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Edouard Fritch : "Je ne veux pas gouverner seul"



PAPEETE, 21 mai 2018 - Elu avec une très large majorité de 39 voix, Edouard Fritch sera le 17e président de la Polynésie française. Lors de son discours de candidature, le leader du Tapura Huiraatira a esquissé vendredi les grandes lignes de l'action qu'il entend mener durant les cinq prochaines années et dans l'immédiat. Il nous en dit un peu plus lors d'un entretien exclusif accordé ce week-end à Tahiti Infos.
Pour clore la phase de renouvellement institutionnel initiée avec les dernières élections territoriales, les 11 membres de l'Exécutif seront présentés mercredi matin aux représentants polynésiens. Enfin, les commissions intérieures de l'assemblée seront constituées ce jeudi, lors de la première séance de la session administrative 2018.

Vous accédez à la Présidence dans des conditions idéales et avec une grande légitimité électorale. Vous savez qu’en contrepartie, il y a d’immenses attentes populaires. Que promettez-vous aux Polynésiens, aujourd’hui ?

Edouard Fritch : C’est vrai. Je remercie d’abord tous les électeurs et plus particulièrement ceux qui ont soutenu la liste Tapura Huiraatira, pour la confiance qu'ils m’ont faite. Elle est claire : 66.000 voix, c’est beaucoup. Je remercie aussi les représentants du Tapura de même que le vote supplémentaire qui confirme cette confiance. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai accueilli les résultats du 6 mai et de vendredi. On parle beaucoup de légitimité ; mais franchement, dans mon cœur, il s'agit plus de continuité et de la confirmation du soutien, par les populations, de la politique que j’ai menée depuis quatre ans. (…)

Lors de votre élection, un soutien inattendu vous est venu d’un élu Tahoera’a. Comment accueillez-vous ce genre de manifestation ?
Je ne suis pas de nature hégémonique. Je ne cherche pas à avoir une 39e ou une 40e voix. C’est au groupe Tapura Huiraatira de juger. Et puis c’est à ceux qui souhaiteront nous rejoindre de décider. Je considère que ce vote est un appel de l’opposition. Cette personne a voulu rappeler qu’il épouse une grande partie de mes idées et qu’il adhère à ma façon de gouverner. C’est une manifestation pour nous demander de ne pas oublier l’opposition. C’est pour cela que je suis convaincu que c’est un maire. Mais je veux rassurer tout le monde : ce n’est pas parce que certains maires se sont affichés clairement dans l’opposition que je les regarderai autrement. (…) Quand on aide une commune, ce n’est pas le maire que l’on aide, c’est sa population.

Le mot "réforme" est cité une douzaine de fois dans votre discours de candidature à la Présidence, vendredi. Vous avez les coudées franches maintenant, quel est votre planning pour celle, emblématique, du système des retraites ?
Comme je l’ai dit, pendant 10 ans le Pays a été handicapé par des changements de gouvernements successifs. Les différents gouvernements ont géré les affaires courantes. De ce fait, à divers niveaux les difficultés se sont accumulées. Bien sûr qu’il y a cette réforme de la PSG (Protection sociale généralisée, NDLR) qui est attendue par tout le monde – et qui est une vraie urgence pour le Pays – ; mais il y a tout le reste : nous devons réformer les transports, tant au niveau routier qu’interinsulaire, maritime ou aérien ; en ce qui concerne l’économie bleue, nous avons lancé une étude sur les plans de structuration... Et puis il y a le gros problème du schéma d’aménagement, le SAGE. C’est important si l’on veut avoir une vision du développement de ce Pays, pour le tourisme, l’industrie, la pêche... C’est important pour les décideurs, et surtout pour les maires de savoir ce qui structurera leur économie de demain.

Et dans l'immédiat, quelles sont les urgences ?
Dès que les commissions (législatives de l’assemblée, NDLR) seront installées, nous allons relancer le travail de négociation et de consultation pour la réforme de la PSG. J’ai annoncé les dates. Cela devrait commencer vers le 1er juin. Et j’attends de l’assemblée de la Polynésie française une proposition de loi dès septembre. Parce que je ne veux pas obliger l’assemblée à suivre les préconisations du gouvernement. Le projet de loi que nous avons transmis sera une base de travail. Nous verrons au mois de septembre le résultat de ces négociations.

Vous attendez donc des propositions d’amendement au projet de loi qui est déjà à l’assemblée.
Voilà.

Pour une adoption quand ?
Au mois de septembre.

Ce n’est pas tard au regard de la situation financière de la caisse ?
Il faut prendre le temps. On sait comment ce projet de loi a été accueilli dernièrement par les forces vives du pays et par l’assemblée. Je ne veux pas renouveler cette mauvaise expérience.
Le deuxième chantier important qui devra être lancé dans les prochains jours est celui des transports collectifs. Nous avons pris un énorme retard ne serait-ce qu’au niveau de la délégation de service public pour le choix du prochain opérateur. Il faut impérativement que l’on achève ce dossier. Le prochain ministre en charge des transports et de l’équipement devra s’occuper en priorité de l’aménagement des arrêts de bus et de tout ce qui est nécessaire pour que le transport collectif soit un moyen mis à la disposition des Polynésiens pour se déplacer. Aujourd’hui, nous avons de gros problèmes de circulation. Les routes sont étriquées. Il faut continuer certains chantiers qui avaient été prévus à l’époque. Le transport routier doit être un moyen efficace et attrayant pour les personnes qui viennent en ville et au travail. Il nous faut aussi repenser le coût de ces transports. Je souhaite ouvrir des discussions d’ici la fin de l’année au sujet d’une prise en charge partielle. Je pense en particulier aux salariés qui se déplacent en bus. Il faut qu’il y ait une participation à trois, entre le salarié, l’employeur et le Pays, pour alléger la charge supportée par ces utilisateurs.

Quel délai donnez-vous au gouvernement pour venir à bout de ces aménagements réglementaires et structurants ?
Mon vœu le plus cher est que nous en ayons terminé avec cette histoire de délégation de service public et d’aménagements d’ici la moitié du mandat, c’est à dire d’ici 2020. Je sais que nous avons beaucoup de projets dans nos tiroirs. Il nous faut maintenant passer à la phase chantier, à la phase active.

Le nouveau gouvernement sera présenté ce mercredi. Comment a-t-il été élaboré ?
En fonction des urgences que nous avons retenues. Les trois urgences sont le social, l’administration et le développement.
Trois ou quatre ministères seront dédiés à la famille, au rattrapage social, à l’aide aux familles qui sont en souffrance. Je veux parler des quatre axes, pour ce pan social, que sont les affaires sociales, l’éducation, la solidarité et le logement.
Le deuxième paquet concernera l’administration. Dans le cadre des réformes nous devons poursuivre le travail actuellement mis en œuvre par la DMRA (Direction de la modernisation et des réformes de l’administration, NDLR). L'autre volet est celui de la numérisation. Un ministère sera chargé de la mise en œuvre de toutes les pistes d’évolution que nous avons aujourd’hui. Ce pôle ministériel aura pour mission, d’ici la fin de la mandature, de réduire les procédures administratives au strict minimum, d’alléger l’instruction des dossiers (…). Demain, je souhaite que les personnes qui ont besoin de constituer des dossiers de demandes d’aide ou d’autorisation, n’aient pas à réunir des paquets de documents. Ce que j’espère d’ici cinq ans, c’est que l’on inverse la charge : que l’administration puisse constituer les dossiers en lieu et place des demandeurs. La numérisation facilitera ce travail, tant au niveau central que décentralisé, dans les communes et les archipels.
Le troisième paquet est celui du développement. Ce pôle rassemblera les ministères supports comme l’économie et les finances. Je distinguerai aussi les trois axes de ce développement : le ministère de l’économie bleue, qui traitera de tout ce qui relève de la mer (perliculture, pêche, aquaculture, etc) ; le ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire ; et puis un troisième ministère chargé du tourisme et sera également en charge de l’emploi. Le pourvoyeur d’emploi n°1 dans ce pays, notre première activité, c'est le tourisme.


Ce sera un gouvernement organisé autour de super-ministères ?
J’annoncerai cela mercredi. Mais vraisemblablement il y aura des ministères leader. La grosse problématique que nous avons dans l’organisation institutionnelle de notre Pays est la forte tendance à la concentration. Il n’y a pas suffisamment de communications transversales. Chaque ministère se trouve cloisonné dans son secteur et cela retarde les procédures. Le futur gouvernement sera organisé autour d’un leader qui aura la capacité de voir les choses de manière transversales. Cela suppose aussi que les autres ministres puissent communiquer facilement. Je suis très optimiste, parce que c’est ce que j’ai inculqué à mes collaborateurs depuis trois ans : tout ne doit pas remonter à la tête ; il faut permettre aux services de terrain de communiquer entre eux afin de rendre plus efficace l’action du gouvernement.

Ce sera qui ce leader ?
On va voir.

Ce ne sera pas vous ?
Non, je serai le coordinateur principal de l’action du gouvernement. Mais je dois nommer trois personnes pour que les trois axes soient organisés autour d’un ministère leader.

A propos de l’actuel gouvernement, vous avez déclaré que l’équipe "est bonne". Cette équipe sera-t-elle reconduite ?
Je reconduirai une grande partie des ministres actuels. Ils ont bien travaillé. Ils ont été loyaux. Ils se sont investis depuis trois ans. Je compte beaucoup sur leur expérience. Ils seront au fondement du futur gouvernement. Mais j’attache aussi beaucoup d’importance à la promotion de nos jeunes. Ce sera la principale recommandation que je ferai aux futurs ministres : qu’ils recrutent des jeunes dans leurs cabinets ministériels pour leur donner la chance de mettre en exergue leurs compétences et leurs valeurs. Au niveau de l’action gouvernementale, compte tenu de la situation critique et difficile du pays, je compte m’appuyer beaucoup sur les hommes et les femmes d’expérience.

Justement, vous souhaitez plus de parité dans le prochain gouvernement. A qui pensez-vous ?
A des femmes qui se sont beaucoup exprimées ces derniers temps et qui ont participé à de nombreux ateliers. Regardez bien sur notre liste (…). Ce qui est certain, c’est que dans le cadre fixé par le statut, le prochain gouvernement ne comptera pas plus de 12 personnes : dix ministres en plus du vice-président et du président. Donc, s’il y a dix ministres on pourrait avoir cinq femmes.

Dans l’hypothèse où vous conservez Tea Frogier et Nicole Bouteau, qui sont les trois autres femmes à qui vous avez pensé ?
(Rires). On verra ça mercredi.

Virginie Bruant ?
Je ne confirmerai aucun nom. (…) Effectivement, c’est une candidate intéressante. (…)

René Temeharo se sacrifie pour l’assemblée, retrouvera-t-il le portefeuille de la jeunesse et des sports ?
Il peut retrouver un ministère. J’ai confiance en lui. Il a été notre directeur de campagne. C’est un garçon qui en veut. Oui, il est ministrable.

Les commissions intérieures de l’assemblée seront constituées jeudi. Finalement vous semblez revenir sur votre envie de donner quelques moyens à l’opposition. Est-ce décidé ?
J’ai confirmé publiquement que je suis au-devant de grosses difficultés. L’attitude du président du Tavini Huiraatira vis-à-vis de Gaston Tong Sang n’a pas du tout plu à la majorité. (…) Mais je me battrai jusqu’au bout pour que ces deux commissions soient données à l’opposition.

N’est-ce pas vous le chef de la majorité ?
Vous avez compris ma méthode, depuis quelques temps : je ne veux pas gouverner seul. Parce que je ne veux pas que mes amis à l’assemblée aient des griefs contre moi. Je dois les respecter, parce que je compte sur leur soutien et leur confiance. C’est une discussion que nous aurons mardi après-midi. Je me battrai jusqu’au bout pour convaincre ma majorité qu’il faut laisser deux commissions à l’opposition, une pour le Tahoera’a Huiraatira et une pour le Tavini Huiraatira. Et je pense que c’est ce qui sera fait.

Rédigé par Propos recueillis par Jean-Pierre Viatge le Lundi 21 Mai 2018 à 15:00 | Lu 11932 fois





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