale de l'Australie. Chez nos voisins de Aotearoa, l'université d'Auckland est la mieux notée du pays. Toujours dans la région, à la 300e place au classement général (sur 1000), on note l'université de Hawaii, qui arrive à la 95e place à l'échelle de son pays de tutelle, les États-Unis. Pas de trace en revanche de l'université du Pacific sud à Suva Fidji, ni de celle de la Nouvelle-Calédonie, dont le niveau est à peu près équivalent à celui de l'UPF, et qui n'est d'ailleurs jamais très loin dans les classements.
 


Les points forts de la recherche

Dernière des classements, l'UPF n'a pas à rougir de son niveau d'expertise dans le domaine notamment de la culture de l'Océanie. Spécificité de la Polynésie, l'université est la seule à proposer un master en langues, cultures et civilisation océaniennes. Au sein du Criobe (centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement), qui pilote le laboratoire d'excellence corail, elle est également à la pointe de la recherche sur la biodiversité marine et les énergies renouvelables. Elle a poursuivi ses efforts avec la maison des sciences de l'homme du Pacifique, officiellement créée le 1er janvier 2017, qui permet de structurer et de renforcer les sciences humaines et sociales en Polynésie.
Enfin, l'UPF a produit quelques petits génies, notamment via des parcours d'excellence comme le CUPGE, une prépa universitaire aux grandes écoles d'ingénieur. Les élèves des deux promotions de la formation ont tousdécroché un ticket d'entrée dans une grande école, dont Polytechnique Grenoble, ENS ULM, Sup Galilée, ou Toulouse INP.
 

Rédigé par Esther Cunéo le Jeudi 20 Août 2020 à 09:37 | Lu 6543 fois





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