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Isabelle Sachet : ​"Le financement de l’action sociale doit être revu"



Tahiti, le 27 avril 2021 - Ministre de la Famille, des Affaires sociales et de la Condition féminine, en charge de la Lutte contre l’exclusion, Isabelle Sachet a accepté de répondre aux questions de Tahiti Infos. En cette période de crise économique et sanitaire, celle qui a la charge de l'inclusion et de la solidarité explique les grandes actions de son ministère, et ses efforts pour juguler les problèmes sociaux qui touchaient déjà le fenua avant l'arrivée du covid, et qui, pour certains, n'ont fait qu'empirer.
 
En 2018, alors que la situation économique était bien meilleure, vous aviez récupéré le portefeuille ministériel avec notamment pour mission de concevoir, proposer et mettre en œuvre les politiques en faveur des publics vulnérables et en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Trois ans après, pensiez-vous que la tache allait se compliquer aussi fortement et rapidement et comment avez-vous adapté votre action à la situation ?
 
"Effectivement, la crise sanitaire liée au Covid 19 ne pouvait être anticipée et a forcément eu un impact direct sur le déploiement des politiques sectorielles définies par mon ministère ce qui m’a amené, en concertation avec le gouvernement, à définir des mesures d’urgence en conséquence. Les moyens dédiés à l’action sociale ont été réajustés aux nouveaux besoins des familles en difficulté. Ainsi, les prestations familiales des plus démunis ont été augmentées dès avril 2020 à 15 000 Fcfp et les aides de premières nécessités ont doublé grâce au soutien du Pays et à l’intervention active des travailleurs sociaux et du milieu associatif.
 
Toutefois, cela n’a pas profondément remis en cause les principaux travaux initiés dès ma prise de fonction et portant sur la prise en charge de l’exclusion sociale : Ouverture de la Résidence des jeunes travailleurs au 1er juin prochain à Pirae permettant aux primo entrant sur le marché du travail de disposer d’un logement en rapport de leur salaire. Inauguration du premier institut thérapeutique éducatif et pédagogique à Moorea en septembre 2021 répondant aux besoins spécifiques de prise en charge des jeunes présentant des troubles du comportement qui retentissent sur la poursuite de leur scolarité, Création du dispositif Aidant Fetii en avril 2019 qui permet aux familles de disposer d’une aide pour la prise en charge des ainés et des personnes porteuses de handicap. Cumul de revenu et de l’AAH également en leur faveur en 2020 qui a répondu à une attente forte pour améliorer leur inclusion dans notre société. Lancement du numéro gratuit 119 au titre de la protection de l’enfance qui sera opérationnel très prochainement.
 
En outre, l’accueil particulièrement favorable par le milieu associatif œuvrant en faveur de l’insertion sociale par l’activité économique m’a conduite à proposer au conseil des ministres, un projet de loi du Pays en ce sens qui sera très prochainement examiné par le Cesec. Ces entités permettront de prendre en charge les publics les plus éloignés de l'emploi en leur offrant la possibilité de bénéficier d'un contrat aidé en échange de leur participation à une activité d’intérêt général. Ce dispositif vise à garantir la cohésion sociale qui est essentielle en période de crise et répond à une attente depuis de nombreuses années."

Les données économiques sur l’emploi témoignent d’une plus grande vulnérabilité des foyers depuis la crise. De plus en plus de personnes sont éloignées du marché du travail et intègre le “halo du chômage”, la crise a impacté l’emploi d’un tiers des foyers familiaux et les services sociaux sont de plus en plus mobilisés. Les attributions de votre ministère semblent devoir être au centre de l’action gouvernementale mais on entend parler que relance du tourisme, vaccination et aides aux entreprises. N’est-ce pas compliqué de faire entendre sa voix ?
 
"La fibre sociale et médico-sociale induit par nature de la retenue et plus de discrétion au vu du champ d’intervention de l’action sociale. On communique effectivement plus difficilement sur la situation de détresse sociale. Pour autant, je vous rassure, le gouvernement est bien évidemment très engagé sur le maintien de notre cohésion sociale. Comme je vous l’indiquais, un plan d’action pour chaque politique sectorielle est déployé."

En septembre 2020, après six mois de crise de la Covid-19, votre ministère a changé d’appellation. Il passe d’un ministère de “de la famille et des solidarités, en charge de l’égalité des chances” à celui “de la famille, des affaires sociales et de la condition féminine, en charge de la lutte contre l’exclusion”. Est-ce la traduction de cette évolution de la société polynésienne et de la dégradation des conditions économiques et sociales ?
 
"Tout à fait. Le changement de dénomination met en exergue l’importance des sujets d’actualité, lesquels portent clairement sur le maintien de notre cohésion sociale en toutes circonstances."
 

"Nos objectifs sont ambitieux et mérite des ressources supplémentaires"

Pour mener votre action, vous ne pouvez vous appuyer que sur la DSFE et la Délégation pour la prévention de la délinquance de la jeunesse créée il y a moins d’un an. Est-ce suffisant pour mener une action pertinente à l’heure actuelle ?
 
"Cela reste toujours insuffisant pour notre secteur au vu de l’idéal de vie en société qui nécessite davantage de moyens car nos objectifs sont ambitieux et mérite des ressources supplémentaires. C’est la raison pour laquelle le financement de l’action sociale doit être revu."
 
Les solidarités et la lutte contre l’exclusion sont des actions souvent marginalisées dans l’action gouvernementale, tantôt rattachées à la Santé (Howell), tantôt au Travail (Frogier) et se traduisent généralement par des initiatives temporaires (ex : centres d’hébergement, ateliers pilotes) ou ponctuelles (ex : subventions à des associations). N’est-ce pas le moment de mettre en œuvre des actions de fond pour réduire structurellement le problème ?
 
"Je ne partage pas votre point de vue dès lors que le gouvernement a entendu à juste titre dédier ministère à part entière à l’Action sociale et s’attèle à définir et à mettre en œuvre des orientations stratégiques pour chaque politique sectorielle dont elle relève (prise en charge des personnes vulnérables, lutte contre l’exclusion, protection de l’enfance, délinquance de la jeunesse, condition féminine, politique de la famille, etc.)"
 
Les motifs d’exclusions sont de plus en plus nombreux : sexe avec les inégalités hommes femmes, âge, absence de diplôme ou de formation, origine… Est-il difficile de définir une priorité d’action dans ce contexte ?
 
"Les motifs d’exclusions que vous évoquez ont toujours existé dans toutes les sociétés humaines et sont des problématiques bien connues de tous. La loi participe à améliorer un certain nombre de choses mais elle ne peut suffire à elle seule à modifier les modes de représentations et les comportements humains. Tant que ces modes de pensées resteront tels qu’ils se jouent et se vivent aujourd’hui, la lutte contre les inégalités restera un défi."
 
Parmi les difficultés croissantes rencontrées par les ménages, l’accès aux denrées alimentaires semble être désormais une préoccupation gouvernementale majeure. En avril 2019, il était annoncé à l’APF la création d’un réseau solidaire avec une banque alimentaire et des épiceries sociales. Le projet est-il toujours d’actualité ?
 
"Plus que jamais. Ce projet inscrit de longue date dans ma feuille de route est en cours d’instruction et sera très prochainement soumis au conseil des ministres. L’idée maitresse étant de favoriser dans les meilleurs délais l’accès aux produits de première nécessité aux personnes en situation de grande précarité."
 

"Tant que ces modes de pensées resteront tels qu’ils se jouent et se vivent aujourd’hui, la lutte contre les inégalités restera un défi"

La lutte contre le gaspillage alimentaire semble également être un autre axe de travail mais le Pays semble hésiter entre un système incitatif ou répressif à l’égard des grandes surfaces concernées ?
 
"Le projet en cours d’étude ne porte pas uniquement sur la lutte contre le gaspillage alimentaire mais sur tous types de produits, il répond de l’effort de solidarité que tous les opérateurs économiques pourront apporter s’ils le souhaitent dès lors que tout un chacun dispose d’une responsabilité sociétale en faveur de l’inclusion de tous. Cela ne peut être que l’affaire des exclus."

La famille reste un sujet de préoccupation gouvernementale important. Elle est en Polynésie le premier cercle de soutien en cas de vulnérabilité. Quels sont les axes de travail du gouvernement pour s’appuyer sur ce noyau familial solidaire ?
 
"La famille est effectivement le socle, le noyau dur de toute solidarité entre les personnes et est au cœur de la cohésion sociale. La politique de la famille a clairement été définie adoptée par l’assemblée en 2016 et doit être évaluée en considération des conséquences de la crise sanitaire et d’une manière plus générale des évolutions liées aux contextes de vie. De nombreuses mesures ont été mises en œuvre depuis lors. 
 
Plus spécifiquement, j’accorde une attention particulière au maintien etau renfort des liens familiaux qui reste le meilleur rempart contre les difficultés rencontrées dans la vie, elle soutient, elle réconforte, elle accompagne et cherche à valoriser les projets de vie de tout un chacun. C’est une chance considérable qu’il faut savoir mesurer à sa juste valeur. Bien entendu toutes les familles ne sont pas parfaites et rencontrent des difficultés de compréhension qu’il faut combattre par une amélioration de la communication en son sein. C’est ce que j’ai initié l’an passé au travers des enseignements réalisés dans le cadre d’une culture d’amour de paix de bienveillance et de solidarité".
 
Il y a un an, juste avant l’arrivée de l’épidémie en Polynésie, lors de la journée internationale des droits des femmes, vous aviez annoncé vouloir créer une Maison de la famille, un projet validé en conseil des ministres. Où en est le projet ?
 
"Ce projet reste pleinement d’actualité malgré le retard engendré par la crise sanitaire. Une emprise foncière a été identifiée sur Taunoa et devrait permettre au projet de se concrétiser dans de meilleurs délais."
 
Au sein de la famille, le confinement et les restrictions de déplacement ont remis en lumière la problématique des violences intrafamiliales. Elles n’ont en fait jamais réellement quitté l’actualité mais un éclairage nouveau semble avoir été apporté ?
 
"La problématique des violences intra familiales n’a pas d’éclairage nouveau lié au confinement et aux restrictions des déplacements. Elle a davantage attiré notre attention du fait des maintiens des familles au sein des domiciles. La violence au sein des familles est une réalité qui doit être combattue de manière résolue. Le conjoint ne devrait pas être perçu comme un ennemi, il est le compagnon d’une vie. Il est nécessaire de lui porter attention si l’on veut pouvoir réussir à éradiquer le fléau des violences. Comme le démontrent plusieurs études, l’attention doit également être portée sur les facteurs de la violence portant sur les questions de promiscuité, de précarité des revenus, de la gestion de l’indivision, des addictions, etc."
 
Les ateliers d’éducation à la Paix se sont déroulés jusqu’en décembre dernier. Le constat initial était selon le communiqué qu’“il y a donc matière à travailler “l’humain” pour agir à la source de ces violences”. Quel est le bilan et les conséquences que l’on peut tirer de cette expérience ?
 
"Le bilan de cette expérience est très positif en ce qu’il a permis de démontrer à nouveau que la solution est en chacun de nous, qu’il faut développer la connaissance de soi, la confiance en soi et le potentiel de tout un chacun pour développer les capabilités des personnes. A l’échelle collective, c’est à chaque société qu’il appartient de déterminer les actions à mener pour corriger les inégalités de développement humain et de définir les moyens qu’il convient de mobiliser."
 
Les associations sont également une composante importante du tissu social polynésien sur lequel s’appuyer dans le cadre de votre action. Prévoyez-vous de renforcer et/ou de modifier cette sollicitation du tissu associatif ?
 
"Bien évidemment. Pour ce faire, j’entends agir à plusieurs niveaux. En premier lieu, auprès des établissements sociaux et médico-sociaux lesquels sont incontournables pour mener à bien les actions du gouvernement dans la prise en charge des publics les plus vulnérables (les personnes porteuses de handicap, les personnes âgées, les enfants et adultes en difficulté). A ce titre, j’ai sollicité l’ARASS pour réaliser un le schéma directeur de l’organisation sociale et médico-sociale. Cela nous permettra de pouvoir mieux appréhender les besoins de demain. 

Par ailleurs, comme je vous l’indiquais en première réponse, un important projet œuvrant en faveur de l’inclusion sociale doit permettre à tout un chacun de trouver sa place dans la société. Ce nouveau dispositif, actuellement à l’étude du Cesec, porte sur l’insertion sociale par l’activité économique qui entend démultiplier les structures dédiées à l’accueil des publics en grande difficulté en vue de les intégrer dans un parcours personnalisé d’accompagnement social autour d’une philosophie simple : partir du potentiel de chaque personne pour construire des parcours d’insertion sociale vers l’accès à un emploi durable."
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mardi 27 Avril 2021 à 19:54 | Lu 1189 fois





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