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Jon Sanders à Tahiti, 81 ans et 11 tours du monde



Tahiti, le 6 septembre 2020 - En escale à Tahiti, Jon Sanders est sur le point de boucler son onzième tour du monde en solitaire. Un exploit, à 81 ans. Associé cette fois au programme #NoPlasticWaste, avec l'université Curtin, à Perth, la légende australienne de la voile prélève du microplastique sur son passage.

"Dieu que c'est dur. Le bateau est secoué dans tous les sens. Je suis venu à Papeete plusieurs fois mais là, c'est particulièrement difficile… du fait d'une mer agitée et d'une grosse houle. Peut-être que je ne suis encore jamais venu en août", raconte Jon Sanders dans son journal de bord. Son entrée dans le port de Papeete le 22 août dernier, à bord du Perie Banou 2, est donc vécue comme une petite délivrance. Et une pause nécessaire pour cette icône de la voile australienne qui a fêté son 81e anniversaire le mois dernier. Parti du port de Fremantle à Perth (Australie-Occidentale) le 3 novembre, il a déjà parcouru 18 241 milles marins, soit les deux tiers de son voyage. Une formalité pour celui qui s'apprête à boucler son 11e tour du monde en solitaire à la voile, et une résistance qui, vu son  âge, force l'admiration.

Moins connu sous nos latitudes, le vieux loup de mer mérite qu'on s'attarde sur son palmarès. "C'était il y a longtemps tout ça", balaye modestement le navigateur, sortant de sa cabine. Cheveux hirsutes, les traits creusés mais souriant, il raconte. "J'ai un record pour la plus longue période en mer et pour la plus longue distance, mais ça ne fait pas de moi quelqu'un de plus malin que les autres, je ne le suis pas." Il a 34 ans lorsqu'il réalise son premier tour du monde. C'est là qu'il croise la route du célèbre navigateur français Eric Tabarly. Une rencontre qui le confortera dans sa quête insatiable d'aventures.
 

Deux tours du monde sans s'arrêter, ou presque

Photo prise le 31 octobre 1982 à son retour à Perth après un double tour du monde. Son bateau, le Perie Banou, est escorté dans l'embouchure de la Swan jusqu'au yacht club.
Photo prise le 31 octobre 1982 à son retour à Perth après un double tour du monde. Son bateau, le Perie Banou, est escorté dans l'embouchure de la Swan jusqu'au yacht club.
En 1981 et 1982, il enchaîne deux tours du monde sans s'arrêter, ou presque. Le navigateur s'accorde un ravitaillement au large de la Tasmanie et un autre du côté de Plymouth. Deux haltes de trop pour le livre Guinness des records, qui refuse de l'inscrire. En 1988, il tient sa revanche et réalise un triple tour du monde en solo sans poser le pied à terre. Cette année-là, il cumule un total de 71 000 milles marins (131 492 kilomètres) sur 657 jours de mer. Soit presque deux ans de mer. Un record invaincu à ce jour. Depuis, il ne s'arrête plus. "Qu'est-ce que je ferais d'autre sinon ?"

La question revient sur la table dès qu'il touche les quais de son Australie natale. "J 'ai une petite cabane à 15 minutes du yacht club que m'ont laissée mes parents." Les allers-retours entre chez lui et son bateau finissent par le travailler. S'asseoir avec les "mêmes gens", parler des "mêmes choses", aux "mêmes endroits"… Une routine qui l'effraie. "Pourquoi rester là-bas, alors que je pourrais traverser l'océan indien ou le Pacifique, ça permet de rencontrer des gens comme vous et de visiter de magnifiques endroits comme ici." L'octogénaire ne s'en cache pas. Il apprécie la solitude. "J'ai aussi traversé des océans avec un équipage, mais je n'ai pas peur d'être seul, j'y suis habitué pour l'avoir vécu de très nombreuses fois, et ça ne me fait pas de mal." Célibataire de longue date, il ne souffre pas de pression familiale. Il ne s'est jamais marié, et n'a jamais eu d'enfants, bien qu'il évoque du bout des lèvres un fils fa'a'amu.

Si l'Australien David Dicks devient en 1996, à 18 ans, le plus jeune navigateur à faire le tour du monde en solitaire, c'est de Jon qu'il s'inspire. D'ailleurs le marin ne cache pas son ambition de battre un jour le record de son mentor. Et en 2010, c’est sa compatriote Jessica Watson, 16 ans, qui s’empare du titre de plus jeune navigatrice autour du monde en solitaire, sans escale. Une histoire de famille… Ainsi adulé sur l'île continent, le baroudeur compte de nombreux amis qui veillent sur lui. C'est que l'octogénaire a démarré son périple avant le début de l'épidémie mondiale de Covid-19. A 81 ans, il est particulièrement vulnérable. "Mon coordinateur à Perth était inquiet quand j'étais au Panama, alors quand il a appris que j'allais à Tahiti ça l'a rassuré, mais le temps que j'arrive le nombre de cas est passé à 500, c'est beaucoup plus que dans l'Etat de l'Australie occidentale, chez moi, il n'y a aucun cas en ce moment." Prudent, le vieil homme évite les foules.
 

"Never say never"

Prochaine étape ? "Bundaberg (Queensland – Australie, Ndlr) directement." Jon a donc décidé de ne pas faire de stop en Nouvelle-Calédonie, dont il atteindrait les rives en moins de deux semaines. "Je serais alors obligé de faire une quatorzaine là-bas". Ce que le marin a déjà connu deux fois, dont une à Saint Martin. « En Australie déjà, tous les états sont confinés, c'est comme si tu changeais de pays, à chaque fois il faut un feu vert, je ne vais peut-être pas échapper à d'autres confinements » se résigne le navigateur. Dans son bastion de Fremantle, à Perth, ses amis les plus proches l'attendent de pied ferme. Qu'il le veuille ou non, une fois rentré, la question d'un douzième tour du monde finira par se poser. "Je n'ai pas d'autre plan en tête dans l'immédiat". Mais comme il le répète à tous ceux qui le lui demandent : "Never say never (ne jamais dire jamais, Ndlr)".
Jon Sanders a quitté le port de Fremantle à Perth le dimanche 3 novembre 2019, à bord de son fidèle Perie Banou II.
Jon Sanders a quitté le port de Fremantle à Perth le dimanche 3 novembre 2019, à bord de son fidèle Perie Banou II.

#NoPlasticWaste

Pour ce onzième tour du monde, Jon Sanders ne fait pas que naviguer. Inscrit en lettres capitales sur son bateau, le hashtag #NoPlasticWaste annonce la couleur. Associé à la fondation philanthrope Minderoo et avec l'université Curtin en Australie, il réalise sur toute sa trajectoire des prélèvements d'eau pour mesurer les teneurs en microplastiques. "Tous les jours à 11 heures, je prélève une centaine de litres filtrés à la surface de l'eau, rapporte le navigateur. À chaque escale, j'envoie les prélèvements à la Curtin University". Là, ils sont analysés par le département de géochimie organique afin de quantifier le nombre et les types de particules qui évoluent dans les mers du sud, et notamment dans les coins difficilement accessibles.
 
L’île Maurice, Cape Town, Sainte-Hélène, Tortola, Panama, les îles Galapagos puis Tahiti : l'itinéraire du baroudeur lui permet justement de mesurer la présence de microplastiques dans les zones les plus reculées. "Beaucoup de gens font déjà ça, mais ils le font souvent aux mêmes endroits, explique le marin. Les bateaux prennent souvent des raccourcis, alors que dans ce type de voyage je parcours plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, dans des recoins où il n'y a vraiment personne, loin du trafic et des zones peuplées, ce qui me permet de faire des prélèvements là où cela n'a jamais été fait".
 

Rédigé par Esther Cunéo le Dimanche 6 Septembre 2020 à 10:45 | Lu 2332 fois





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