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Damas Teuira visé par une enquête


Tahiti, le 13 décembre 2021 – Le maire de Mahina, Damas Teuira, et son neuvième adjoint, Matani Kainuku, ont été placés en garde à vue le 2 novembre dernier à la Section de recherches de la gendarmerie dans le cadre d'une enquête pour "prise illégale d'intérêt" et "détournement de fonds publics". À l'origine de l'affaire, une plainte de l'ancien maire, Patrice Jamet, sur les conditions de financement par la commune de l'association Aratea, qui avait permis le déplacement d'une délégation communale en Nouvelle-Zélande en 2019.
 
Après Philip Schyle à Arue, c'est au tour de Damas Teuira à Mahina d'être visé par une enquête préliminaire portant sur le financement d'une association par son conseil municipal… Le 2 novembre dernier, le tāvana de Mahina et son neuvième adjoint, Matani Kainuku, ont été placés en garde à vue à la Section de recherches de la gendarmerie à Papeete. Des auditions menées dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte en juillet 2020 pour "prise illégale d'intérêt" et "détournement de fonds publics".
 
Dans cette affaire, les gendarmes s'intéressent aux conditions de financement d'un voyage organisé en octobre 2019 à Gisborne, en Nouvelle-Zélande, à l'occasion de la célébration des 250 ans de l'arrivée sur place de James Cook et Tupaia, partis de Mahina. À l'époque, une délégation d'une cinquantaine de personnes –élus communaux de Mahina, artistes du groupe Nonahere de Matani Kainuku et jeunes des quartiers de la commune– s'était rendue dans la commune néo-zélandaise jumelée à Mahina. Délégation très étoffée qui avait participé à la cérémonie "Tuia 250", à laquelle prenaient part également des personnalités telles que Gaston Tong Sang, Édouard Fritch ou encore la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern.
 
Problème de financement
 
Autre similitude avec l'affaire de Arue, c'est l'ancien maire et désormais opposant de Damas Teuira à Mahina, Patrice Jamet, qui est à l'origine de la plainte qui a conduit le parquet de Papeete à ouvrir cette enquête préliminaire. En juin 2020, Patrice Jamet avait d'ailleurs lui-même médiatisé cette affaire en pleine campagne des élections municipales.
 
Deux sujets intéressent les enquêteurs de la section de recherche. D'une part, le vote par le conseil municipal en août 2019 d'une prise en charge directe d'une partie des frais de transports aériens de la délégation de Mahina à hauteur de 4,163 millions de Fcfp. Décision justifiée par "l'urgence" de bloquer les réservations auprès de la compagnie aérienne à deux mois du voyage. Comme révélé par Patrice Jamet, l'administrateur des îles du Vent avait à l'époque adressé un courrier au maire de Mahina pour l'alerter sur l'irrégularité de ce paiement direct par le conseil municipal, pour prendre en charge des billets d'avion bénéficiant notamment à des élus. L'administrateur avait même menacé de saisir le tribunal administratif si la situation n'était pas régularisée sous deux mois, sans finalement donner de suite.
 
D'autre part, Patrice Jamet soulevait le problème de la composition de l'association Aratea par laquelle devait transiter le reste du financement du voyage à Gisborne. Une association présidée par Matani Kainuku et dont la vice-présidente n'était autre que la compagne et aujourd'hui épouse de Damas Teuira, Catherine Haumani. Cette dernière a d'ailleurs également été entendue par les gendarmes de la section de recherche, mais en tant que simple témoin. Créée quelques jours avant le vote de la délibération en août 2019, l'association qui devait recevoir la totalité des 5 millions de Fcfp de la subvention communale n'avait finalement reçu que la différence avec le paiement "urgent" pour la réservation des billets d'avion : 837 000 Fcfp.
 
Quelles suites ?
 
Damas Teuira n'était pas joignable lundi. En juin 2020, il s'expliquait sur cette affaire auprès de nos confrères de Radio 1 en affirmant que le Code général des collectivités territoriales ne s'opposait pas à cette procédure, affirmant qu'il "n'était pas inquiet" et mettant sur le compte de la campagne électorale les dénonciations de Patrice Jamet.
 
Selon nos informations, l'enquête préliminaire est aujourd'hui bouclée et entre les mains du procureur de la République qui doit décider des suites à donner à cette affaire. Il peut décider d'un renvoi devant le tribunal correctionnel, de l'ouverture d'une information judiciaire ou du classement du dossier.
 


Rédigé par Garance Colbert et Vaite Urarii Pambrun le Mardi 14 Décembre 2021 à 16:02 | Lu 5319 fois