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Diététicien, un métier encadré


Leslie Sablayrolles, présidente de l’association des diététiciens de Polynésie française (ADPF).
Leslie Sablayrolles, présidente de l’association des diététiciens de Polynésie française (ADPF).
TAHITI, le 16 août 2021 - Hippocrate lui-même, le “père de la médecine” mettait déjà l’alimentation au premier plan de la santé. En cette période de pandémie, sur fond de fake news, l’association des diététiciens de Polynésie française insiste pour rappeler les caractéristiques du métier de diététicien et revenir sur les grands principes du “bien manger”.

Leslie Sablayrolles est présidente de l’association des diététiciens de Polynésie française (ADPF). Elle exerce son métier de diététicienne-nutritionniste en libérale à Papeete. Elle revient sur différents aspects du secteur afin de mettre un terme aux idées reçues.

Pouvez-vous nous préciser la différence entre un diététicien et un nutritionniste ?
La différence tient à la formation. Un diététicien est un professionnel reconnu et diplômé au minimum d’un BTS ou DUT en diététique. Il a reçu une formation de 1 800 à 2 500 heures. On dit qu’un diététicien est qualifié en nutrition. De même un médecin nutritionniste est un médecin qui a fait une spécialisation en nutrition. Mais le terme de nutritionniste n’est soumis à aucun contrôle. Les termes de coach ou expert en nutrition, de nutrithérapeute ou de nutritionniste n’apportent aucune garantie.”

Quel est votre rôle ?
Nous sommes qualifiés pour prendre en charge un patient de tout âge, malade ou non, qui souhaite faire évoluer son alimentation. Les gens nous contactent lorsqu’ils souhaitent perdre ou prendre du poids, suivi de grossesse, adapter leur régime alimentaire en cas de diagnostic d’une maladie comme le diabète par exemple, nous recevons aussi des sportifs, des parents dont les enfants prennent trop de poids. Enfin, certains viennent pour faire le tri des informations qu’ils trouvent en ligne ou autres.”

Pour le patient comment choisir son professionnel ?
En Polynésie, contrairement à la métropole, la profession est encadrée. Une loi de Pays existe depuis 1988, elle a été mise à jour en 2015. Elle précise que toute personne qui n’est pas médecin spécialisé ou diplômée d’un BTS ou DUT n’a le droit de donner de conseil alimentaire. Il faut donc s’orienter vers un diététicien ou un médecin.

Comment se passent les consultations ?
Elles démarrent toujours par un recueil de données car nos conseils sont toujours personnalisés. Nous commençons par interroger le patient sur son histoire, ses habitudes personnelles et professionnelles, alimentaires, mais également sur ses goûts car nous ne sommes pas là pour interdire. Nous sommes là pour aider les gens à améliorer leur alimentation et non pour les mettre au régime, ni les affamer. Nous travaillons pour démanteler les croyances et idées reçues concernant les aliments et la façon de s’alimenter. Les gens d’ailleurs sont souvent agréablement surpris par ce premier échange et notre démarche. Ensuite, nous fixons des objectifs et mettons en place un programme de suivi et d’évaluation. En général, on se voit une fois par mois pour faire un point, voir ce qui fonctionne ou non et pourquoi.”

Avez-vous des exemples d’idées reçues ?
Certains pensent qu’une bonne tasse de thé chaud après un repas riche permet de réduire l’impact des graisses par exemple, or, elles ne sont pas solubles comme cela. D’autres disent qu’il faut éviter les fruits locaux qui sont trop sucrés et privilégier les pommes ou les poires. Certes, ils sont sucrés et se consomment avec modération, mais les fruits locaux ont bien plus de nutriments que les fruits importés.”

Les résultats sont-ils rapides ?
Nous ne cherchons pas à aller vite, mais à agir durablement. Il faut prendre son temps, être patient car pour que les changements soient durables, il est nécessaire de changer en douceur.”

Quelles sont les règles du bien manger ?
La question est difficile car la réponse est très personnelle. Néanmoins on peut dire que manger de manière équilibrée passe par l’organisation et la cuisine. Il faut de la motivation, c’est une première chose. Il faut également prévoir ses repas à l’avance, faire ses courses en fonction pour manger des produits de qualité et pour éviter les tentations, comme celle d’acheter tout et n’importe quoi au dernier moment. Et puis, il faut diversifier ses repas.”

Où trouver les idées pour cela ?
Je conseille toujours de partir d’un plat qu’on confectionne régulièrement, prenons le poulet/petit-pois, et d’y ajouter un ingrédient, par exemple les carottes. Pour tout cela, il faut bien sûr tenir compte du budget. Il faut généralement revoir à la baisse certaines portions d’aliments comme la viande, le poisson et les œufs pour dégager du budget et pouvoir intégrer des légumes. Il faut aussi aller doucement, surtout lorsque toute une famille est impliquée. Il faut avancer progressivement pour éviter les clivages.”

Contacts

FB : L’Association des Diététiciens de Polynésie française

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 16 Août 2021 à 17:16 | Lu 2147 fois