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Formation bouturage de coraux pour quatre détenus de Tatutu


Tahiti, le 5 juillet 2022 – En partenariat avec l'association Tamarii Pointe des Pêcheurs de protection des ressources marines, le centre de détention de Tatutu a organisé, mardi, une journée écocitoyenne à Punaauia. À cette occasion, quatre détenus ont pu se familiariser avec les techniques de bouturage, d'adoption et de réimplantation du corail.
 
Évasion à visée pédagogique pour quatre détenus de la prison de Tatutu. À l'occasion d'une journée écocitoyenne organisée par le centre de détention en partenariat avec l'association de protection des ressources marines, Tamarii Pointe des Pêcheurs, ces quatre détenus se sont rendus à Punnauia mardi matin pour suivre deux ateliers consacrés aux techniques de bouturage du corail, et à la réglementation en vigueur concernant la pêche des animaux en eau douce et en mer.

Créé en 2008 par un groupe de pêcheurs pour la récolte des trocas, Tamarii Pointe des Pêcheurs s'est orientée, au fil du temps, vers la protection de l'environnement et des ressources marines. Tel que l'explique sa présidente, Tilda Teharuru, l'association vise principalement les établissements scolaires et universitaires durant l'année, mais elle reçoit également des “groupes privés” comme des jeunes du RSMA ou bien des détenus de Tatutu puisque Tamarii Pointe des Pêcheurs “ne fait aucune différence quant aux gens qu'elle accueille”. Tilda Teharuru précise que “les détenus ont choisi le thème de la protection des animaux dans le milieu marin et le bouturage de corail. Ils ont fait leurs propres boutures que l'association ira planter dans sa concession de 100 m2. Ils pourront se servir de cette mini formation à l'issue de laquelle nous leur remettrons une sorte de diplôme.”

Épine d'oursin et fil de pêche

Et cette “mini formation” a captivé les détenus mardi. Arrivés de Tatutu vers 8 heures du matin, les quatre pensionnaires du centre de détention ont tout d'abord participé à un jeu au cours duquel ils devaient classer des dizaines d'espèces marines dans trois catégories de réglementation relative à la pêche : les espèces interdites, les espèces réglementées et les espèces autorisées. Ils ont ensuite suivi un atelier de bouturage du corail sous la direction d'une étudiante titulaire d'une licence en sciences de l'environnement, Terai Tairi. Tel que l'a expliqué la jeune femme aux participants, le bouturage est un long et minutieux travail : “J'ai récolté de petits fragments de coraux vivants dans le sable que nous avons ensuite mis sur la table hôpital dans la concession maritime de l'association. À l'occasion de cette journée écocitoyenne, nous avons récupéré ces fragments que nous avons de nouveau fragmentés pour certains.” Terai Tairi a ensuite réalisé des boutures à l'aide du fragment vivant de corail, d'une épine d'oursin, d'un fil de pêche et d'un manchon en acier. Serrées à l'aide d'une pince, ces boutures sont ensuite déposées sur l'une des tables de croissance de la concession de l'association. Lorsqu'elles auront grandi, elles seront transplantées sur des patates.

Au terme de cet atelier d'explication théorique, les quatre participants ont eux-mêmes réalisé leur propre bouture. Une formation utile pour les détenus comme en témoigne Teva, qui a grandi à Raiatea : “Cette expérience nous permet de sortir un peu de notre quotidien carcéral mais nous sommes aussi intéressés par l'écologie car beaucoup d'entre nous ont grandi dans les îles. Je faisais beaucoup de plongée avant d'être à Tatutu et c'est pour cela que les techniques de bouturage m'intéressent particulièrement.” Au terme de cette matinée consacrée aux ateliers, les quatre participants se sont rendus sur la concession de l'association pour arracher des algues toxiques qui étouffent les coraux. Ils ont réintégré Tatutu mardi soir avant de pouvoir, d'ici à quelques mois, recouvrer la liberté.
 

“Sensibiliser à la place du corail dans l'écosystème marin”

Kryss Vairaaroa, responsable du service des sports du centre de détention de Tatutu

Quelle est la genèse de ce projet ?

“Il s'inscrit dans le cadre d'un appel à projets national pour la Fête de la Nature. Nous l'avions initié en 2020 mais cela n'a pas pu se faire à cause du Covid. Maintenant que tout est débloqué et que la vie a repris son cours, nous tenions à le réaliser. Ce projet a pour but de sensibiliser les personnes détenues à l'importance de l'écologie, à la place du corail dans l'écosystème marin et à la protection des ressources marines que nous avons en Polynésie.”

Quels ont été les critères pour sélectionner ces quatre détenus ?

“Dans un premier temps, nous avons lancé un appel à candidatures sur la base du volontariat et tous les détenus volontaires se sont inscrits. Ensuite, nous avons choisi en fonction de leur comportement en détention et du fait qu'ils soient permissionnables ou non. C’est-à-dire du fait qu'ils aient une peine inférieure à cinq ans, ou bien qu'ils aient effectué les deux-tiers de leur peine. Les dossiers ont finalement été soumis à la juge d'application des peines qui a validé les permissions de sortie des détenus concernés.”

Plus largement, la question de l'écologie est-elle présente dans la vie quotidienne au sein de Tatutu ?

“C'est un centre de détention qui est tourné vers la nature car nous avons un potager qui fournit une partie des produits utilisés pour la cuisine. Nous avons aussi des ateliers en cours de promenade où les détenus plantent leurs fruits et légumes ; et dans le quartier du module respect, nous sensibilisons les personnes détenues à la protection de l'environnement.”
 

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 5 Juillet 2022 à 17:06 | Lu 731 fois