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Jaunisse de la betterave: le gouvernement prêt à réautoriser un insecticide interdit



Paris, France | AFP | jeudi 06/08/2020 - Le gouvernement veut autoriser les agriculteurs à utiliser dès 2021 sous "conditions strictes" des semences de betteraves enrobées d'un insecticide interdit depuis 2018, afin de "pérenniser" la filière sucrière française, malgré l'opposition des défenseurs de l'environnement et des apiculteurs.

Le ministère de l'Agriculture a annoncé jeudi dans un communiqué son intention d'obtenir "une modification législative cet automne" permettant de déroger à l'interdiction de certains néonicotinoïdes au maximum jusqu'en 2023.

Ces insecticides, qui s'attaquent au système nerveux des insectes et donc des pollinisateurs comme les abeilles, ont été interdits de tout usage phytosanitaire en septembre 2018.

Les planteurs de betteraves français alertaient depuis plusieurs semaines au sujet de la situation de la filière sucrière, démunie selon eux face aux pucerons verts, presque immanquablement vecteurs du virus de la jaunisse qui fait s'effondrer les rendements. 

La récolte est prévue cet automne. Mais le syndicat spécialisé CGB, affilié à la FNSEA, a déjà prévenu que la France ne produirait pas "600.000 à 800.000 tonnes de sucre" cette année faute de solution face à la jaunisse.

Soutenu par des élus locaux et nationaux, le syndicat demandait de pouvoir recourir à nouveau aux néonicotinoïdes pour protéger les plantes des pucerons et garantir les rendements.

"Le gouvernement reconnaît l'impasse dans laquelle sont les agriculteurs. Il faut avancer maintenant très vite pour avoir une loi", a réagi auprès de l'AFP le président de la CGB Franck Sander.

"Il ne s'agit pas de remettre en question l'indispensable transition écologique. Il s'agit de nous permettre d'être les acteurs de cette transition et non les victimes", assure dans un communiqué Olivier de Bohan, président du sucrier Cristal Union (marque Daddy) dans un communiqué.

"Ces annonces sont de nature à sécuriser les semis de betteraves pour la campagne 2021/2022", salue Tereos, deuxième groupe sucrier mondial (marque Béghin Say). 

"Retour en arrière"

En face, le président de Générations futures François Veillerette dit sa "colère". "La France avait été exemplaire et là, on recule", a-t-il déploré auprès de l'AFP.

"Nous ne pouvons accepter un retour en arrière", soutient également l'Union nationale des apiculteurs (UNAF), dans une lettre publiée jeudi peu avant l'annonce ministérielle. Elle juge qu'autoriser à nouveau l'utilisation des néonicotinoïdes serait "catastrophique pour la filière apicole et pour l'ensemble des insectes pollinisateurs déjà fortement fragilisés en France".

C'est un "premier échec" pour la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et "une terrible nouvelle pour l'environnement", estime sur Twitter l'ONG Greenpeace. 

"La solution annoncée a été coordonnée avec le ministère de la Transition écologique", a indiqué ce dernier à l'AFP.

Pour le ministère de l'Agriculture, il y avait "urgence à agir".

Dans le détail, il veut "permettre explicitement, pour la campagne 2021 et le cas échéant les deux campagnes suivantes tout au plus", de déroger à l'interdiction. Ce sera "dans des conditions strictement encadrées" et "comme le font d'autres pays européens confrontés aux mêmes difficultés".

Il est uniquement envisagé d'autoriser l'enrobage des semences par des néonicotinoïdes. Il restera interdit de pulvériser ces produits dans l'air. De plus, les agriculteurs ne pourront pas planter ensuite sur la même parcelle des cultures susceptibles d'attirer des pollinisateurs afin de ne pas les exposer "aux résidus éventuels".

"Cette crise de la jaunisse fragilise l'ensemble du secteur sucrier et crée le risque d'un abandon massif de la betterave en 2021 par les agriculteurs au profit d'autres cultures. Or la France est le premier producteur de sucre européen. Le secteur concerne 46.000 emplois dont 25.000 agriculteurs et 21 sucreries", fait valoir le ministère. 

Cette mesure s'inscrit dans un "plan d'action" plus global.

Le gouvernement prévoit de mobiliser "dès 2021 dans le cadre du plan de relance" cinq millions d'euros supplémentaires pour financer la recherche de solutions "alternatives véritablement efficaces" aux néonicotinoïdes, mais aussi d'indemniser les planteurs ayant subi en 2020 des "pertes importantes liées à cette crise de la jaunisse de la betterave", selon le communiqué du ministère.

Un "plan de protection des pollinisateurs" doit par ailleurs être défini "d'ici fin 2020", tandis que les agriculteurs devront travailler à se prémunir davantage des infestations de pucerons.

le Jeudi 6 Août 2020 à 07:15 | Lu 304 fois




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