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En 2022, autant de femmes nouvelles entrepreneures que d'hommes en Polynésie


Tahiti, le 16 novembre 2022 – La Chambre de commerce, d'industrie, des services et des métiers a présenté mercredi son “observatoire économique”, compilant les données des entreprises polynésiennes : secteurs d'activités, répartition géographique, genre, type de structures… Un outil trimestriel d'analyse et de projection qui a vocation à être “évolutif” pour s'adapter à la demande en “data” des institutions, des commerçants, des communes et de l'ensemble des Polynésiens.
 
Sur les dix premiers mois de l'année 2022, on compte quasiment autant de femmes (48%) que d'hommes (52%) à avoir immatriculé une entreprise individuelle en Polynésie française. L'information peut paraître bénigne au premier abord, mais il faut la mettre en relation avec la photographie actuelle du “genre” des chefs d'entreprise individuelle enregistrés à la Chambre de commerce, d'industrie, des services et des métiers (CCISM) : 25 000 hommes pour 13 000 femmes. Jusqu'ici le ratio était donc de deux hommes pour une femme, mais en 2022, il est bien d'un homme pour une femme. La société polynésienne évolue. Elle compte aujourd'hui bien plus de femmes entrepreneures qu'hier…
 
Un “observatoire”
 
Cet exemple particulier, extrait à dessein, figure parmi les très nombreuses données présentées mercredi matin à la CCISM à l'occasion du lancement du tout nouvel “observatoire économique” de la chambre consulaire polynésienne. Une démarche de compilation des données économiques détenues par la chambre et “d'open data” pour en assurer la meilleure diffusion et surtout la meilleure utilisation. Si la CCISM diffusait déjà par le passé les données sur le nombre d'immatriculations et de radiations d'entreprises au fenua, ces statistiques sont aujourd'hui bien plus étoffées et détaillées par secteurs d'activité, ciblées par archipels ou par communes, compilées sur un temps long pour en constater les évolutions.
 
Surtout, la nature même de ces données est “évolutive”, souligne le président de la CCISM, Stéphane Chin Loy. Elles pourront ainsi à la fois être affinées à la demande des institutions, communes ou communautés de communes par exemple. Mais elles pourront aussi associer de nouvelles variables comme le chiffre d'affaires des entreprises, via la DICP, les effectifs de salariés, via la CPS… L'idée étant d'aller au-delà des données déclaratives actuellement disponibles pour se baser sur des datas fiables et objectives. Des données qui auront également l'intérêt d'être particulièrement à jour, puisque celles présentées mercredi dataient tout juste du mois d'octobre.
 
La présentation des chiffres de l'observatoire se fera de manière trimestrielle. Et la CCISM ambitionne d'angler les prochaines présentations pour cibler les aspects économiques les plus intéressants : état des procédures collectives au tribunal de commerce, évolution dans le temps des données et impact de la crise Covid sur les entreprises…
 
Quelques chiffres à relever
 
Cette présentation étant faite, ce premier observatoire économique de la CCISM propose quelques données qui méritent d'être détaillées. On y découvre que sur les dix premiers mois de l'année 2022, les immatriculations d'entreprises sont 3,1% plus importantes qu'à la même période en 2021. Mais surtout, que les radiations d'entreprises sont 24% plus élevées que l'an dernier. Une progression “significative”, relève la CCISM, qui s'observe principalement à partir de mai “après l'arrêt des dispositifs de soutien visant à conjurer les effets économiques de la crise de la Covid-19”. Un retour à la normal après les aides de crise, en quelque sorte.
 
Autre information à relever, les dix secteurs qui concentrent le plus d'immatriculations en Polynésie sont aussi ceux qui concentrent le plus de radiations… On y retrouve notamment les “travaux de finition” ou le “nettoyage courant de bâtiment” dont l'activité semble assez peu stable. Parmi ces secteurs, certains semblent avoir le vent en poupe et concentrent beaucoup d'immatriculations de nouvelles entreprises pour peu de radiations : “l'hébergement touristique et les autres hébergements de courte durée” ou encore le “support juridique de gestion de patrimoine immobilier”… Signe, s'il en fallait, de la forte activité dans le secteur immobilier au fenua.
 
De la même façon, l'observatoire compare les données des types de structures choisies par les entrepreneurs : patente, SARL, SCI, EURL ou SNC par exemple… Constat là aussi : l'entreprise individuelle – la célèbre “patente” – trône largement en tête (3 517 immatriculations) devant la SARL (332) et les SCI (209), signe là encore pour ce dernier type de structure de la forte activité du secteur immobilier au fenua. Mais on y constate également que certaines formes d'entreprises présentent un grand nombre d'immatriculations et un très faible nombre de radiations. Des formes juridiques qui fonctionnent en somme : la SAS – récemment réformée – présente 65 immatriculations pour 0 radiation. Une structure qui semble bien fonctionner.
 

Stéphane Chin Loy, président de la CCISM : “Des éléments qui vont bénéficier à tout le monde”

Est-ce qu'on peut dire que la CCISM franchit un cap dans l'open data avec cet “observatoire économique” ?
 
“Disons qu'on a des data énormes qu'on voudrait affiner pour en faire vraiment un observatoire et rentrer beaucoup plus dans le détail. Que ce soit par type d'activité, par codes Naf, par type juridique d'entreprises, dans les îles, dans les communes… On a des données qui sont énormes. Mais aujourd'hui, nous sommes demandeurs de savoir ce qui pourrait intéresser un maximum de nos entreprises et un maximum de nos concitoyens pour avoir un regard plus précis sur les chefs d'entreprise. Par exemple, sur le pourcentage de ceux qui sont en difficultés dans les données sur les redressements et liquidations, le pourcentage de femmes dans tel type d'activité, le pourcentage de types d'entreprises qu'on retrouve dans les îles… Et l'idée, c'est de pouvoir les suivre dans le temps.”
 
Vous allez mettre à jour ces données tous les trimestres ?
 
“Là, c'est le premier rendez-vous d'une série trimestrielle. La prochaine fois, on essaiera de pouvoir faire un rappel des années difficiles qu'on a passées, de 2018 à 2023, pour voir l'évolution de ces chiffres clés. Et surtout de voir comment les entreprises se sont comportées. On a pu voir, par exemple aujourd'hui, que jusqu'en 2021, on avait une prédominance d'hommes chefs d'entreprise et qu'en 2022, la tendance est à un rééquilibrage du nombre d'hommes et de femmes chefs d'entreprise. Ce sont des éléments qu'on peut apprécier, mais qu'il reste à comprendre. Le but de ces échanges, c'est d'aller plus loin sur les analyses.”
 
Et vous souhaitez à la fois approfondir vos données et les affiner pour vos interlocuteurs ?
 
“On va essayer d'associer le président du tribunal mixte de commerce, le directeur de l'IEOM pour la partie financière, la DICP si elle veut nous rejoindre sur les niveaux de chiffres d'affaires… L'objectif, c'est d'avoir vraiment des éléments qui vont bénéficier à tout le monde, au Pays ou aux communes par exemple. Des communes qui sont notamment en train de s'interroger sur le CRSD (Contrat de redynamisation des sites de la défense, NDLR). Comment orienter certaines activités qui ne sont pas présentes pour le moment sur leurs communes mais qui pourraient l'être demain ? Tout ça demande une identification et le travail de cet observatoire, c'est justement peut-être aussi de pallier les lacunes d'information et ensuite d'activités dans certaines communes.”
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 16 Novembre 2022 à 19:56 | Lu 1334 fois