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Feruri no Ananahi, un collectif d’artistes engagées


(de gauche à droite) Clara Janoyer, Cartouche et Marmote, les trois fondatrices du collectif Feruri no Ananahi.
(de gauche à droite) Clara Janoyer, Cartouche et Marmote, les trois fondatrices du collectif Feruri no Ananahi.
TAHITI, le 6 avril 2022 - Le nouveau collectif d’artistes Feruri no Ananahi organise sa première exposition. Elle aura lieu à la brasserie Hoa pendant un mois. Le vernissage est prévu ce jeudi.

Elles sont trois artistes et elles viennent de fonder le collectif Feruri no Ananahi, ce qui signifie la vision de demain, la vision de l’avenir. Clara Janoyer, Cartouche (lire aussi ce portrait et Marmote qui s’exprimaient jusqu’alors dans l’ombre, s’exposent. Leur premier événement intitulé Te Vahine (voir encadré) démarre ce jeudi à la brasserie Ho’a. Au total, treize artistes ont créé entre une à trois œuvres.

Feruri no ananahi est un collectif artistique pluridisciplinaire et engagé pour les droits de toutes et de tous. L’idée est d'apporter de la nouveauté dans le paysage artistique polynésien en mettant en avant des artistes femmes et de minorités de genre. "Nous souhaitons réunir ces artistes autour de thématiques qui touchent à la vie en Polynésie afin de montrer un regard nouveau et pluriel."

Safe place

Grâce à l’art, s’appuyant sur divers médiums, le collectif veut construire une "safe place", un espace libre de toute contrainte et toute pression sociale. "Chacune et chacun doit pouvoir donner son point de vue sans autocensure sur toutes les problématiques qui les concernent, y compris les sujets considérés comme tabou."

Te Vahine traite du mythe de la femme. L’exposition déconstruit le mythe, aborde la question du colonialisme. Plus tard, il pourra être question d’écologie, du genre, de la transidentité, de la dualité homme/femme, d’inégalité sociale, de carcan religieux… "Nous voulons normaliser la différence. Nous allons désormais faire des sujets de tout ce qui fait débat pour qu’ils ne soient plus des sujets justement."

Des choix assumés

Si Clara Janoyer, Cartouche et Marmote ont décidé de se lancer, c’est qu’elles s’en sentent "les épaules et la légitimité". Au fil de leur parcours créatif et tout au long de leur propre construction, elles ont pu mettre la main sur des clés, jusqu’à partager "une énergie commune". Elles ne veulent plus attendre que la parole se libère. "Il manquait un espace où pouvoir dire les choses sans se faire réprimer." En parallèle, la société pourrait aussi avoir fait du chemin. "On a monté des marches, même s’il reste encore beaucoup à faire !"

Pour mener à bien son premier événement, le collectif est allé à la rencontre de tous les artistes repérés sur les réseaux sociaux qui n’ont pas leur place dans les galeries. Il poursuivra sa quête pour faire connaître le maximum d’artistes du territoire. Feruri no Ananahi annonce vouloir organiser un événement tous les 6 mois au minimum. Il espère s’étendre, devenir une association officielle, tisser des liens avec les institutions, trouver des fonds, un local pour favoriser les échanges. "En somme apporter tous les outils nécessaires à la réussite de chacun."

Te Vahine, déconstruction d’un mythe

Tantôt désirée, fantasmée, rêvée, la légende de la femme polynésienne a parcouru les continents, laissant derrière elle la douce saveur du mystère. Alors elle est inventée, réinventée, déshumanisée par un Occident qui prétend posséder ses charmes.

Pourtant il y a autant de manières d'être une vahine qu'il y a de femmes en Polynésie. Bien plus qu'un archétype, elles ont tous les âges, tous les corps, et surtout toutes les visions oubliées d'une femme forte dans une société à l'origine matriarcale. C'est aujourd'hui à elles de raconter leur histoire.

Te Vahine est une exposition collective qui se place du point de vue des concernées. C'est un hommage aux femmes de Polynésie, une déconstruction du mythe colonial fait par des femmes et des minorités de genre étant d'origines Polynésiennes ou ayant grandi au fenua.

Réunissant plusieurs médias et techniques, l’événement invite à plonger dans une multitude d'univers aux couleurs du renouveau. Un livret sera consultable sur place, il contient des textes rédigés par les artistes et explicitant les œuvres présentées. Des QR codes seront affichés avec les coordonnées des exposants.


Pratique

Du 7 au 31 avril à la brasserie Ho’a. Entrée libre.
Vernissage le 7 avril à partir de 18h30.

Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 6 Avril 2022 à 16:13 | Lu 2621 fois