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Crime de Outumaoro : l'accusé entre imprécisions et contradictions


Tahiti, le 22 février 2022 – Au premier jour de son procès pour coups mortels devant la cour d'assises mardi, un mécanicien de 59 ans a longuement tenté d'expliquer son geste face aux contradictions soulevées par la présidente de la cour. L'homme, qui avait poignardé le compagnon de sa fille le 28 décembre 2016 à Outumaoro, encourt vingt ans de prison. Son procès doit s'achever mercredi soir. 

Il y a des accusés silencieux, d'autres qui sont dans le remord et ceux du genre de l'homme jugé devant la cour d'assises depuis mardi matin, qui ne semblent pas comprendre les raisons pour lesquels ils se trouvent dans cette situation. Le procès de l'ancien mécanicien de 59 ans, père de famille particulièrement pieux et strict avec ses enfants, s'est en effet ouvert mardi matin en présence de toute la famille de la victime. 

L'affaire largement relayée par les médias avait fait du bruit en décembre 2016. Plus de cinq ans après les faits, l'homme est jugé pour des “violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner” commises sur le compagnon de sa fille, un jeune homme de 21 ans, le 28 décembre 2016 au PK8,2 à Outumaoro. 

Ce jour-là et selon ses déclarations, l'accusé s'était levé à l'aube pour aller acheter du pain. Dans la cour de son domicile, il avait vu un oreiller et un drap posés au sol et avait noté la présence d'un scooter garé devant son portail à l'extérieur de la maison. L'homme avait alors réveillé sa fille, à laquelle il interdisait d'entretenir des relations sentimentales avant qu'elle n'ait terminé ses études, pour lui demander des explications. L'étudiante avait fini par avouer à son père que le deux-roues était celui de son compagnon de longue date. 
 
Considérations religieuses
 
L'accusé s'était ensuite saisi d'un couteau pour aller à la rencontre du petit ami illégitime à ses yeux qui remontait la servitude pour venir récupérer son deux-roues. Selon ses déclarations, l'ancien mécanicien avait alors été agressé par la victime qui s'en était d'abord pris à son fils venu en renfort. C'est en tentant de se défendre avec son couteau que l'homme aurait involontairement poignardé la victime au niveau de l'artère fémorale. Lors de ses différentes auditions, l'accusé avait en effet expliqué que le jeune homme s'était mortellement “embroché sur le couteau”. 

Plus de cinq ans après les faits, le quinquagénaire a longuement tenté d'expliquer son geste mardi en s'empêtrant dans des affirmations parfois contradictoires et des considérations religieuses et morales sur la personnalité de la victime. L'accusé n'avait jamais indiqué auparavant que le compagnon de sa fille l'avait frappé. Un médecin avait en outre constaté quelques heures après les faits qu'il ne présentait aucune trace de blessure. Pourtant, mardi à la barre, l'accusé a affirmé que le petit ami s'en était pris à lui. Pourquoi se munir d'un couteau alors qu'il avait connaissance du fait que le propriétaire du scooter était le compagnon de sa fille ? “J'ai vu qu'il n'était pas fiable, il avait un regard bizarre.” Pour expliquer cette position de défense contre un attaquant imaginaire, l'ancien mécanicien a ensuite affirmé qu'il ne se sentait pas totalement lucide le matin des faits car il souffrait de diabète et avait passé une mauvaise nuit après s'être injecté trop d'insuline. Une possibilité relevée par l'un des experts dans ce dossier qui sera d'ailleurs sûrement reprise par l'avocat de la défense lors de sa plaidoirie.
 
Plaie de 30 centimètres
 
Après la longue audition de l'accusé, la cour d'assises a entendu son fils qui était présent lors du coup de couteau mortel. Il avait d'ailleurs été placé en garde à vue car ses chaussures présentaient des traces de sang. À la barre, cet employé de la fonction publique désormais âgé de 22 ans, a rappelé que le jour du drame, il avait été réveillé par les cris de son père qui lui disait qu'un intrus s'était introduit chez eux. Il a réaffirmé avoir vu son père avec le couteau et avoir vainement tenté de le désarmer. Concernant le coup de couteau, le jeune homme a confirmé la version de son père selon laquelle, en voulant donner un coup de pied circulaire, la victime s'était mortellement blessée en s'empalant sur le couteau qui lui avait occasionné une plaie profonde de 30 centimètres. “Mon papa a seulement voulu se protéger, il n'avait aucune intention de tuer” a conclu le témoin. 
 
Alors que le procès a pris du retard mardi, les parents de la victime, dont on a peu parlé en ce premier jour de procès, devaient être entendus dans la soirée pour évoquer la personnalité de leur fils. Le procès s'achèvera mercredi soir après une deuxième journée de débats au cours de laquelle les jurés entendront notamment le médecin légiste qui avait autopsié le corps de la victime. 

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 22 Février 2022 à 19:15 | Lu 2747 fois