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Feu, pluies, insectes: les plaies d'une Sibérie au climat qui change



Moscou, Russie | AFP | mardi 09/06/2020 - Des insectes ravagent les arbres, les forêts brûlent et des pluies torrentielles forcent les évacuations... La Sibérie voit les catastrophes se multiplier après un hiver doux et un printemps chaud, autant d'effets probables du changement climatique. 

Les modèles scientifiques prédisent que les modifications du climat vont entraîner des canicules, des tempêtes mais aussi des incendies naturels toujours plus fréquents. La Sibérie, territoire de plus 10 millions de km2 à l'est de l'Oural, connu pour ses hivers rigoureux, se retrouve en première ligne. 

"L'hiver (2019-2020) a été le plus chaud en Sibérie depuis le début des relevés, il y a 130 ans, avec des températures moyennes jusqu’à 6°C au-dessus des normales saisonnières", explique à l'AFP Marina Makarova, météorologue en chef de Guidrometsentr, l'agence météo russe.

Puis, "le printemps est arrivé nettement plus tôt, en avril, avec des températures dépassant facilement (parfois) les 30°C", poursuit-elle.

Début mai, la presse régionale publiait à flots des photos de champs en fleurs avec un mois d'avance. Et selon l'agence publique TASS, les fabricants des glaces se targuaient de ventes en hausse de 30%.

En Sibérie méridionale, des précipitations en hausse d'un tiers par rapport à la moyenne ont été relevées par Rosguidromet, entraînant notamment des milliers d'évacuations dans le district de Touloun, proche du lac Baïkal. 

Le double d'incendies

Dans les régions septentrionales par contre, la fonte précoce du manteau neigeux a laissé derrière lui une végétation et un sol desséchés, conditions propices à la propagation des feux, selon Alexeï Iarochenko, chef du contrôle des forêts de Greenpeace en Russie.

Au total, de janvier à mi-mai les feux ont ravagé 4,8 millions d'hectares en Sibérie, dont 1,1 million de forêts boréales, selon la dernière étude de l'ONG, publiée la semaine dernière. La région avait déjà été décimée par des incendies exceptionnels pendant l'été 2019.

"Le réchauffement climatique provoque la multiplication des feux de forêts, ils ont doublé en dix ans", résume pour l'AFP Viatcheslav Kharouk, chef du laboratoire de surveillance des forêts du département sibérien de l'Académie russe des sciences.

Selon son labo, entre 2000 et 2009 quelque trois millions d'hectares de forêts brulaient chaque année. Entre 2010 et 2019, la moyenne a doublé à six millions d'hectares. 

Dans les années à venir, "la surface des feux sera multipliée de deux à quatre fois", prédit le scientifique.

Or ces feux risquent de réduire la capacité des forêts boréales à retenir le dioxyde de carbone et le méthane, ce qui contribuerait à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et au changement climatique.

Défoliateur ravageur

Autre plaie, les températures clémentes ont provoqué l'explosion de la population des chenilles d'une espèce de papillon sibérien, le Dendrolimus sibiricus, une vermine ravageuse.

Ce défoliateur des résineux sibériens est redoutable, une colonie pouvant de dévorer la feuillage d'un pin géant en quelques heures, rendant la forêt d'autant plus vulnérable aux incendies.

Or la chaleur inhabituelle a favorisé l'accélération de leur cycle de vie.

"De toute ma longue pratique d'expert, je n’ai jamais vu de chenilles aussi énormes et ayant grandi si vite, en un an au lieu de deux", explique à l'AFP Vladimir Soldatov, le spécialiste de ces lépidoptères, qui met en garde contre des "conséquences tragiques" pour l'espace forestier.

Déjà, l'espèce "a avancé 150 km vers le nord par rapport à son milieu habituel, et cela à cause du réchauffement" climatique, dit-il. 

Dans le district de Krasnoïarsk, en Sibérie méridionale, plus de 120.000 hectares ont dû être traités pour tuer les chenilles, selon le Centre local de la protection des forêts.

Les forêts sont aussi rongées depuis 2003 par un autre insecte, le coléoptère Scolytinae, qui s'est installé dans ces régions septentrionales à mesure que le climat s'y adoucissait. 

D'une manière plus générale, l'expert Viatcheslav Kharouk relève que la région voit arriver de nouvelles espèces d’oiseaux et d'animaux: "Nos steppes verdissent, nos lacs se réchauffent, la Sibérie devient une région plus engageante, pour les animaux mais aussi pour nous".

Mais avec la multiplication des cataclysmes, "nos hivers, avec leurs moins 40°C, commencent à me manquer", soupire-t-il.

le Mercredi 10 Juin 2020 à 09:11 | Lu 264 fois




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