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Des vaccins pour prévenir des cancers en ligne de mire



PARIS, 25 novembre 2013 (AFP) - L'utilisation de vaccins protègeant des papillomavirus, pour prévenir de cancers comme celui du col de l'utérus ou de la gorge, depuis longtemps contestée, fait encore débat après des plaintes pour "effets secondaires graves" qui restent difficiles à étayer.

Les experts s'inquiètent du discrédit jeté sur la vaccination, tandis que d'autres, comme Me Jean-Christophe Coubris à l'origine d'une plainte au pénal contre le vaccin Gardasil, assure qu'il y a des "effets secondaires gravissimes et totalement niés par l'industriel et les autorités de santé".

Les vaccins Gardasil (Sanofi Pasteur MSD/Merck USA) et Cervarix (GSK), d'introduction relativement récente (respectivement 2006 et 2008 en France), sont recommandés par les autorités sanitaires en France chez les filles dès l'âge de 11 ans dans le cadre de la prévention des cancers génitaux féminins (cancer du col associé au dépistage, cancer de la vulve et du vagin). Comme pour tout nouveau vaccin, ils font l'objet d'un suivi à la fois pour traquer leurs éventuels effets indésirables et pour mesurer leur efficacité à long terme.

Outre ce suivi renforcé, une enquête épidémiologique sur la fréquence d'apparition de maladies auto-immunes, dont la sclérose en plaques (SEP), est conduite par l'agence du médicament ANSM, chez près de 2 millions de jeunes filles nées entre 1992 et 1996, vaccinées (600.000) ou non (1,17 million).

"Cette étude montre, qu'après un suivi de trois ans, la survenue de SEP ou de maladies auto-immunes n'est pas plus fréquente chez les jeunes filles vaccinées (30%) que chez les jeunes filles non vaccinées", déclare à l'AFP Nicolas Ferry de l'ANSM.

Il n'y a pas non plus, au niveau international, d'augmentation de l'incidence des maladies auto-immunes, ni plus particulièrement de SEP après une vaccination par Gardasil, ajoute-t-il.

Fin mai 2013, plus de 127 millions de doses de Gardasil ont été distribués dans le monde dont 5 millions en France, selon l'ANSM.

Depuis la mise sur le marché du Gardasil en France, 435 effets indésirables graves ont été rapportés, dont 135 cas de maladies auto-immunes, parmi lesquels 15 cas de SEP, selon l'ANSM.

La SEP n'est pas une maladie rare. 70.000 à 90.000 personnes en sont atteintes en France. L'incidence (c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas par an) est de 4,1 à 8,2 cas pour 100.000 habitants.

Une vaccination conseillée aux garçons

Aux Etats-Unis, la vaccination (Gardasil) est même conseillée aux garçons contre le cancer de la gorge, du pénis, de l'anus et aussi pour réduire la propagation des HPV, virus sexuellement transmissibles.

Par ailleurs, des études ont montré la progression de cancers de la gorge dus à ce type de virus, chez des individus non fumeurs non buveurs d'alcool.

Après une première plainte au pénal, d'autres plaintes sont annoncées alléguant aussi "d'effets secondaires graves", tandis que diverses demandes d'indemnisation ont déjà été faites auprès des commissions de conciliation et d'indemnisations des accidents médicaux.

Représentant Marie-Océane, Me Coubris fait un lien entre la vaccination avec le Gardasil et la survenue d'une maladie neurologique, une sclérose en plaques (SEP) ou une encéphalomyélite aiguë disséminée.

"Le fait qu'il y ait une plainte ne prouve pas qu'il y ait un problème", a affirmé lundi le professeur Daniel Floret, président du comité technique des vaccinations du Haut conseil de la santé publique. Il déplore que l'"on monte en épingle des effets pervers éventuels (en oubliant) ce qu'apporte le vaccin".

"Chaque jour, trois femmes meurent du cancer de l'utérus en France", déclare à l'AFP Nicolas Ferry pour qui "la vaccination reste recommandée".

"Le frottis, c'est du dépistage, pour détecter des cellules déjà anormales, il ne protège pas contre l'infection virale comme le vaccin", lance-t-il à l'adresse de ceux, dont des médecins, qui pensent que le frottis régulier suffirait à éviter de tels décès.

Quand au risque de l'adjuvant aluminium, qui sert à doper l'effet de nombreux vaccins, il relève qu'il est utilisé depuis 80 ans et que la cohorte des vaccinés dépasse les 3 milliards de gens dans le monde.

La "vie gâchée" de Marie-Océane et son combat "pour les plus jeunes"

Marie-Océane Bourguignon, une jeune Landaise de 18 ans victime de graves problèmes neurologiques qu'elle impute au Gardasil, a évoqué lundi avec ses parents sa vie "gâchée" par ce vaccin contre le cancer de l'utérus, et son combat judiciaire "pour éviter aux plus jeunes" son sort.

Lors d'une conférence de presse chez son avocat bordelais, Me Jean-Christophe Coubris, la jeune fille, très émue, a raconté son calvaire entamé en septembre 2010, lorsqu'elle se rend chez son généraliste pour un banal certificat de pratique de la danse. Le médecin en profite pour lui prescrire des injections de Gardasil, vaccin contre le cancer de l'utérus commercialisé par Sanofi Pasteur MSD.

Quinze jours plus tard, elle ressent "des fourmillements aux bras et aux jambes". Quelques temps après la deuxième injection, mi-décembre 2010, elle se retrouve "à vomir aux toilettes", en proie à de puissants vertiges.

Elle est hospitalisée à Dax (Landes), où le rapprochement sera rapidement fait entre ses symptômes et le vaccin, et signalé à la pharmacovigilance, insiste son père, Jean-Jacques, 57 ans, cadre chez Orange.

La suite ? Hospitalisations multiples, poussées "violentes" de la maladie -- Marie-Océane se retrouvera clouée sur un fauteuil roulant, aveugle et presque sourde, relate son père --, la vie qui s'organise autour de Marie-Océane, sa scolarité en miettes et son avenir hypothéqué.

Aujourd'hui, son état semble stabilisé, même si elle reste en proie à une intense fatigue : il y a cinq mois, elle a arrêté son traitement, aux effets secondaires lourds. "Mais à tout moment, elle peut rechuter", souligne son père.

"J'ai eu la rage. Quand vous avez une gamine en bonne santé... Ca a gâché notre vie", confie-t-il.

Pour la famille Bourguignon, le sens de la plainte déposée vendredi contre Sanofi Pasteur MSD et l'Agence nationale du médicament (ANSM) est très clair: "on veut la vérité", lâche Jean-Jacques.

"Je veux dire aux plus jeunes d'éviter ce vaccin, qu'elles ne subissent pas ce que j'ai vécu (...) qu'elle ne vivent pas la même guerre (que moi)", renchérit Marie-Océane.

Son avocat, Me Coubris, par ailleurs en lutte contre l'antidiabétique Mediator et les pilules de 3ème et 4ème génération, a affirmé avoir été reçu depuis ce week-end "des dizaines de messages de jeunes filles" dans une situation comparable à celle de Marie-Océane.

dsa/pbl/bg

Rédigé par Par Brigitte CASTELNAU le Lundi 25 Novembre 2013 à 05:27 | Lu 417 fois




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