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Dissimulation de patrimoine : Encore un "procès politique" pour Flosse


Tahiti, le 7 septembre 2021 - Inquiété pour dissimulation de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, cinq ans d’inéligibilité ont été requis à l’encontre de Gaston Flosse lundi à Paris. Appelé à réagir sur ces nouveaux ennuis de justice, le Vieux lion dénonce un procès politique ourdi à Paris pour lui barrer la route des élections territoriales. 
 
Le tribunal correctionnel de Paris jugeait lundi à Paris Gaston Flosse pour pour dissimulation de son patrimoine, lors d’une déclaration faite en 2014. Une peine de 5,4 millions de Fcfp, assortie d’un an de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité, a été requise à son encontre par la juridiction.
Le Vieux lion est mis en cause pour n’avoir pas déclaré ses parts dans une société civile immobilière pour un montant d’environ 118 millions de Fcfp, le solde d’un compte-épargne retraite détenu chez Axa pour 26,4 millions de Fcfp, 138 tableaux pour une estimation totale de 28,7 millions de Fcfp qui avaient été déclarés détruits lors d’un incendie et les 15 millions de Fcfp d’indemnités versées par son assurance suite à ce sinistre. Le jugement sera rendu le 13.
Et puisque la meilleure défense, c’est l’attaque, au lendemain de ce réquisitoire peu flatteur, Gaston Flosse a convoqué la presse pour dénoncer tout autre chose : la mauvaise gestion par les autorités publiques de la crise sanitaire. En somme, un pas de côté magistral. Mais questionné sur ses nouveaux ennuis de justice, le Vieux Lion use une fois de plus à l’envie d'une ficelle souvent employée pour discréditer l’action de la justice.
 
“J’y suis habitué”
 
Il dénonce une procédure ourdie par les autorités de l’État pour lui barrer la route d’une candidature aux élections territoriales de 2023, “un procès politique” : “J’y suis habitué. Pourquoi ils le font maintenant ? Ce n’est pas ma première déclaration de patrimoine. Mais celle-ci, c’est la veille des élections territoriales. Ils avaient déjà cherché à m’éliminer avant les élections de 2013. Ils n’ont pas réussi. J’ai largement été élu en 2013. En 2014, ils ont trouvé un bobo. Un an après, ils m’ont foutu dehors et mis Édouard Fritch à ma place. C’est vraiment du gâteau pour l’État”, s’est disculpé Gaston Flosse avant de tonner : “C’est ça la justice française ? Vivement la souveraineté !

Le Vieux Lion est au demeurant un habitué de cette ligne de défense. Il en avait usé sans modération en 2012 pour se disculper dans son procès pour corruption dans l’affaire dite des annuaires de l’OPT, puis dans l’affaire de détournement dite des emplois fictifs et plus récemment en 2014 lors du procès de l’affaire pour détournement dite de l’atoll Anuanuraro.
Gaston Flosse a annoncé mardi qu’il irait jusque devant la cour de cassation pour se défendre. Il confirme en outre vouloir être candidat aux prochaines élections territoriales, dans 19 mois. Il aura presque 93 ans.

Crise Covid : Flosse demande la démission du haussaire et du président

Son “procès politique” ne justifiant pas tant d'explications, Gaston Flosse a préféré tacler la gestion, par les autorités du Pays et de l’État, de la crise sanitaire et de ses conséquences. Pour l’exercice, il était entouré de ce qui semble aujourd’hui son premier cercle : Tauhiti Nena et Sylviane Terooatea. Ils n’ont rien dit ou presque. Quoi de mieux qu’une critique en règle de la gestion de la crise sanitaire par les autorités du Pays pour oublier ses problèmes de justice ? Au lendemain du scandale causé par le mariage de Tearii Alpha début août, après le mea culpa tardif exprimé par le président Fritch, Gaston Flosse était déjà sorti d’un silence de plusieurs semaines pour demander au président du Pays et à ses ministres de démissionner. Mardi, c’est sur le thème de la “catastrophe sanitaire” qu’il interpelle le chef de l’exécutif et le haut-commissaire Dominique Sorain, alors que la Polynésie française déplore près de 370 morts en lien avec le Covid depuis début août. Sa demande ? Leur démission. “M. Le haut-commissaire, M. le président, tous les deux vous êtes responsables de cette catastrophe sanitaire. (…) Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Parce qu’il n’y a pas de patron. Il n’y a pas de chef. Pas de commandement unifié qui décide”, a-t-il rugi. “Je veux dire au haut-commissaire et au président Fritch : Vous êtes en grande partie responsables de cette situation. De ces morts, de ces malades, du manque de places dans les hôpitaux…
 
“Politique des demi-mesures” 

Partant de là, la voie était libre pour décocher ses flèches assassines. Et le leader orange de viser le haut-commissaire pour “sa politique des demi-mesures : On confine, mais pas tout à fait…”. Une “politique directe, droite” aurait été souhaitable, selon lui. Il met aussi en cause le représentant de l’État pour l’arrivée tardive des renforts de la réserve sanitaire. Il lui reproche surtout d’abonder dans le choix du gouvernement Fritch pour la sauvegarde de “l’économie et des finances du Pays” au détriment de la “santé de la population”. Que n’a-t-il ordonné la fermeture des frontières assortie d’un confinement strict, dès le début ?

Quant au président Fritch et son gouvernement, “ils ont été incapables d’inciter la population à se faire vacciner et surtout d’organiser au mieux cette vaccination” et n’ont pas “pris les mesures appropriées pour éviter tous ces morts”. Mais le reproche le plus pathétique s’intéresse au manque de moyens mis à disposition par le Pays pour venir en aide aux familles endeuillées : “La population est en colère parce que vous n’avez rien fait pour éviter que les morts soient stockés dans des conteneurs”. Et de décocher le trait fatal avec une bonne dose de démagogie : “M. le président, les familles sont obligées de creuser elles-mêmes et à la main les tombes de leurs parents. (…) Accepteriez-vous que la dépouille de votre maman soit stockée dans un conteneur. Et que vous et vos frères soyez obligés de creuser sa tombe ?” Le leader orange lance au passage un appel aux élus Tapura pour l’organisation d’une motion de censure contre le gouvernement Fritch. Une procédure parlementaire que soutiendra le Tahoeraa. Elle réclame le soutien d’une majorité des trois cinquièmes de l’assemblée et apparait aujourd’hui assez illusoire.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mardi 7 Septembre 2021 à 19:23 | Lu 2289 fois